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Destituer Trump? Gros test pour les républicains

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Un deuxième procès en destitution pour Donald Trump, désormais inévitable, représente un dilemme déchirant pour le Parti républicain.

À la suite de l’insurrection tragique de mercredi dernier au Capitole, dont l’ampleur augmente avec le recul, les appels au départ ou à l’expulsion de Donald Trump s’accumulent. 

Comme Trump est déterminé à faire comme si rien ne s’était passé et que son vice-président refuse de déclencher une procédure d’expulsion en vertu du 25e amendement, son sort est entre les mains du Congrès. 

Les faits appuient une destitution, mais tout dépendra du calcul politique des républicains.

Une destitution méritée

Pourquoi entamer une procédure de destitution en toute fin de mandat ? Les raisons abondent. 

D’abord, il est indéniable que Trump a incité la meute à envahir le Capitole. Il est non moins évident qu’il a cherché à convaincre des responsables électoraux en Géorgie à manipuler frauduleusement les résultats électoraux. 

Laisser ces offenses impunies serait inacceptable. Même si la destitution venait après la passation des pouvoirs le 20 janvier, elle retirerait à Trump certains des privilèges d’un ex-président et pourrait l’empêcher de se représenter en 2024. 

Les démocrates n’hésiteront pas à appuyer la destitution, mais que feront les républicains ?

Calculs partisans

Pour les démocrates, ce deuxième « impeachment » pose encore moins de problèmes que le premier. Si certains prétendent que les démocrates devraient s’abstenir au nom de la réconciliation nationale, ces derniers rétorquent qu’une réconciliation serait illusoire sans reddition de comptes.

Pour les républicains, les incitatifs sont mixtes. Dans l’abstrait, ils pourraient avoir intérêt à voir Donald Trump exclu définitivement pour que le parti puisse se démarquer de son héritage entaché. 

Si Trump n’est plus dans l’horizon politique, les républicains pourraient se réformer sans trop céder aux trumpistes. 

Cet intérêt collectif est toutefois limité par l’intérêt individuel des législateurs qui craignent de faire le premier pas Donald Trump recevra l’opprobre d’une deuxième mise en accusation formelle par la Chambre des représentants. Une condamnation par le Sénat est possible, mais improbable.

Pas sortis du piège

Le problème subsistera tant que des dizaines de millions d’Américains croiront les mensonges de Donald Trump et resteront persuadés que l’élection de Joe Biden est illégitime.

Les sondages menés depuis mercredi indiquent que l’appui au président parmi les républicains reste élevé et, comme les « grands mensonges » qui ont mené à la montée de mouvements fascistes dans le passé, le mensonge entretenu par Trump sur l’élection continuera à radicaliser une part importante de l’électorat républicain. 

Sans une démonstration de courage de législateurs républicains prêts à prendre un risque politique à court terme pour le bien de leur parti et de leur pays, ce mensonge continuera à infecter les esprits et pourrait mener à une scission du Parti républicain ou rendre ce parti inséparable du spectre de Donald Trump. 

À défaut d’une telle démonstration de courage de la part de ses élus, le Parti républicain ne sortira pas de sitôt du piège dans lequel Donald Trump l’a entraîné... la démocratie américaine non plus.