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Protocole de priorisation: c'est la chance de survie du patient qui tranchera

Le Québec est prêt à appliquer son protocole de priorisation pour l’accès aux soins intensifs

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Infarctus, grave accident d’auto, COVID : tous les patients qui ont besoin d’un lit aux soins intensifs seront triés pour déterminer qui aura un respirateur et qui n’en aura pas, si les hôpitaux débordent. Ce sont ceux avec les meilleures chances de survie qui seront choisis. Voilà le prix que devront payer tous les malades si les cas de COVID-19 continuent de se multiplier.

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Le critère controversé de l’âge

Au plus fort de la première vague, l’Italie a fixé un critère d’âge au-delà duquel les malades ne pouvaient pas obtenir de soins.

Le Québec n’emprunte pas cette voie controversée, mais conserve le concept de «cycle de vie» pour briser l’égalité entre deux patients au pronostic identique. La différence d’âge doit être de 25 ans.

«On ne choisit pas en fonction de l’âge, ça sert à dénouer l’impasse», explique l’éthicienne Marie-Ève Bouthillier. Elle affirme qu’il s’agit d’égalité intergénérationnelle.

  • Écoutez l’entrevue de la Dre Vardit Ravitsky, professeure de bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

«Ce n’est pas que les gens plus jeunes ont plus de valeur, c’est qu’ils n’ont pas eu la chance de vivre ces années», ajoute la Dre Vardit Ravitsky, professeure en bioéthique à l’Université de Montréal.

Si l’égalité persiste, on choisira de sauver un membre du personnel soignant qui a attrapé la COVID-19 dans le cadre de ses fonctions.

La troisième étape consiste à tirer au sort l’accès à un respirateur. Il s’agit encore là de justice, dit Mme Bouthillier, puisque tous les participants au tirage ont une chance égale. 

Le score du patient

Les patients mal en point recevront un score basé sur des critères cliniques.

«On évalue les chances de survie à un épisode aigu aux soins intensifs», dit Mme Bouthillier, qui a participé à la rédaction du plan de priorisation.

Plus la situation sera critique, plus le pronostic devra être positif pour profiter d’un respirateur. Et il ne s’agit pas d’un choix entre deux personnes.

On devra constamment réévaluer qui peut bénéficier des respirateurs, et qui sera «extubé».

«Les patients COVID aux soins intensifs nécessitent trois ou quatre semaines de ventilation mécanique», dit Joseph Dahine, médecin intensiviste.

Chaque jour, de nouveaux malades auront besoin de soins, mais les soins intensifs ressembleront à un «stationnement».

Et les patients qui sont déjà aux soins intensifs auront un statut spécial : tant que leur état de santé ne se dégradera pas, ils y resteront assez longtemps pour pouvoir récupérer.

Si on les débranche trop rapidement, ils risquent de mourir même si leur chance de survie est bonne. 

Le Québec dispose d’un protocole de priorisation aux soins intensifs, si les hôpitaux débordent. En Italie, à New York et en Californie, l’avalanche de malades de la COVID a forcé la main des autorités, qui ont dû choisir qui soigner. Le Québec devra bientôt faire face lui aussi à ces choix difficiles si la contagion se poursuit.
Photo d’archives
Le Québec dispose d’un protocole de priorisation aux soins intensifs, si les hôpitaux débordent. En Italie, à New York et en Californie, l’avalanche de malades de la COVID a forcé la main des autorités, qui ont dû choisir qui soigner. Le Québec devra bientôt faire face lui aussi à ces choix difficiles si la contagion se poursuit.

Pas de privilégiés

Les patients seront évalués d’un strict point de vue clinique.

Pas question de les choisir sur la base d’une particularité, que ce soit la religion, un handicap, un passé criminel ou, par exemple, le fait pour une femme d’être enceinte.

«Ce serait une pente dangereuse», souligne la Dre Ravitsky, car tout le monde a des valeurs différentes.

«Et certaines personnes évaluent différemment la contribution sociale d’un citoyen. Certains pourraient vouloir choisir un père de famille plutôt qu’une personne sans enfant. Et on peut arriver à des conclusions affreuses, comme penser que des gens handicapés ont moins de qualité de vie que d’autres, ce qui est complètement faux», ajoute-t-elle.

De toute façon, l’usage de ces critères ne serait pas compatible avec la Charte québécoise, indique Mme Bouthillier.

Le document précise d’ailleurs que les choix de priorisation ne doivent jamais reposer sur la «valeur sociale» d’un individu ou sur un jugement concernant la qualité de vie. 

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher avec Pierre Nantel sur QUB radio:   


Qu’arrive-t-il aux laissés pour compte ?

Un malade qui nécessite des soins urgents ne sera pas jeté à la rue. Ils auront de l’oxygène et on tentera des traitements alternatifs avec des stéroïdes pour plafonner l’inflammation des poumons, précise le médecin intensiviste Joseph Dahine.

«Mais pour certains patients pour qui l’indication qu’il faut intuber est très claire, on pourra offrir des soins palliatifs», ajoute-t-il.

Il rappelle aux gens qui ne se sentent pas interpellés par la gravité de la situation que «tous les diagnostics seront touchés», que ce soit des «traumas, des arrêts cardiaques, ou une défaillance d’organe». 


L’angoisse de choisir

Chaque établissement de santé est doté d’un comité formé d’un intensiviste, d’un autre médecin et d’un éthicien.

Ils seront chargés de tous les soins intensifs du secteur et prendront des décisions de vie ou de mort 24 h sur 24.

Cette formule à plusieurs têtes réduira le «fardeau moral de cette décision et l’angoisse morale et psychologique qui en découle», explique la Dre Ravitsky.

Il faut toutefois s’attendre à des traumatismes, selon elle.

«C’est du jamais-vu. Nous sommes dans un pays riche qui donne normalement les meilleurs soins à tous.»

Mais au moins, dit Mme Bouthillier, un plan existe.

Au printemps, à New York, c’était les médecins traitants qui étaient pris avec la «patate chaude».

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Le Journal est à la recherche de témoignages de gens qui ont été porteurs de la COVID-19 sans le savoir et qui ont vu leur entourage tomber malade alors qu’eux-mêmes n’avaient aucun symptôme. Depuis le début de la pandémie, de nombreuses personnes asymptomatiques ont contaminé leur entourage sans le savoir. C’est notamment arrivé dans des CHSLD et des milieux sportifs. Nous aimerions vous entendre si vous avez vécu une telle situation.

Vous pouvez écrire à notre journaliste Simon Baillargeon (simon.baillargeon@quebecormedia.com)