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Couvre-feu: rien de tout cela n’est normal

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Photo Agence QMI, Pascal Girard

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Les jours passent et le couvre-feu s’installe. Les rues sont vides, la ville est morte, la vie est fade.

Rien de tout cela n’est normal. 

Et si on trouve ici et là des crétins qui le défient en multipliant les pitreries imbéciles et les farces caves, on ne peut que constater que les Québécois, encore une fois, consentent à cet effort de plus, que le gouvernement n’est pas loin de présenter comme sa dernière carte possible dans la crise sanitaire. 

COVID

Car à moins de fermer la société une fois pour toutes, avec les conséquences économiques et sociales catastrophiques qui suivraient, on ne voit pas ce qu’il peut vraiment faire de plus. Pour le dire dans des termes militaires, c’est dans l’idée que ce couvre-feu représente une offensive permettant de renverser le cours de la guerre contre la COVID que les Québécois s’y rallient, dans l’attente du vaccin libérateur. 

On se motive comme on peut, dans de telles circonstances. Le chant de guerre, aujourd’hui, est un chant sanitaire.

Que le couvre-feu soit nécessaire est une chose. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Tous comprennent que la pression sur le système de santé est telle qu’il pourrait bientôt éclater. Alors on accepte cette épreuve inédite. 

J’ai tendance à croire, toutefois, que les tensions sociales seraient moins vives si on ne présentait pas ceux qui souffrent de libertés comme des geignards et des braillards, se plaignant le ventre plein, comme si, finalement, le confinement perpétuel ne représentait rien de grave. 

On leur explique que leurs ancêtres ont souffert bien davantage, on leur répète que dans les tranchées, la vie était bien plus pesante, tout cela pour qu’ils comprennent qu’ils sont un peu idiots de maudire les temps présents. Quoi ??? Dix mois de confinement suivis d’un couvre-feu ??? Ce n’est rien. Des pinottes ! Bande de larves ! Pourquoi n’en profitent-ils pas pour goûter la vie autrement, comme un ralentissement poétique ? 

Cette manière d’aborder les choses n’aide pas à accepter la présente épreuve. Au contraire. Elle la rend insupportable et réactive une forme de conflit social inavouable entre ceux qui ont pu et peuvent encore traverser la pandémie en étant plutôt aux abris et les autres qui, pour d’excellentes raisons, en souffrent.

Mis à part une minorité irréductible d’épivardés qui font comme si la pandémie n’était pas là et multiplient sans gêne les rassemblements, comme si eux et leurs proches étaient à l’abri du virus, les Québécois ont accepté, depuis près d’un an, de faire contre mauvaise fortune bon cœur. 

Solitude

Et cette dernière petite liberté, qu’ils avaient de sortir de chez eux pour n’importe quelle raison après 20 h, est désormais suspendue. On nous dira que ce n’est pas grand-chose. Mais peu de chose, quand on n’a presque rien, cela devient immense. 

Les Québécois sont disposés à faire des efforts, mais ils apprécieraient, je crois, qu’on ne leur explique pas que ces efforts sont anodins, insignifiants, et qu’ils sont de gros bébés gâtés de souffrir vraiment de la solitude covidienne. 

Je ne pense pas être abusif en écrivant cela.