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Et si le triage touchait votre famille?

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Photo d'archives, Agence QMI Hier soir, en regardant les infos avec moi, ma sœur, qui a une déficience intellectuelle, a paniqué en voyant le topo sur le protocole de triage.

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Face à une deuxième vague entêtée de COVID-19, le premier ministre François Legault multiplie les traitements-chocs. Confinement prolongé. Couvre-feu. 

Il cherche à protéger un système de santé fragilisé bien avant la pandémie. 

Par la crainte et la contrainte, il tente aussi de secouer la minorité de récalcitrants pour qu’elle suive enfin les consignes sanitaires. 

Lundi, le crescendo montait de deux crans. 140 000 chirurgies, annonçait-il, sont déjà reportées. En cas de pénurie extrême de ressources dans les hôpitaux, son gouvernement pourrait même enclencher le Protocole national de priorisation pour l’accès aux soins intensifs

Bref, des comités devraient « choisir » quels patients seraient soignés et lesquels ne le seraient pas. Au printemps 2020, une première version du protocole laissait même craindre que des personnes avec des troubles cognitifs importants – incluant des adultes déficients intellectuels ou autistes – n’auraient pas droit aux soins intensifs. 

À la suite d’une levée de boucliers chez les familles et organismes de défense des droits des personnes handicapées, ce passage équivoque fut retiré de la nouvelle version.

Leurs vies comptent 

Le fait qu’une telle possibilité ait même été évoquée dans la première version confirme que dans nos sociétés, il existe encore de nos jours un biais inconscient défavorable aux personnes handicapées. 

Les principales intéressées le savent trop bien. Hier soir, en regardant les infos avec moi, ma sœur, qui a une déficience intellectuelle, a paniqué en voyant le topo sur le protocole de triage. 

Sa question m’a arraché le cœur : « Josée, si j’attrape le virus, est-ce que le Dr Marquis va me débrancher ? » (Il faut savoir qu’avec la pandémie, le Dr François Marquis, de Maisonneuve-Rosemont, est devenu son idole.) 

Je l’ai rassurée, mais elle a eu très peur. Elle a eu peur aussi parce qu’elle n’en peut plus de la pandémie. Comme la nôtre, des milliers de familles de personnes handicapées sont au bout du rouleau.

Lumière

Depuis le début, pour tenter de protéger leur être aimé de la Covid-19, elles se confinent bien au-delà des exigences gouvernementales. Des ressources d’hébergement, celles de qualité, font également tout ce qu’elles peuvent pour tenter de protéger leurs résidents.

Depuis dix mois, de nombreux enfants et adultes déficients ou autistes sont privés de leurs activités de jour, de leurs loisirs et du moindre soutien à la maison. Les effets d’un vide aussi prolongé sur leur santé cognitive, émotive et physique peuvent être majeurs.

Il y a urgence de leur redonner enfin le droit à leur propre vie. La voie est pourtant claire. Vulnérables, les adultes autistes ou déficients intellectuels, vivant dans leur famille ou en ressource, doivent avoir accès rapidement au vaccin. 

Ils n’ont plus le « luxe » d’attendre. Depuis presque un an, ils sont nombreux à être coupés du monde extérieur. Résultat : des familles assistent, impuissantes, à la régression intellectuelle et/ou comportementale de leur être cher. Des décennies d’efforts aimants s’envolent en fumée.

Le vaccin est la lumière au bout du tunnel. On le sait. Encore faut-il que pour les plus vulnérables, il ne se fasse pas attendre.