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Faut-il donner des pourboires pour les livraisons à domicile?

Online Food Order And Delivery Service Concept Hand Paying For Basket Of Grocery Products With Credit Card
Illustration Adobe Stock

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Aborder la question des pourboires alors que la presque-totalité des gens qui en vivent se trouve en chômage forcé peut sembler intempestif. 

On ne le dirait pas à première vue, mais le sujet reste d’actualité malgré cette période de confinement. La rôtisserie du coin me l’a rappelé par un courriel où il est indiqué en objet : « Au Coq est là pour vous durant le couvre-feu ! » 

La pandémie a généralisé le paiement sans contact, les commandes de repas pour emporter et la livraison. 

Quand donner du pourboire, et combien dans ces cas particuliers ? Je souligne que malgré tous les guides publiés à son sujet, le pourboire conserve un caractère subjectif aussi irritant pour les clients que pour ceux qui l’empochent.

  • Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB radio: 

Ding ! Dong !

J’ai toujours rétribué volontiers les livreurs, sans trop me poser de questions. Jusqu’à samedi dernier. On a commandé des sushis. Après avoir terminé de confirmer nos choix au téléphone, mon interlocuteur m’a demandé quel pourboire je désirais laisser pour la livraison.

La question m’a décontenancé, et plus encore l’intervention de cet intermédiaire dans une transaction privée entre deux personnes, le livreur et moi. Je ne savais trop quoi répondre, d’autant plus que j’ignorais à combien s’élevait la facture et que je n’avais pas bénéficié du service pour lequel le pourboire est prévu. J’ai lancé un montant comme si j’avais tiré un chiffre d’un boulier. Le doute m’a envahi.

Ai-je donné suffisamment ? Trop ? 

Dois-je tenir compte de la distance parcourue par le livreur ? De toute façon, il était trop tard. 

J’ai interrogé l’internet. Selon ce que j’ai trouvé, je ne fais pas partie des radins, mais j’y aspire, du moins pour une commande de sushis pour trois. Car pour un quart de poulet, en revanche, je serais passé pour un bon prince. La norme : 10 % de la facture au livreur, et au minimum 5 $.

D’où sortent ces chiffres ? Fouillez-moi ! On évoque des « conventions » et des « coutumes ». J’ai réalisé durant mes recherches qu’un livreur de restaurant, au même titre qu’un serveur, fait partie de ce qu’on appelle « les employés au pourboire », donc payés moins cher sur la foi que les clients compléteront sa rémunération (les livreurs de DoorDash et Uber Eats ont le statut de travailleurs autonomes et sont payés à la commande). 

Pourquoi donner 10 % à un livreur alors qu’un serveur en salle en réclame 15 %. On ne parle pas de la même « expertise », mais tout de même, pour satisfaire notre envie de poulet et de sauce brune, un livreur doit se rendre chez nous en auto, se presser jusqu’à notre porte, parfois monter un escalier, en été comme en hiver.

La coutume du pourboire, c’est n’importe quoi, surtout quand elle est institutionnalisée. 

La petite machine partout

La pandémie a accéléré l’adoption du paiement sans contact. La tendance s’incarne dans la multiplication de ces terminaux sur lesquels on tape avec sa carte de crédit ou son téléphone.

Ces machines sont utilisées au comptoir des restaurants, des cafés et des boulangeries où, auparavant, un pot nous invitait vaguement à y abandonner notre petite monnaie. 

Maintenant, pour la moindre baguette de pain, on est incités de manière explicite à récompenser le personnel. L’appareil de paiement, tendu par un commis planté juste en face de nous, ne nous permet pas de payer sans qu’on ait d’abord sélectionné le montant du pourboire. 

On peut décliner, mais à la manière dont elle est sollicitée, on a plutôt tendance à accorder la faveur. On n’a pas à s’y plier quand on se fait servir au comptoir ou lorsqu’on ramasse des repas à emporter. Il n’y a aucune logique ici. On aura l’occasion d’y revenir.

Ne vous en privez pas si le cœur vous en dit, mais ne vous sentez pas mal de passer votre tour.