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Non, on ne crie pas au loup pour rien

Nassim Nicholas Taleb
Photo courtoisie Nassim Nicholas Taleb

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Selon certains, nos gouvernements pousseraient le bouchon trop loin en ce qui concerne les mesures sanitaires. 

Ils seraient trop sévères, trop prudents, trop paranos. 

Non seulement écraseraient-ils une mouche avec une masse, mais les solutions qu’ils proposent pour ralentir la propagation du virus seraient tellement drastiques qu’elles risqueraient de faire plus de mal que de bien.

SE PRÉPARER AU PIRE

Je suggère à ces sceptiques d’écouter les propos de Nassim Nicholas Taleb.

Après avoir travaillé pendant plus de 20 ans comme trader, ce fou des chiffres et des statistiques (auteur d’ouvrages traduits dans 41 langues) est devenu un expert mondialement reconnu sur les questions de probabilités. 

Il y a quelques mois, Nassim Nicholas Taleb accordait une entrevue passionnante au magazine Le Point

Pour lui, face à ce genre de pandémie, on n’est jamais trop prudent. 

« Il faut raisonner par l’inconnu, pas par le connu, dit-il. Il faut se préparer pour être capable de faire face au pire scénario. »

« Même si on panique pour rien deux fois par an, ça vaut le coup pour la fois où on paniquera avec raison. Dans des conditions où la virulence et la mortalité d’un virus sont incertaines, comme c’est le cas présentement, il faut paniquer. C’est une nécessité. Car les maladies peuvent changer et devenir plus dangereuses... »

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Bref, comme le dit l’adage : mieux vaut prévenir que guérir. En faire trop que pas assez.

Car si tu n’en fais pas assez, tu ne peux pas reculer quand les choses se compliquent. 

« Tenez, pour vous donner un exemple : je voyage beaucoup, je passe mon temps à passer des contrôles de sécurité aéroportuaires. 

« Un abruti pourrait dire : ‘‘Il n’y a pas de terrorisme, c’est idiot de dépenser tellement de temps et d’argent pour ces mesures de sécurité.’’

« Mais on n’a pas le choix ! C’est pareil pour les épidémies... »

LE MOINDRE MAL

De dire Nassim Nicholas Taleb : « Certaines personnes s’inquiètent que l’on puisse crier au loup pour rien. Ce n’est pas grave. Accepter de payer un coût à un moment x est parfois le moindre mal. »

Dans son best-seller La force de l’intuition : prendre la bonne décision en deux secondes (Blink: The Power of Thinking Without Thinking), le journaliste américain Malcolm Gladwell (un autre fou des probabilités et des statistiques) affirme qu’il faut faire confiance à ses intuitions, à ses pressentiments. 

Quelque chose en dedans de toi te dit de ne pas t’aventurer dans cette ruelle ? Eh bien, n’y va pas, tu as probablement raison d’avoir des craintes. 

Pour Nassim Nicholas Taleb, il faut agir de la sorte envers une pandémie. 

« Beaucoup de réactions de panique naturelle nous ont permis de survivre des centaines de millions d’années, dit-il. On dit que ce sont des réflexes irrationnels. Non ! Si on ressent cette panique, c’est pour une raison. Si on perd cet instinct, on est finis. 

« Il faut adopter des mesures radicales pour se protéger des porteurs asymptomatiques. »

J’entends déjà certains crier : « Mais cet homme est un adepte de la dictature sanitaire ! » Non, désolé. 

« Je suis un libertaire, mais je crois que, hélas, dans ce genre de situations, on a besoin d’autorité. Selon moi, les gouvernements ne sont utiles qu’en temps de guerre, de crise. Et c’en est une. »