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Radio-Canada ne se prend pas pour un 7 UP

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Au casino, qui prend un plus grand risque en misant 50 $ au blackjack ?

A) Ginette qui a 10 000 $ à la banque ou B) Gaston qui a 500 000 $ à la banque ?

C’est Ginette bien sûr ! La réponse est évidente.

Pourtant, cette semaine, devant le CRTC, un patron de Radio-Canada a laissé entendre que ce qui différencie Radio-Canada des diffuseurs privés, c’est que le diffuseur public, lui, prend des risques créatifs.

Heu, les amis, vous jouez au casino avec de l’argent qui ne vous appartient pas ! Et en plus, vous disposez d’un financement public annuel de 1,2 milliard !

ON SE GARDE UNE PETITE GÊNE

Québecor/TVA reproche au diffuseur public de faire trop de divertissement et de jouer dans les platebandes du privé. Devant le CRTC, Michel Bissonnette, le vice-président principal de Radio-Canada, a affirmé que ce qui différencie Radio Canada, c’est que c’est son rôle de prendre des risques créatifs. Et il a cité en exemple District 31 et Unité 9.

J’ai vérifié dans le dictionnaire ce que signifiait le mot « risque » : « Fait de s’engager dans une action qui pourrait apporter un avantage, mais qui comporte l’éventualité d’un danger » Bien sûr que District 31 et Unité 9 sont d’excellentes émissions, je l’ai dit et écrit à plusieurs reprises. Bien sûr que les patrons étaient incapables de prédire que ces émissions seraient millionnaires en termes de cotes d’écoute.

Mais quel aurait été le « danger » pour Radio-Canada si ces émissions avaient été des flops ? L’entreprise aurait été au bord de la faillite ? L’action allait s’écrouler à la Bourse ? L’entreprise allait devoir se serrer la ceinture ?

Au privé, si tu accumules les flops, tu risques ta survie.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Vous pensez que Radio-Canada a pris des risques avec des émissions aussi insipides et consensuelles que Les échangistes, ce « talk-show » insignifiant où les invités parlaient de leur gazon ou de leurs chaussettes ?

Et vous pensez que Radio-Canada a pris des risques avec ses 1001 quiz ?

Je m’aperçois, dans le courrier des lecteurs que je reçois lorsque j’écris sur ces sujets, que beaucoup de gens sont incapables de comprendre la différence fondamentale entre Radio-Canada et les diffuseurs privés.

La seule question à se poser est : « À qui appartient l’entreprise ? » Et en découle la question : « À qui est-elle redevable ? »

Si TVA, Noovo et autres appartiennent à des intérêts privés, à des actionnaires, Radio-Canada appartient à... vous et moi, c’est-à-dire tous les contribuables canadiens.

C’est à nous tous que ce diffuseur est redevable. C’est à nous tous qu’il doit rendre des comptes. C’est pour ça qu’on est aussi exigeant envers lui.

DES LIVRES ET MOI

J’ai une dernière question pour Michel Bissonnette.

Si Radio-Canada est tellement bon pour prendre des risques, si ses dirigeants ne sont pas motivés uniquement par les cotes d’écoute, s’il est si différent des diffuseurs privés, peut-il nous expliquer pourquoi le diffuseur public n’offre plus aucun magazine culturel, aucun magazine littéraire à la télé, pas de vraies émissions de débats avec une vraie diversité d’opinions, et des entrevues de fond ?

Ça, ce serait dans son mandat ! Là, il se différencierait vraiment !

Et ça, ce serait risqué !