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Le plan de match Roberge

Jean Francois Roberge ecoles
Photo d’archives Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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C’était le 6 janvier dernier. Pendant que le premier ministre se préparait à annoncer de nouvelles restrictions, «une centaine de médecins joignaient leurs voix à celle de l’Association des pédiatres pour implorer le gouvernement de garder les écoles ouvertes».

De leur côté, des directions d'école demandaient à Québec de «renforcer les mesures sanitaires pour permettre le retour des élèves en classe plutôt que de prolonger l’enseignement à distance».

Avec un retour en classe cette semaine pour les élèves du primaire, et la semaine prochaine pour les élèves du secondaire, leurs supplications ont été entendues dans les hautes sphères.

Le plan Roberge

Deux jours après la grande messe de monsieur Legault, c’était au tour de son ministre de l’Éducation de venir nous présenter son plan de match. Une conférence de presse avec des hauts et des bas. Si le volet pédagogique contient des éléments intéressants, celui concernant les mesures sanitaires nous laisse plutôt un goût amer.

Du point de vue pédagogique

Épreuves ministérielles annulées

En mars 2020, j’écrivais sur mon blogue personnel que le ministre de l’Éducation devait ordonner un temps d’arrêt pour juin 2021. À l’époque, cette condition me semblait essentielle à une transition harmonieuse. En ce qui me concerne, il s’agit d’une nouvelle tardive, mais d’une bonne nouvelle.

Certains acteurs, déçus de cette décision, estiment qu’il s’agissait d’une belle occasion de mesurer officiellement l’effet «COVID». Je répondrai qu’il est facile de construire un instrument de mesure qui permet de faire dire ce que l’on veut aux chiffres.

Accordons notre confiance aux enseignants.

Pondération du premier bulletin revue à la baisse

Sur ce blogue, en novembre, je demandais de revoir à la baisse la pondération de la première étape pour le bien de nos élèves. Il s’agit donc d’une autre bonne nouvelle.

Néanmoins, si l’ancienne pondération était de 50-50, monsieur Roberge ne s’est toujours pas prononcé sur celle qui entrera en vigueur.

Selon la Politique d’évaluation des apprentissages, la transparence est une valeur incontournable:

«La transparence en évaluation est nécessaire dans la mesure où elle contribue à asseoir la crédibilité de l’ensemble du système éducatif auprès de la société. C’est pourquoi les intentions ministérielles en évaluation des apprentissages et les mécanismes qui permettent de les rendre opérationnelles doivent être connus [...]. La transparence suppose aussi que les normes et les modalités d’évaluation soient connues et comprises de tous.»

Ainsi, j’espère que le ministre de l’Éducation n’attendra pas les résultats officiels du premier bulletin afin de prendre une décision. Si tel est le cas, ce «tripotage» de notes devra être décrié par le réseau.

Services de tutorat

Depuis le début de l’année, le personnel scolaire travaille d’arrache-pied dans l’optique d’aider les élèves et de les amener vers une réussite. Cette façon de faire a toujours été le cas. S’ajuster en cours d’année afin d’optimiser nos interventions aussi. Il s’agit de la normalité dans un milieu scolaire.

Ainsi, le tutorat est une bonne idée parmi tant d’autres. Néanmoins, avant la rentrée 2020, divers intervenants en éducation avaient proposé des idées novatrices compte tenu de la situation exceptionnelle vécue au printemps. Afin d’honorer sa garantie qualité-équité, le ministre Roberge aurait eu intérêt à travailler davantage avec ses partenaires.

Du point de vue sanitaire

Deux éléments ont retenu l’attention: les masques et le rapport sur la qualité de l’air.

Au printemps 2020, pendant que les Québécois s’approvisionnaient en papier de toilette dans l’optique de survivre à la prochaine décennie, à Taïwan, on vivait une pénurie de masques. Le plus grand stress de la population taïwanaise était alors directement lié au souci des parents qui devaient retourner leurs enfants à l'école. La réponse immédiate du gouvernement? La mise en place de nouvelles unités de production afin de fabriquer des masques près de la norme N95.

Chez nous, après les épisodes «pas de masque» et «avec le masque que tu veux», nous en sommes maintenant aux masques de procédure. 

Pourquoi ne pas l’avoir fait avant?

«Les difficultés d’approvisionnement expliquent pourquoi les élèves ne portaient pas de masque médical dès la rentrée. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le "masque bleu" aurait dû être privilégié.»

Sans en avoir l’air, on a joué avec notre santé cet automne.

Ce qui nous amène à la présentation du rapport – digne d’une recherche scientifique de mes élèves – sur la ventilation.

Selon Michel Seymour, «le rapport du ministère est le résultat d’un véritable cover up. On aurait voulu camoufler le problème de la transmission par voie aérienne dans les écoles que l’on ne s’y serait pas pris autrement». Je vous invite à lire son excellent texte, un incontournable. De deux choses l’une: ou le gouvernement nie l’efficacité des filtres HEPA parce qu’il ne veut pas payer la facture, ou il croit vraiment ce qu’il dit.

Peu importe. L’histoire reste la même.

En éducation, nous avons l’habitude de vivre de l’air du temps.