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Le téléthon des fascistes se passe sur internet

L’extrême droite a collecté des fonds en diffusant l’attaque du Capitole à Washington

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Photo d'archives, AFP Un drapeau canadien était visible en première ligne de l’assaut sur le Capitole, la semaine dernière. Sur d’autres images, on distingue aussi le Red Ensign, un ancien drapeau du Canada régulièrement utilisé par les suprémacistes blancs du pays, dont les Proud Boys.

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L’extrême droite canadienne et américaine empoche des fortunes en diffusant en direct des discours haineux et des événements violents, comme l’attaque du Capitole de la semaine dernière.

L’insurrection de Washington s’est ainsi convertie en véritable téléthon pour les extrémistes et les complotistes sur le site internet DLive, une plateforme utilisée par les amateurs de jeux vidéo pour diffuser des parties en direct.

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« DLive a payé des centaines de milliers de dollars aux extrémistes depuis sa fondation [en 2017], largement via des dons en cryptomonnaie », indique le Southern Poverty Law Centre, une organisation basée à Atlanta.

Se financer avec des citrons

Les utilisateurs gagnent des citrons, la monnaie virtuelle de DLive, en passant le plus de temps possible sur le site. Ils peuvent aussi en acheter par carte de crédit.

Ces citrons peuvent être convertis en véritable argent ou être utilisés pour récompenser des créateurs de contenus sur le site. Pour ce faire, il suffit d’appuyer sur un lot de citrons, comme on cliquerait sur « j’aime » sur Facebook.

Le conspirationniste néonazi Tim « Baked Alaska » Gionet a ainsi collecté plus de 2000 $ en diffusant en direct son entrée dans le Capitole pendant 20 minutes sur DLive, indique Megan Squire, chercheuse à l’Université Elon, en Caroline du Nord.

Alexis Cossette--Trudel

Les extrémistes collectent aussi des dons par carte de crédit, par PayPal ou encore sur les plateformes de sociofinancement GoFundMe ou Patreon. Cette dernière est utilisée par le Québécois Alexis Cossette--Trudel, qui a popularisé ici les théories complotistes QAnon et qui a été expulsé du réseau social Twitter.

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L’extrême droite a en plus adopté la plateforme de messagerie cryptée Telegram. Utilisée par l’organisation terroriste islamiste Daech, elle permet d’échanger des messages, mais aussi de diffuser des événements en direct. Elle partage ses revenus publicitaires avec ses usagers qui créent des contenus. 

Transactions inquiétantes

Lors de l’attaque du Capitole, les Proud Boys ont attiré 6000 usagers sur leur canal Telegram, en à peine quatre heures, soutient Mme Squire.

Ce groupe d’extrême droite fondé par le Canadien Gavin McInnes était en première ligne de l’assaut. Il fait partie des quelque 200 entités extrémistes dont Mme Squire traque le financement en ligne.

Depuis 2016, elle en a noté un certain nombre qui sont « préoccupantes ». En particulier, les chefs du groupe échangent des fonds pour financer la logistique liée à des manifestations violentes, comme la location d’autobus, par exemple.

Selon leurs statuts et règlements, les Proud Boys comptent huit chefs appelés « elders » dispersés partout en Amérique du Nord. L’un deux est l’Ontarien Timothy Kelly, qui anime un balado véhiculant des théories du complot et des diatribes misogynes et antisémites. 

Les Proud Boys ne connaissent pas de frontières 

Les Proud Boys canadiens et américains sont regroupés au sein d’une seule et même organisation qui a une capacité d’influence et d’action de part et d’autre de la frontière.

Pour Yannick Veilleux-Lepage, de l’Institut sur la sécurité et les affaires internationales de l’Université Leiden, aux Pays-Bas, c’est « une organisation transnationale », dont les membres « sont influencés et participent à des événements dans leur écosystème local, mais aussi au-delà ».

Terroristes

À la suite de l’attaque du Capitole la semaine dernière, le Nouveau Parti démocratique a réclamé que les Proud Boys soient placés sur la liste canadienne des entités terroristes interdites au pays.

Une ex-agente du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Jessica Davis, explique que ceci permettrait que tous les biens et les avoirs des membres du groupe soient gelés au pays. Ils ne pourraient plus détenir de comptes bancaires ni traverser les frontières.

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De plus, les forces de l’ordre de partout au Canada seraient motivées à se mettre à leurs trousses, car il est bien plus facile d’obtenir un mandat contre des membres de groupes désignés terroristes.

Dans la mire des espions

Le bureau du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a indiqué que les Proud Boys sont dans la mire des services de renseignement et que c’est à eux de produire un rapport détaillant les motifs pour interdire ce groupe.

Mme Davis indique qu’un certain nombre d’activités auxquelles se sont livrés les Proud Boys pourraient être considérées comme étant « terroristes » au sens du Code criminel canadien.

Dix d’entre eux ont par exemple mené des attaques homophobes dans les rues de New York en 2018. Un de leurs chefs de file, Enrique Tarrio, a été arrêté à Washington deux jours avant l’assaut du Capitole, en possession de deux chargeurs d’arme à feu haute capacité illégaux.

Pour l’ex-agente Davis, les services de renseignement devraient aussi sévir contre d’autres groupes extrémistes dangereux. Parmi eux, on compte notamment les III %, une milice armée originaire de Finlande bien implantée au Québec.