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Territoires protégés: Richard Desjardins alerte l’ONU des manquements du Québec

La CAQ contrevient à ses engagements sur la protection du territoire, selon le poète.

carte coupes forestières lanaudire
Photo courtoisie, Fabien Gagnon Dans Lanaudière, seulement 54 km2 du parc régional de la forêt Ouareau sont protégés, alors que les citoyens demandaient que 700 km2 soient sauvegardés.

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Richard Desjardins écrit aux Nations unies pour dénoncer la «fraude intellectuelle» du gouvernement Legault, qui contrevient selon lui à la Convention sur la diversité biologique en ne protégeant que des territoires nordiques.

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«Sous l’impulsion de son ministère responsable des forêts, le gouvernement Legault a donc tranché: ok pour des aires protégées, mais là où il n’y pas d’arbres! C’est clair, nos forêts publiques doivent demeurer essentiellement des réservoirs de mètres cubes de bois mis à la disposition d’entreprises forestières privées», déplore le militant et poète dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui dans Le Journal.

Le président d’Action boréale et cosignataire de la lettre, Henri Jacob, explique: «Le gouvernement a fondamentalement protégé des territoires au nord du 49e parallèle. Sur les dizaines de milliers de km2 annoncés en décembre, il n’y en a que 0,8% au sud.» 

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Le problème: c’est au sud que les écosystèmes sont les plus fragiles et menacés par l’industrie, et c’est également au sud qu’il y a davantage de biodiversité. Selon Action boréale, le Québec transgresse la convention, car il n’accorde pas une protection sur chacun des écosystèmes qu’il abrite. «On veut que les gens à l’international s’aperçoivent que les aires protégées du Québec ne sont pas représentatives et que le gouvernement se pète les bretelles pour rien», dit M. Jacob.  

En Abitibi, 10 des 12 projets proposés par la communauté ont été rejetés, et ceux qui ont été sélectionnés ont été largement amputés de leur territoire. «Ils se sont dit “Richard Desjardins se bat pour le mont Kanasuta, on va lui donner le top de la montagne”», déplore-t-il. 

Autre exemple concret: dans Lanaudière, à proximité de Montréal, les citoyens avaient proposé au ministère de l’Environnement près de 700 km2 de forêts à sauvegarder. Après d’âpres négociations, leur demande a été réduite à 215 km2. Et finalement, le gouvernement du Québec, sans explication, n’a protégé que 54 km2 de la forêt Ouareau, ce qui équivaut à moins de 30% de ce parc régional.  

carte coupes forestières lanaudire
Carte courtoisie, Écocorridor Kaaikop-Ouareau

«Les coupes forestières sont aux portes du grand Montréal. Les gens ne réalisent pas à quel point les coupes sont rendues proches», souligne Linda Otis, présidente de l’écocorridor Kaaikop-Ouareau.  

Elle déplore d’ailleurs que le ministère de l’Environnement n’ait pas voulu protéger le mont Kaaikop, qui abrite une base de plein air. «C’était seulement 40 km2, ce n’est vraiment rien pour l’industrie forestière», dit-elle. Pendant ce temps, des coupes menacent ce corridor vers le parc du Mont-Tremblant.   

Tous ne sont pas du même avis. Le biologiste Alain Branchaud, président de la SNAP Québec, reconnaît qu’il y a des lacunes dans ce qui a été annoncé en décembre par le gouvernement, mais estime tout de même qu’il s’agit d’un progrès «remarquable». 

«Il n’y a pas d’aires protégées “scrap” dans ce qui a été annoncé. Ce sont des progrès extraordinaires. Et 17%, c’est un objectif intérimaire, la cible de 30% va nous permettre combler les lacunes réelles au sud», souligne-t-il. 

Dur coup pour le gouvernement: un 30 000 km2 de territoires nordiques protégés qu’il a annoncés en décembre sont maintenant remis en question par les Inuits du Nunavik. «Nous informons le gouvernement du Québec que nous procédons actuellement à des consultations dans l’ensemble du Nunavik sur la création de notre nouveau gouvernement. Par conséquent, nous ne signerons aucune entente concernant l’expansion du réseau d’aires protégées au Nunavik», affirme le président de la Société Makivik, Charlie Watt. 

Adamie Delisle Alaku, vice-président de Makivik, ne mâche pas ses mots en entrevue avec Le Journal. «Si le gouvernement du Québec protège ces territoires, c’est parce qu’il n’y voit pas de valeur économique. Il n’aurait pas protégé un secteur qui intéresse les minières à la recherche de nickel ou de terres rares, et il n’aurait pas protégé un endroit où ils peuvent construire une centrale hydroélectrique», lance-t-il  

UNE CIBLE ATTEINTE, MAIS CRITIQUÉE  

  • En décembre, le gouvernement Legault annonçait que 17% du territoire terrestre du Québec serait protégé, à temps pour atteindre son objectif international.    
  • Seuls la Colombie-Britannique et le Québec ont atteint ce barème au Canada, les autres provinces et territoires ont échoué.    
  • Sur les dizaines de milliers de km2 protégés, moins de 1% sont au sud.