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Les milices d’extrême droite sur un pied de guerre

Les milices d’extrême droite sur un pied de guerre
Photo AFP

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Même si Trump, menacé de poursuites pour incitation à l’insurrection, implore maintenant ses partisans armés de renoncer à la violence, les jeux sont faits. Les milices armées d’extrême droite se préparent à prendre d’assaut les capitoles et d’autres objectifs gouvernementaux dans les 50 capitales d’État et à Washington, selon le FBI.

Les dés sont jetés. Des trumpidiots en tenue de combat sont sur un pied de guerre. L’homme à la longue cravate rouge a réussi à fanatiser un bon nombre des quelque 100 000 membres des 273 milices armées organisées dans plus de 40 États américains. Les services de renseignement policier estiment que moins de 40 000 miliciens seraient vraiment actifs et que ceux qui pourraient se déployer en soutien à Trump à compter du week-end seraient encore moins nombreux. Ça fait quand même du monde! On verra bien. Les mises en garde actuelles du FBI contre un soulèvement armé laissent supposer que la sûreté fédérale américaine a des informateurs dans les différentes milices.

À ces organisations paramilitaires d’extrême droite s’ajouteraient sans doute d’autres «combattants de la libarté» volontaires: 75% des républicains et près de 40% des Américains accordent encore à Trump un soutien aveugle, malgré sa démence évidente. Soulignons que plus des deux tiers de ses partisans sont des hommes blancs et que parmi eux se trouvent de nombreux policiers et militaires, certains toujours en fonction, d’autres à la retraite. On l’a vu lors de l’invasion du Capitole de Washington. C’est inquiétant.

Le mouvement des milices est fondé sur une idéologie antigouvernementale associée à une vision conspirationniste de l'histoire et du gouvernement des États-Unis, considéré comme illégitime et tyrannique: le peuple doit «reprendre» le contrôle du gouvernement, par la force des armes si nécessaire. Les Oath Keepers, Threepercenters et autres Boogaloos rêvent d’une guerre civile.

L’histoire du mouvement est marquée par une longue série d'activités criminelles graves, notamment des meurtres, des affrontements armés, des complots ou des actes terroristes et des menaces contre des élus et des agents publics.

Il s'est formé en 1993-1994 autour de l’idée que le gouvernement fédéral ourdit un complot ténébreux (le «nouvel ordre mondial») pour dépouiller les Américains de leurs droits fondamentaux, dont celui, chéri, de posséder et de porter des armes à feu. En déclin au début des années 2000, il a connu une résurgence majeure en 2008, attirant des milliers de suprémacistes blancs indignés par l'élection de Barack Obama.

Trump est universellement révéré par les milices pour sa position ferme en faveur de la libre possession des armes à feu ainsi que pour sa haine des immigrants, et particulièrement des latinos et des musulmans. Jusqu’à l’élection de Trump, les milices avaient pour objectif déclaré de résister à la «tyrannie» de l’État fédéral américain. Ces idiots sont maintenant convaincus que c’est le gouvernement fédéral qui a conspiré avec les forces maléfiques du «dark state» pour voler l’élection et chasser Trump du pouvoir. Les miliciens se voient comme la garde prétorienne du leader suprême et se donnent pour mission de renverser le régime constitutionnel actuel des États-Unis afin de le remplacer par un régime autoritaire dominé par les Blancs sous la gouverne de leur chef bien aimé.

Le FBI considère que l’extrémisme antigouvernemental violent des milices constitue maintenant une plus grande menace que celle des terroristes musulmans. De 1990 à 2014, il y a eu plus d’attaques meurtrières aux États-Unis par des groupes armés d’extrême droite que par des fanatiques islamistes. Les crétins trumpistes en tenue de combat prennent la relève des djihadistes.

Ces dernières années, plusieurs de ces groupes armés ont affronté les autorités fédérales dans une série de conflits dans l’ouest des États-Unis. Seulement environ la moitié des États ont des lois sur les organisations paramilitaires privées. Généralement, elles régissent les défilés et les exercices militaires, mais n’interdisent pas la création de telles milices. Démonstration incroyable de stupidité collective, un seul État sur 50 les interdit carrément, le Wyoming.

Les milices d’extrême droite sur un pied de guerre
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Tous ces matamores de village en tenue camouflée, fusil d’assaut à la main, se réclament du deuxième amendement de la Constitution américaine, qui accorde aux citoyens le droit de porter des armes dans «une milice bien réglementée» — sans toutefois définir l’expression. Le deuxième amendement est aussi invoqué par les cinglés des armes à feu pour justifier leur libre circulation.

Les États-Unis sont le seul pays développé à laisser se constituer, s’armer et s’entraîner sur son territoire des organisations paramilitaires privées qui se donnent pour mission de protéger les citoyens des intentions «maléfiques» de l’État, du deep state, le Frankenstein des conspirationnistes de tout acabit.

Le fait que Washington n’ait jamais adopté de loi pour interdire ces milices est absurde et relève de la négligence criminelle pour tout observateur raisonnable. Pourtant, comme pour les lois laxistes sur les armes à feu, il est absolument impensable que les élus légifèrent de quelque façon que ce soit pour les interdire.

Le pays en paie aujourd’hui le prix.