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Réaction aux textes de Richard Desjardins

forêt boréale
Photo d'archives

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Nous avons lu avec consternation les dernières interventions menées par l’artiste et la personnalité publique de confiance Richard Desjardins dans Le Journal. Trop de faussetés, c’est trop. Ça suffit. M. Desjardins s’inscrit parfaitement dans l’ère du temps, où le sensationnalisme et la désinformation sont de mise. Ce n’est pas la première fois que des membres de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval, comme professionnels et scientifiques, réagissent à l’un de ses textes qui peuvent sembler crédibles, mais qui induisent la population en erreur. Il est essentiel de recadrer certains éléments abordés.

D’entrée de jeu, vous serez probablement surpris de savoir qu’à titre d’ingénieur(e)s forestier(e)s, nous sommes formé(e)s à utiliser notre esprit critique. De nombreux cours qui portent sur l’écologie forestière et l’aménagement durable et intégré des forêts préparent les étudiant(e)s à développer une connaissance globale des écosystèmes, et ce, autant sur les plans environnementaux que sociaux. Les attaques de M. Desjardins, puisqu’il en est ainsi, soulèvent des enjeux de nature politique. Pourtant, ses interventions dénigrent l’ensemble de la profession alors que, pour certains d’entre nous, M. Desjardins a été une source de motivation pour instaurer des changements dans le milieu forestier. 

À ce propos, il est important de questionner et de critiquer l’État, mais il est surtout important de le faire avec rigueur, sur la base des faits, sans quoi la contribution demeurera dans le sinistre registre des fake news. Avec une attitude polarisante, vous pouvez être certain d’une chose: priver le débat de l’éclairage des professionnel(le)s, des chercheu(r)ses, des professeur(e)s et des étudiant(e)s, qui sont pourtant les personnes les mieux placées pour critiquer le régime forestier actuel. Nous sommes les premiers à souhaiter un aménagement forestier qui soit le plus durable possible; c’est la raison même pour laquelle nous avons choisi ce domaine. Plusieurs intervenants formulent d’ailleurs de telles critiques. Nous suggérons la lecture du dernier essai d’Éric Alvarez1, qui rappelle la pertinence de s’affranchir de l’Erreur Boréale qui appartient désormais à une sorte de folklore obsolète, et de rétablir le lien entre l’aménagiste et le territoire. Motivés par l’intérêt public et sans complaisance, les ingénieurs forestiers du Québec ont également soulevé leur manque d’imputabilité et la gestion trop centralisée au sein du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, dans une enquête2 récemment rendue publique par l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ). 

Dans ses textes d’opinion, M. Desjardins insinue aussi que la forêt québécoise est toujours surexploitée, et ce, à un niveau similaire à celui qui avait cours avant la publication du rapport de la Commission Coulombe3. C’est mathématiquement faux. La possibilité forestière n’a jamais été surpassée par la récolte et ces deux indicateurs ont diminué de manière significative à la suite de l’application des recommandations du rapport. Puisque M. Desjardins aime l’île de Montréal pour mettre les choses en perspective, imaginons que la forêt publique du Québec équivaut à la superficie de l’île. Les coupes totales représenteraient alors environ la moitié de la superficie de l’arrondissement d’Outremont. En effet, en 2017-2018, la récolte par coupe totale a touché à peine 0,44% de la superficie productive des forêts publiques du Québec4. En tant que société, nous avons le devoir de réduire notre empreinte environnementale et l’un des moyens à préconiser est justement une foresterie responsable. La solution n’est pas d’arrêter de couper du bois, mais de le faire intelligemment. C’est précisément ce à quoi nous sommes formés et ce que notre code d’éthique encadre, contrairement à ce que M. Desjardins lance gratuitement. Certes, la conservation des massifs forestiers est l’un des moyens à utiliser, et les efforts en ce sens doivent être bonifiés. Mais l’utilisation d’une ressource renouvelable comme le bois est aussi un élément incontournable de la solution. 

Lire les nouveaux textes de M. Desjardins donne le regrettable sentiment d’entendre un vieux disque vinyle qui saute, tellement on est loin des faits vérifiables. Le réel respect des écosystèmes forestiers requiert la fin de la simplification méprisante des enjeux d’aménagement forestier. Ce serait plus cohérent, digne, mais surtout honnête pour les citoyens.

Anne Bernard, étudiante au doctorat en sciences forestières

Samuel Jalbert, étudiant au baccalauréat en aménagement et svironnement forestiers

Olivier Villemaire-Côté, étudiant au doctorat en sciences forestières   

  • 1. Alvarez, Éric. 2020. Forêts québécoises.   
  • 2. Morin, F., Joanisse, G., Nadeau, S., & Bouthillier, L. 2020. Enquête sur la pratique des ingénieurs-es forestiers-ères du Québec.   
  • 3. La Commission Coulombe s’est conclue en 2004 avec la publication d’un rapport proposant 81 recommandations dont 65 ont été adoptées en totalité ou en partie par le gouvernement.   
  • 4. Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Rapports d’activité technique et financier 2017-2018.

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