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Facile de réserver à l’hôtel pour faire le party

Des établissements n’osent pas refuser de locations pour des fêtards, même ceux qui réservent sans se cacher

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Des hôteliers pris à la gorge à cause de la baisse d’achalandage ferment les yeux sur des partys dans leurs chambres malgré le resserrement des mesures sanitaires et l’imposition d’un couvre-feu.

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Le Dr François Marquis, chef des soins intensifs à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, a vivement dénoncé les «petits stratagèmes» des hôteliers pour contourner le couvre-feu alors qu’il y a tant «de gens qui font beaucoup de sacrifices».

Au cours de la dernière semaine, nous avons donc appelé plus d’une quarantaine d’établissements à travers la province en prétextant vouloir organiser une petite fête pour le 30e anniversaire d’un ami d’ici la fin du mois. 

Nous leur disions vouloir réunir jusqu’à une dizaine de convives et vérifier si on pouvait réserver des chambres pour le groupe. On mentionnait alors que les fêtards se réuniraient sans doute dans une chambre, en demandant si cela posait problème.

Résultat : le quart des hôteliers contactés ont indiqué qu’ils accepteraient les réservations en prévenant que les réunions de groupe n’étaient pas souhaitables, mais en glissant qu’on ne procédait à aucune vérification. 

En fait, le malaise de l’employé était souvent perceptible au bout du fil, mais la possibilité de louer cinq chambres d’un coup semblait parfois l’emporter.

«On fait pas la police»

D’autres ont même proposé des accommodements pour passer outre aux règles.

«C’est sûr que nous, c’est un business ici. On ne fait pas la police», a dit la réceptionniste du Comfort Inn de Boucherville, en Montérégie.

Elle a alors suggéré de faire des réservations individuelles pour qu’il n’y ait «pas de preuve qu’il y aura des rencontres».

À l’Hôtel Le Montagnais, à Saguenay, on a mentionné que «louer des chambres spacieuses communicantes» pourrait être une solution. 

«On n’entre pas dans les chambres à moins que la police fasse une vérification. Rendu là, c’est vous qui prenez le risque», a précisé la réceptionniste.

Stratagèmes décevants

Ces façons de faire déçoivent le Dr Marquis, qui voit au quotidien les ravages de la COVID-19 et le fardeau qui pèse sur le système de santé.

« ’ai appris que le milieu de l’hôtellerie utilisait toutes sortes de petits stratagèmes pour permettre aux gens de contourner [le couvre-feu]. Ça m’a attristé parce que je pense que toutes les industries doivent faire partie de la solution, parce qu’on a tous fait des concessions», a-t-il déclaré sur les ondes de TVA il y a quelques jours.

«De savoir qu’il y a des possibilités de louer des chambres d’hôtel pour faire le party et que personne ne pose de question [...] ; je pense que c’est le temps que le gouvernement se pose des questions sur ce qui se passe dans l’hôtellerie», a-t-il dit.

Des refus instantanés

Si des hôteliers ont semblé faire la sourde oreille lorsque des clients potentiels évoquent un rassemblement, plusieurs ont refusé net de jouer le jeu, malgré des temps difficiles.

«Si je sais que vous voulez faire ça, je ne peux pas vous réserver une chambre. Si vous passez par un site pour réserver vos chambres, que vous vous rassemblez et qu’on s’en rend compte, vous devrez quitter l’hôtel», a prévenu la réceptionniste du Grand Times Hôtel de Drummondville. 

L’Hôtel le Victorin, à Victoriaville, et l’hôtel Delta de Sherbrooke ont aussi refusé de louer, pour ne nommer qu’eux. 

À Granby, l’hôtel Castel a invité notre groupe à rappeler après le 8 février (fin du couvre-feu), car «il faut respecter les règles de santé publique, peu importe où on se trouve», a souligné un employé. 

Isoler les fêtards  

Photo Martin Alarie

La responsable des ventes du Manoir Saint-Sauveur, dans les Laurentides, n’a pas hésité à proposer de regrouper au fond de l’hôtel les cinq chambres des fêtards et de laisser les chambres proches vacantes pour éviter que d’autres clients se plaignent du bruit.

«En théorie, ces gens-là [amis] devraient être dans leur chambre et vous dans la vôtre, mais ce que vous faites dans vos chambres, ça ne nous regarde pas. La seule affaire, c’est si quelqu’un fait une plainte pour le bruit, mais on peut s’organiser pour vous isoler», a-t-elle proposé, en offrant même un rabais en raison du nombre de chambres louées.

Pour la responsable du service à la clientèle, il s’agit sûrement d’un «malentendu», car «on est plus à cheval» sur les mesures sanitaires. 

Un petit moment «c’est correct»  

La réceptionniste de l’Hôtel Escad Quartier DIX30, en Montérégie, précise qu’il faut «le plus possible» que les gens dans une chambre vivent à la même adresse, «mais sinon, c’est possible de louer plusieurs chambres».

«C’est sûr qu’on ne favorise pas [les rassemblements]. Pour être honnête, on ne sera pas là à vous regarder dans les chambres, il n’y a pas de caméras. Donc oui pour un petit moment, c’est correct, faut juste pas que ça dérange et que ça s’étire», explique-t-elle au bout du fil.

Appelé à réagir, le directeur général de l’hôtel, Jean Philip Dupre, dit être surpris de tels propos. Selon lui, la politique de l’hôtel stipule que les clients qui ne sont pas de la même bulle ne peuvent partager une chambre et la sécurité surveille pour prévenir les rassemblements illégaux. 

Difficile de refuser  

Réticent au départ à ce qu’un groupe se rassemble, la préposée du Quality Suites, à Drum-mondville, adoucit son discours quand on fait mine d’aller voir ailleurs : «C’est touchy un peu là. On n’est pas en mesure de refuser de la clientèle.»

«Si c’est vraiment tranquille, qu’on fait ça vraiment by-the-book et qu’il n’y a pas de bruit [...], que les portes sont fermées, que je n’ai pas de plainte, ça serait quelque chose qui se ferait», a-t-elle concédé. Elle a ajouté que l’hôtel ferait «tout en son pouvoir» pour donner des chambres à proximité.

«On accepte tout le monde [...] Cinq familles avec cinq adresses différentes, on peut les accepter, mais on restreint le va-et-vient dans le couloir», a tempéré en réaction un directeur, qui a refusé de s’identifier. Il précise que l’hôtel donne des avertissements, bien qu’il ne peut pas «dicter aux gens quoi faire dans leurs chambres fermées».   

À vos risques  

Photo Agence QMI, Roger Gagnon

Après avoir mentionné les règles d’usage, notamment le «pas plus qu’une adresse par chambre», la réceptionniste du Montagnais, à Saguenay, a proposé une alternative.

«Si vous voulez, par exemple, on peut toujours vous louer des chambres spacieuses communicantes. Rendu là, c’est vous, c’est vos chambres. On n’entre pas dans les chambres à moins que la police fasse une vérification. Rendu là, c’est vous qui prenez le risque.»

«Ce n’est pas le message de la direction. Est-ce que c’est quelqu’un qui a voulu bien faire?» a réagi le copropriétaire, Jean-Benoit Gilbert, visiblement mal à l’aise.  

Interdits... en théorie  

Photo Andréanne Lemire

Au Quality Inn & Suites, à Victoriaville, la réceptionniste n’a pas fait grand-chose pour décourager notre journaliste qui demande si elle pouvait rassembler des amis dans une chambre. 

«En théorie non, selon les recommandations du gouvernement. Par contre, nous, quand on loue des chambres, c’est pour des gens de 18 ans et plus, donc les gens sont responsables. [...] Je ne pense pas qu’il y aura une inspection, une visite de policier ou quoi que ce soit, mais si vous le faites, c’est sûr que vous êtes responsables de vos actions», a-t-elle expliqué.

Jointe par Le Journal, la directrice adjointe Ariane Laroche a précisé que l’hôtel effectuait une surveillance pour éviter les rassemblements. «Si on voit les clients faire, oui on va les avertir. Mais s’ils le font en cachette, on n’a pas le contrôle», a-t-elle dit. 

Aucun problème  

Photo Stevens LeBlanc

Lors de notre appel au Dauphin, à Québec, on ne pose aucune question sur la fête projetée : «J’en ai plusieurs de disponibles alors si vous en voulez quatre [chambres], il n’y a pas de problème.»

«Vous pouvez prendre la réservation sur internet et nous appeler pour dire que telles réservations à tels noms, on aimerait ça être sur le même étage», nous précise-t-on.

Réaction de la directrice Annie-Claude Ste-Croix : «Je vais prendre votre exemple pour faire un suivi auprès de nos équipes, mais ça n’aurait pas été possible une fois sur place.» 

Ne pas laisser de preuve  

Photo Chantal Poirier

Après avoir rappelé que les rassemblements sont interdits, la réceptionniste du Comfort Inn South Shore, à Boucherville, a néanmoins suggéré de faire cinq réservations individuelles, plutôt qu’une de groupe pour ne pas «laisser de preuves de rassemblement».

Elle a également indiqué que les employés de l’hôtel font rarement des rondes dans les couloirs et qu’il n’y a pas de caméra pour vérifier les mouvements des clients entre les chambres.

Pour la directrice générale de l’hôtel, Marthe Langlois, «ce n’est pas quelque chose qui est fait à l’hôtel».

«Les autres clients, s’ils voient ça, c’est sûr qu’il va y avoir des plaintes et qu’ils vont appeler la police», explique-t-elle.

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