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[PHOTOS] Voici 10 tavernes célèbres de l'histoire de Québec

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Les tavernes font partie de l'histoire du Québec et de sa culture populaire. À preuve, le succès sans précédent de la pièce de théâtre Broue.

Leur existence chez nous remonte aussi loin que la Nouvelle-France. À cette époque toutefois, on parlait d'auberges et de cabarets. Tous les quartiers de la ville avaient les leurs. 

Au XXe siècle, ces établissements étaient devenus la chasse gardée des hommes. La législation les fera évoluer, puis elles disparaîtront peu à peu au profit des brasseries et des pubs. Il n'en reste maintenant qu'une poignée. Nous vous invitons dans une tournée des grands-ducs à travers quelques tavernes légendaires de La Cité-Limoilou.

1) Un patronyme prédestiné  

Plaque commémorative située dans la côte de la Fabrique en mémoire de Jacques Boisdon.
Photo Jean-François Caron
Plaque commémorative située dans la côte de la Fabrique en mémoire de Jacques Boisdon.

Saviez-vous qu'une section de l’emplacement du magasin Simons de la côte de la Fabrique a été le site de la première auberge de la ville de Québec? 

L’histoire révèle que l’occupation de ce site remonte à 1648, alors que la population de Québec ne comptait à peine que 500 habitants. Une anecdote de l’époque nous éclaire un peu plus sur le propriétaire et l’usage de l’endroit. Le 19 septembre 1648, le Conseil de la Nouvelle-France accordait à Jacques Boisdon, pâtissier de son état, le droit d’opérer, sur le lieu-dit du 20, côte de la Fabrique, une auberge. L'objectif était d'apporter réconfort aux colons courageux et de favoriser la bonne entente. 

Avec son patronyme prédestiné, Jacques Boisdon acquiert donc le statut de premier aubergiste et cabaretier dans la ville. C'est sur la place publique, non loin de l’église, qu'il ouvre son commerce «pour tout allans et venans» contre la promesse, envers les autorités de l’époque, d’empêcher tout scandale, ivrognerie, blasphème ou jeux de hasard dans sa maison et de fermer son établissement les dimanches et les jours de fête ainsi que pendant les offices religieux. C'était un départ. 

En effet, au XIXe siècle, on retrouvera à Québec plusieurs centaines de tavernes. Une plaque commémore aujourd'hui l'emplacement de l'auberge de Jacques Boisdon.

2) Le Neptune Inn  

Représentation de l’auberge Neptune et du bas de la côte de la Montagne en 1830
James Pattison Cockburn, BAC, collection W. H. Coverdale de Canadiana
Représentation de l’auberge Neptune et du bas de la côte de la Montagne en 1830

Ouvert en 1809 par William Arrowsmith, l'auberge Neptune Inn était située au pied de la côte de la Montagne. Il s'agissait d'un lieu de rencontre de marins et de marchands alors que le port de Québec vivait des heures prospères. 

Quelques années après l'ouverture de l'auberge, sa façade arbore une figure de proue personnifiant Neptune, un personnage mythologique romain associé à la mer. La légende veut que cet ornement provienne d’un navire qui s’était échoué à l’île d’Anticosti en 1817. 

Le retrait de la sculpture vers 1870 coïncide vraisemblablement avec la fin des activités de l’auberge. En effet, à la même époque, le journal Morning Chronicle devient le nouveau locataire de l’immeuble; le quotidien y demeure jusqu’en 1899. 

En 1901, l’immeuble est reconverti en un lieu d’hébergement. Celui-ci est tenu par Joseph Thomas LeVallée, un restaurateur actif depuis les années 1860. 

Poursuivant la tradition de l’auberge Neptune, dont il conserve le nom (hôtel Neptune Inn), LeVallée fait installer dans une alcôve, en façade, une nouvelle sculpture de la divinité romaine, exécutée par Louis Jobin. Elle disparaît lors de l’incendie du bâtiment survenu en 1925. De nos jours, l'édifice abrite un espace d’habitations. (Un texte de Jérôme Ouellet)

3) Le Chien d'Or  

La taverne du Chien d'Or en 1965
Service de l'aménagement du territoire, Ville de Québec
La taverne du Chien d'Or en 1965

La légende du Chien d'or a fait couler beaucoup d'encre. Cette pauvre bête a également longtemps été associée à des débits de boisson. 

En effet, c'est à l'emplacement de l'actuel édifice Louis-S.-St-Laurent, l'ancien Hôtel des Postes de la Haute-Ville, que se trouvait jadis l'auberge du Chien d'or. Il s'agissait de la maison de Nicolas Jacquin dit Philibert, le héros de la légende. À partir de 1775, la maison est la propriété de Miles Prentice qui y opère une auberge. Les francs-maçons s'y réunissaient. À la mort de Prentice survenue en 1787, ils l'acquièrent et en font le Free Mason Hall. C'est la fin de l'auberge.

En 1915 toutefois, Émile Gagnon ouvre le Café du Chien d’or. Il est situé sur la rue du Fort, à quelques pas de l'auberge de Prentice. À partir de 1920, William J. Noonan prend le relais et, en 1928, il fait agrandir la salle à manger. 

Quelques années plus tard, le restaurant devient la Taverne du Chien d’or, rendez-vous des postiers et des étudiants du Petit Séminaire. Elle sera exploitée jusqu’en 1974, malgré l'incendie du 2 janvier 1931 qui l'avait sérieusement endommagée. 

Depuis 1979, on y retrouve la galerie Le Chien d’or. L'art a ainsi remplacé la bière.

4) Le London Coffee House  

Vue de la basse-ville de Québec en direction de la Citadelle, 1870-1875
Photo Musée McCord
Vue de la basse-ville de Québec en direction de la Citadelle, 1870-1875

La Maison Chevalier est une icône du quartier Place Royale. L'une des vocations anciennes de cet édifice est toutefois assez différente de ce qu'on y présente aujourd'hui. 

En fait, elle est constituée de trois maisons: la maison Chevalier au sud, la maison Frérot au centre et la maison Chesnay, au coin de la rue Notre-Dame. Alors que ces deux dernières ont été construites au XVIIe siècle, celle qui nous intéresse l'a été au siècle suivant. À l'origine, ces trois demeures distinctes avaient leurs façades vers l'arrière actuel, sur la rue Cul-de-Sac. 

En 1959, elles ont été réunies en une seule unité pour leur donner l'allure d'un hôtel particulier, avec façade sur la rue du Marché-Champlain. Celle qui nous intéresse a été construite en 1752 par le marchand Jean-Baptiste Chevalier. 

En 1806, elle est convertie en auberge-taverne, le célèbre London Coffee House, qui sera exploité jusqu'en 1906. Pendant un siècle, il a été le rendez-vous des hommes d'affaires et des marins. Outre la bière, on y brassait beaucoup d'affaires. Ils ont aujourd'hui cédé leur place aux touristes.

5) L'éphémère taverne de Miles Howe  

Publicité peinte sur la façade de l'ancienne taverne de Miles Howe, rue Champlain.
Photo Jean-François Caron
Publicité peinte sur la façade de l'ancienne taverne de Miles Howe, rue Champlain.

Dans le quartier Cap-Blanc, au 427 de la rue Champlain, à la hauteur de la rue des Sapeurs, se trouvait autrefois la résidence de Miles Howe. Il a habité cette maison avec sa famille pendant près de 40 ans. 

Il était natif de Thurles, comté de Tipperary en Irlande, et il était arrivé à Québec vers 1853. En 1855, il épousait Elizabeth Christie à la basilique de Québec. À l'instar de bien des Irlandais du Cap-Blanc, il était débardeur. Il acquiert cette maison vers 1860 et dès lors, en marge de son travail sur les quais du port de Québec, il y tient un commerce. 

Son épouse y jouait certainement un rôle majeur. Durant une dizaine d'années, ils exploiteront une épicerie puis, en 1870, une taverne. L'année suivante, ils fermeront boutique, mais une annonce publicitaire demeurera en place. Elle indiquait son nom, mais également son adresse, soit «181». 

Il meurt en janvier 1897 d'une pneumonie, à Pensacola, dans le nord-ouest de la Floride. Sa veuve continuera d'habiter l'endroit encore quelques années, malgré le fait que la Cité de Québec leur avait saisi cette maison en 1889 pour défaut de paiement. 

De nos jours, sur la façade de cet édifice, seule l'ancienne annonce rappelle l'existence de cette éphémère taverne. Peinte sur la brique, on distingue toujours les lettres qui la composent: «181 M. HOWE 181».

6) Le pont de glace  

Le Pont de glace entre Québec et la pointe de Lévis, avec ses nombreuses tavernes éphémères, 1831.
J. Stewart d'après James Pattison Cockburn, MNBAQ
Le Pont de glace entre Québec et la pointe de Lévis, avec ses nombreuses tavernes éphémères, 1831.

De nos jours à Québec, le fleuve Saint-Laurent est navigable tout l'hiver en raison du mouvement incessant des traversiers et du passage des brise-glaces de la Garde côtière. 

Cependant, autrefois, il se formait naturellement un pont de glace qui permettait une traversée à pied sec en toute sécurité, aussi bien pour les piétons que pour les voitures hippomobiles. Il apparaissait généralement en décembre pour débâcler en avril. Il avait entre trois et six mètres d'épaisseur. Sous la supervision de l'inspecteur des chemins, des ouvriers nivelaient une ou deux voies qu'ils balisaient avec des sapins. Entre 1620 et 1910, il y aurait eu 83 ponts de glace en face de la capitale. 

De nombreuses cabanes de bois étaient érigées le long de ce chemin de glace et dans lesquelles se trouvaient des tavernes populaires. Les voyageurs, les militaires, les promeneurs et les nombreux patineurs pouvaient y entrer pour se réchauffer et prendre un petit remontant. Quant aux taverniers qui exploitaient ainsi leurs buvettes sur le fleuve, entre Québec et Lévis, ils échappaient aux règlements municipaux régissant leur commerce.

7) La Taverne Royale  

La Taverne Royale vers 1930
photographe inconnu, collection Raymond Pelletier
La Taverne Royale vers 1930

En 1920, Eugène Pouliot achète l’hôtel Royal situé au 30-32 de la rue Dorchester, coin Sainte-Hélène, dans Saint-Roch. Quatre ans plus tard, le restaurant de l’hôtel devient la Taverne Royale. Celle-ci est fréquentée par les ouvriers des tanneries et des manufactures de chaussures établies à proximité. 

À cette époque, un verre de bière coûte 5 «cennes», une petite bouteille, 15 et une grosse, 25. Quand Eugène Pouliot jugeait les buveurs trop éméchés pour continuer à lever le coude, il leur offrait un repas gratuit. 

Sur la photo, il se tient près de la porte, devant l’annonce Molson et à côté de celle de Boswell, et il regarde passer son traîneau à chiens lors d’une course qu’il commanditait. Démolie en 1950 pour permettre l’élargissement de la rue Dorchester, la taverne sera reconstruite sur le même coin de rue. En novembre 1954, ses fils Lucien et Charles-Eugène assurent la relève. 

Le 9 juin 1998, un incendie majeur détruit le bâtiment de trois étages. De nos jours, l’INRS occupe l’emplacement. (Un texte de Raymond Pelletier)

8) La taverne Chez Phil  

Yannick Fromagerie occupe maintenant les locaux où se trouvait autrefois la taverne Chez Phil.
Photo Jean-François Caron
Yannick Fromagerie occupe maintenant les locaux où se trouvait autrefois la taverne Chez Phil.

C'est en 1967 que la taverne Chez Phil ouvre ses portes sur la 3e Avenue, coin 9e Rue. Rapidement, elle devient une institution du quartier Limoilou. On y retrouvait une clientèle locale, faite de «piliers de taverne» et de jeunes qui venaient y regarder un match de hockey en buvant un pot. La taverne Chez Phil s'est rendue célèbre en résistant à la loi.

En 1979, le gouvernement du Québec adopte une loi permettant aux femmes d'entrer dans les tavernes. Cependant, une clause permettait aux établissements qui existaient avant cette date de se soustraire à la nouvelle loi. 

«Phil» s'en prévaudra. Toutefois, en décembre 1986, cette clause d'antériorité est abolie puisqu'elle contrevenait à la Charte des droits et libertés. Rien à faire, «Phil» résiste, pour une question de principe. 

Le propriétaire affirmait que «le genre de femmes qui fréquentent les tavernes, ça ne vaut rien. Ce sont surtout des femmes chaudes, grandes et grosses, qui se promènent d'une table à l'autre». Évidemment, il devra se soumettre. Cette taverne fermera finalement ses portes en 2010. L'endroit est aujourd'hui occupé par une fromagerie.

9) La taverne Mallette  

L'emplacement de la Taverne Mallette en 2009, alors occupé par le Bar Temps Partiel
Capture d'écran, Google Street View
L'emplacement de la Taverne Mallette en 2009, alors occupé par le Bar Temps Partiel

La Taverne Mallette est l'une de celles qui, à Québec, a connu la plus longue existence. C'est en 1928 qu'Elphège Mallette et Paul-Émile Potvin ouvraient la Taverne Mallette & Potvin sur le côté nord de la rue D'Aiguillon, au coin de la côte Sainte-Geneviève. Elle prenait la place de la Taverne Jos Métivier. 

En 1931, Potvin se retirait de l'association et la Taverne Mallette était née. En 1941, à la suite du décès du fondateur, Léon Mallette poursuit les affaires de son père. Il mourra lui-même en 1971, mais l'établissement continuera d'exister sous l'administration d'un nouveau propriétaire. 

En 1979, à l'instar de la taverne Chez Phil, la Taverne Mallette refusera d'admettre les femmes. Cette fois-ci, ce ne sera pas par misogynie, mais parce que l'établissement change d'orientation et devient une taverne réservée aux gais. 

Au cours des années 2000, elle deviendra le Bar Mâle, puis le Bar Temps Partiel, avant de fermer définitivement ses portes en 2018. 

La Taverne Mallette aura tout de même été en opération durant plus de 80 ans.

10) La survivante  

Le barman d'expérience Gaétan Dion en juillet 2020 à la taverne Jos Dion.
Photo d'archives, Simon Clark
Le barman d'expérience Gaétan Dion en juillet 2020 à la taverne Jos Dion.

La taverne Jos Dion ouvre ses portes dans Saint-Sauveur en 1933. On dit d'elle que c'est la plus vieille taverne en Amérique du Nord. Certainement une légende urbaine, mais c'est sans contredit la plus ancienne de Québec, toujours en opération et de façon ininterrompue. 

Elle présente deux façades s'ouvrant sur les rues Saint-Joseph et Saint-Vallier, ce qui était pratique lorsqu'on voulait fuir quelqu'un. 

Au cours des décennies 1930 et 1940, elle commanditait une équipe d'anneaux, ce qui n'est pas sans rappeler l'excellent film Les Plouffe de Gilles Carle. 

Comme plusieurs autres, elle résistera à l'admission des femmes jusqu'en 1986, alors qu'elle n'avait plus le choix. La première n'y mettra les pieds qu'en 1988. C'est que ça prenait du courage pour le faire. 

La taverne Jos Dion sert de la bière depuis 88 ans. Il y a fort à parier qu'elle le fera encore longtemps.

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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