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Une embauche au Port fait sourciller les opposants

Une ancienne de l’agence qui étudie Laurentia joint la direction

Le futur terminal de conteneurs Laurentia
Illustration courtoisie Le projet Laurentia du Port de Québec est à l’étude par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada depuis 2015. Il portait au départ le nom de Beauport 2020.

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Le Port de Québec a recruté une directrice au sein même de l’Agence canadienne qui est chargée d’étudier l’acceptabilité environnementale de Laurentia, ce qui soulève des doutes sur l’éthique chez les opposants au projet.

« Ça nous a déçus, choqués », a exprimé Daniel Guay, d’Accès Saint-Laurent Beauport.  

M. Guay est « convaincu » que la présence de la nouvelle venue au sein de la direction du Port a aidé dans sa démarche pour obtenir un report de trois mois pour le dépôt du rapport final de l’Agence. La version préliminaire était très critique envers Laurentia.

Le Port assure pour sa part que tous les mécanismes sont mis en place pour éviter les conflits d’intérêts, a soutenu Frédéric Lagacé.

« Ça soulève des questionnements éthiques », croit pour sa part Véronique Lalande, porte-parole de l’initiative citoyenne Vigilance Port de Québec. « On a l’impression que ça prenait quelqu’un qui connaissait assez bien les rouages de l’Agence pour orienter le Port de Québec afin de déposer la bonne requête. »

En juin

La directrice en question, Anne-Marie Gaudet, n’a pas participé aux discussions à ce sujet, oppose M. Lagacé. Elles « se sont faites uniquement par l’entremise du directeur principal du projet ». 

Mme Gaudet est une spécialiste de la Loi sur l’évaluation d’impact, à laquelle est soumis le projet d’agrandissement du Port de Québec. Elle était directrice exécutive de la mise en œuvre de la Loi. Elle s’occupait alors d’« assurer la liaison avec les promoteurs de projets majeurs à travers le Canada ». Laurentia était à l’étude par l’Agence à ce moment.

Au printemps 2020, Mme Gaudet a quitté son emploi et s’est jointe au Port en juin, dans un poste de vice-présidente des affaires publiques.

Conjointe d’un ministre

Mme Gaudet est aussi la conjointe du ministre fédéral François-Philippe Champagne. Le conseil des ministres pourrait éventuellement prendre la décision d’autoriser ou non l’agrandissement du Port, ce qui fait sourciller Mme Lalande. « C’est un cumul d’éléments qui deviennent très préoccupants. » 

Le ministre Champagne a répondu au Journal qu’il a demandé, même si le commissaire à l’éthique ne le jugeait pas nécessaire, qu’un filtre soit créé afin d’éviter toute perception d’un traitement de faveur. 

À l’Agence, on précise que les fonctionnaires sont soumis à la directive sur les conflits d’intérêts qui encadre leurs actions après leur départ de l’emploi. Dans le cas des directeurs, il leur est interdit pendant un an d’accepter un emploi auprès d’un privé avec qui ils ont entretenu des rapports officiels importants. Il est cependant possible de demander une réduction de cette mesure. Le Port répond que la directive est respectée à la lettre.  

Ce qu’ils ont dit

«  Le filtre anti-conflits d’intérêts est une mesure préventive en vue de m’aider à remplir mon obligation de ne participer à aucune discussion ou décision [ni aucun] débat ou vote [...] à l’égard du Port de Québec ainsi que ses filiales ou sociétés apparentées. »

– François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation

« Conformément à la politique fédérale sur l’après-mandat, Mme Gaudet n’a jamais été et ne sera jamais impliquée dans les relations avec l’Agence d’évaluation d’impact du Canada avant le 22 juin 2021. »

– Frédéric Lagacé, directeur des affaires publiques au Port de Québec