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O’Toole a l’étoffe d’un premier ministre

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Le chef du Parti conservateur du Canada vient de poser un geste fort en montrant la porte à son député associé aux mouvances complotistes. Il a tracé une ligne dans le sable, définissant sa formation politique comme un ennemi du radicalisme.

Erin O’Toole a prouvé qu’il a l’étoffe d’un chef. Il est loin d’avoir gagné cette élection où tout semble avantager Justin Trudeau, mais il a prouvé qu’il a l’échine d’un premier ministre. Prendre des décisions, déplaire au besoin, trier l’ivraie et le bon grain, on attend d’un chef ce genre de force et de discernement.

Le député Derek Sloan représentait un malaise permanent dans le caucus conservateur. Sur la pandémie, sur les questions morales, sur les enjeux identitaires, il amenait le Parti conservateur sur un territoire miné. Ses positions ne pouvaient qu’inquiéter, voire faire fuir les électeurs, dont Erin O’Toole a besoin s’il veut détrôner Justin Trudeau.

L’exemple de Trump

La présence d’admirateurs de Trump ou de gens qui flirtent avec l’extrême droite était un problème qui traînait dans la cour des conservateurs depuis des mois. Les événements du Capitole à Washington ont montré l’aboutissement ultime d’une politique aussi cynique. 

Ces événements ont sans doute fourni au chef O’Toole l’impulsion nécessaire pour donner le grand coup dans son propre parti. Les gens voient de leurs yeux, en temps réel, où mène le trumpisme. Ils sont à même de constater les dégâts causés à la démocratie et à la société qu’engendre une telle radicalisation. C’est le moment de tirer un trait.

Les décisions de monsieur O’Toole vont provoquer des vagues à l’intérieur du Parti conservateur du Canada. Le député Sloan avait quand même eu près de 15 % du vote lors de la dernière course à la chefferie. Des conservateurs religieux assez dogmatiques se retrouvent dans les rangs conservateurs. 

Des cartes de membre déchirées vont rentrer au secrétariat du Parti conservateur. Des chicanes internes vont émerger dans certaines circonscriptions. Des députés vont perdre quelques-uns de leurs donateurs fidèles. 

Préparer l’avenir

Mais c’était un passage obligé si les conservateurs espèrent accéder au pouvoir. Ainsi qu’une condition sine qua non pour espérer cette fameuse percée au Québec.

Enterrer un malaise en espérant que le sujet restera en dessous du tapis pendant la période électorale relève de la pensée magique. Vous voulez un exemple ? Un dénommé Andrew Scheer avait laissé du flou autour de la question de l’avortement pour ne pas déplaire aux uns et aux autres.

Non seulement la question est revenue le hanter en campagne électorale, mais elle l’a frappé comme un boomerang en plein front. Ce sujet a anéanti ses espoirs de faire des gains au Québec et sa position a fini par déplaire à tout le monde. 

De surcroît, au-delà des prises de position elles-mêmes, l’hésitation de Scheer a miné son image de leader et a inquiété la population quant à ses capacités réelles d’occuper le fauteuil de premier ministre. Erin O’Toole vient de définir son parti et il vient de se définir comme leader.