/news/politics
Navigation

Santé mentale: Québec sort le chéquier pour embaucher des psychologues au privé

psychologist consulting indian man, writing notes during psychological therapy session
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Québec offre le double du salaire de ses psychologues à leurs collègues du privé pour aider pendant la crise à réduire les listes d’attentes du public. Une situation qui fait craindre à plusieurs intervenants un exode du personnel de l’État.

C’est ce qu’on apprend dans un document obtenu par l’Agence QMI sur les modalités d’un programme mis en place par le gouvernement Legault début novembre.

Ce programme fait partie d’une série de mesure annoncée par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, au lendemain de la tuerie dans le Vieux-Québec survenue le soir de l’Halloween.

Des 100 M$ annoncés le 2 novembre dernier pour aider à améliorer les services en santé mentale, une enveloppe de 25 M$ non récurrente a été réservée pour embaucher d’urgence des psychologues au privé afin de réduire les listes d’attentes au public.

Or, selon les précisions apportées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), les psychologues du privé qui souhaitent participer à ce programme peuvent charger à l’État jusqu’à 100$ l’heure. C’est plus du double du salaire maximum qu’un tel professionnel peut toucher en travaillant dans le secteur public (49,82$/h) et quatre fois celui d’un psychologue au premier échelon (26,43$/h).

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Plus d’autonomie aussi

Seuls ceux qui travaillent exclusivement dans le privé peuvent s’en prévaloir, ce qui disqualifie donc les psychologues qui œuvrent à temps partiel pour le gouvernement.

Par ailleurs, les psychologues du secteur privé qui acceptent de donner un coup de main à l’État à grands frais disposent de plus d’autonomie professionnelle que leurs collègues qui œuvrent dans le public, y apprend-on également.

«Le choix de l’orientation théorique revient au professionnel qui offre les services de psychothérapie. Le choix est fait en fonction de la spécialité et du jugement professionnel du psychothérapeute», précise à juste titre le MSSS dans sa missive.

Pour la porte-parole de la Coalition des psychologues du réseau public québécois, Béatrice Filion, les modalités de ce programme sont carrément «insultantes» pour les employés de l’État, surtout qu’il a été mis en place pendant la renégociation de leur convention collective.

«Le choix qu’ils font, c’est d’aller au privé, mais ils auraient pu donner une prime à tous les psychologues dans le réseau et dire "on va les payer et attirer les psychologues du privé à venir"», a-t-elle dit.

Même en tenant compte des frais inhérents à la pratique privée et des avantages sociaux dont bénéficient les employés de l’État, la différence de salaire entre les deux secteurs est de 27,3% à l’avantage du privé, a-t-elle affirmé.

Lundi dernier, 904 membres de ce regroupement ont d’ailleurs signé une lettre ouverte pour réclamer plus d'investissements de la part du gouvernement afin de contrer la pénurie de psychologues dans le secteur public et l’exode de ces professionnels vers le privé. Selon les données de la Coalition, il pourrait manquer jusqu’à 900 psychologues dans le réseau public d’ici deux ans, soit le tiers des effectifs.

«Claque au visage»

Alors que Québec mène en ce moment même des consultations sur les effets de la pandémie sur la santé mentale des Québécois, l’annonce de ces tarifs pour le privé est une «claque au visage» pour les psychologues du réseau public, juge le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau Dubois.

«Parce qu’il y a une crise de santé mentale, on appelle le privé en renfort, mais on va donner des meilleurs salaires et plus d’autonomie professionnelle aux renforts qu’aux troupes régulières», a-t-il déploré.

Selon lui, le gouvernement fait «indirectement la démonstration que pour attirer des psychologues dans le public, il faut offrir de meilleurs salaires».