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Le «oui, mais» des nostalgiques de Trump

Le 45e président américain, Donald Trump
Photo AFP Le 45e président américain, Donald Trump

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Partout sur les réseaux sociaux, on cherche actuellement à atténuer les aberrations et les crimes de Trump en invoquant ses «réalisations». Sans vouloir établir d’équivalence avec des dictatures du siècle dernier, c’est ce que j’appelle la pratique du «Oui, mais...» utilisée, autant à droite qu’à gauche, quand on évoque avec une nostalgie mal dissimulée des régimes envers lesquels on n’ose avouer un certain attrait. En voici quelques exemples. 

  1. Benito Mussolini: «Oui, mais avec lui, au moins, les trains arrivaient à l’heure en Italie et on lui doit la construction de routes, de ponts et d’installations sportives à travers tout le pays. Pourquoi toujours lui reprocher sa répression des juifs et sa déclaration de guerre à la Grande-Bretagne et à la France? C’est Hitler qui l’a poussé à faire ça.»                                                              
  2. Fidel Castro: «Oui, mais il a éradiqué l’analphabétisme à Cuba. Il a aussi créé un système national de santé publique. Je sais, je sais, vous allez me parler des milliers d’opposants incarcérés dans des conditions épouvantables et des générations de Cubains à qui on a refusé des droits et des libertés politiques fondamentales. Ce n'est rien à côté des extraordinaires accomplissements du régime.»  
  3. Muammar al-Qaddafi: «Oui, mais avec lui, les femmes étaient libres de s'habiller comme elles l'entendaient et il a donné une subvention aux jeunes mariés pour acheter leur premier appartement. De plus, il a fourni gratuitement de l’eau à la population. Qu’il ait été profondément corrompu et que son régime oppressif ait dilapidé la richesse pétrolière du pays au profit d’une petite élite oligarchique ne ternit en rien ses réalisations sociales.»  
  4. Saddam Hussein: «Oui, mais l’ONU a reconnu sa volonté et sa détermination pour promouvoir l’égalité des femmes irakiennes et l’UNESCO lui a donné un prix pour avoir créé l'un des meilleurs systèmes de santé publique du Moyen-Orient. Pourquoi toujours lui reprocher les guerres qu’il a provoquées contre l’Iran, le Koweït et les Kurdes qui ont fait, tout au plus, un million de morts?»  
  5. Mao Tsé-toung: «Oui, mais il a réussi à transformer une société rurale archaïque en une société industrielle avancée. OK, OK, la famine qui a accompagné son «Grand bond en avant» a causé la mort de 45 millions de Chinois. Puis après? Ah oui, la Révolution culturelle... mais c’était une guerre civile contre la nouvelle bourgeoisie rouge au sein du parti communiste. Combien de morts déjà?»  
  6. Joseph Staline: «Oui, mais il a amélioré les conditions de vie de dizaines de millions de paysans russes ordinaires. Il a déclaré les hommes et les femmes égaux et les enfants ont bénéficié de l’éducation gratuite. Bon, bon, il exterminé quelques millions de koulaks ukrainiens. C’était une classe paysanne opulente! Et ne me parlez surtout pas du goulag: Soljenitsyne était un intellectuel bourgeois qui méritait ce qui lui est arrivé comme les autres traîtres au socialisme qui y ont fini.»  
  7. Adolf Hitler: «Oui, mais il a relancé l’économie allemande, éliminé le chômage et créé un réseau d’autoroutes. Il est à l’origine de la Volkswagen! Végétarien, il encourageait les Allemands à se tenir en forme. D’accord, d’accord, il y a les camps d’extermination, la dévastation de l’Europe et les 50 à 70 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale. C’est exagéré, non?»   

Vous êtes un dictateur ou rêvez de le devenir. Voici ce que vous devez promettre de réaliser ou vous vanter d’être en train de réaliser: éliminer le chômage et la pauvreté, assurer le développement économique, financer la santé publique, l’éducation et encourager l’égalité homme-femme. Vous fournirez ainsi à vos admirateurs, actuels ou futurs, les arguments démagogiques pour vous défendre, quelle que soit l’horreur abominable de vos crimes.