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Les États-Unis, une nation «inachevée»

Les États-Unis, une nation «inachevée»
Photo AFP

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Une phrase m’a marqué hier et ce n’est pas le nouveau président ni son ombrageux prédécesseur qui l’ont prononcée. Elle vient plutôt d’Amanda Gorman, la jeune poétesse afro-américaine qui s’est exprimée juste après Joe Biden.

« D’une certaine façon, nous avons tenu le coup et nous avons aperçu une nation qui n’était pas brisée, mais simplement inachevée. »

Il y a là un enseignement riche sur le sens de l’action politique qui doit porter bien au-delà des frontières de l’Amérique.

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Conflit organisé

Dans un climat de polarisation comme celui que l’on retrouve aux États-Unis, mais pas seulement là, on est souvent porté à souhaiter la disparition pure et simple de nos adversaires.

On prophétisera que leur accession au pouvoir sera le théâtre d’une irréparable régression. On souhaitera les faire taire et voir disparaître leur discours, qui ne peut être le fruit que de l’ignorance et des sentiments les plus inavouables.

Or, ce n’est pas ça, la politique. Ce n’est pas la victoire absolue et définitive d’un camp au détriment d’un autre. Ce n’est pas de souhaiter l’emprisonnement ou le silence de ses opposants, si leur désaccord est leur seul crime.

C’est le lieu organisé pour que nos conflits puissent continuer d’exister sans que ça ne tourne à l’affrontement armé.

Le cœur et le travail

Les États-Unis n’étaient pas un meilleur ou un pire pays parce que Donald Trump en était le président. Ils ne sont pas devenus meilleurs ou pires parce que Joe Biden l’est devenu.

Une nation existe dans sa culture, son économie, ses écoles, dans le cœur et le travail des millions de femmes et d’hommes qui la composent et il faut plus qu’un simple changement de gouvernement pour changer ça.

C’est ce qu’a reconnu Joe Biden, en ne promettant pas la Lune, mais en reconnaissant froidement les défis qui sont ceux de l’Amérique en ce début de mandat. Le premier d’entre eux, c’est la division.

Une nation peut régresser. Elle peut trébucher. La construire demeure toutefois à jamais une tâche inachevée.