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La lumière après la noirceur

Steven Butler
Photo courtoisie En vue de son combat à Mexico la semaine prochaine, Steven Butler a peaufiné sa préparation avec un masque simulant l’absence d’oxygène en altitude.

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J’ai appelé Steven Butler pour préparer cette chronique. Il était neuf heures et demie. Butler avait l’air affairé. Il est fin et poli, mais je le dérangeais : « Je suis en train de préparer le déjeuner des deux enfants. Je suis un papa occupé », m’a-t-il lancé en préparant un bol de céréales pour les petits.

Ce n’était pas grave. On était jeudi et j’avais plein de temps. Vers midi, il serait occupé avec le lunch. C’est à 1 heure qu’il se rendrait au gym pour son entraînement. Il s’implique beaucoup avec les enfants puisque sa jeune femme Seyla fait ses études universitaires pour devenir travailleuse sociale. Ils sont beaux tous les deux.

Steven Butler est aussi un père occupé avec un gros combat au Mexique vendredi prochain. Contre Jose de Jesus Macias. Un coriace Mexicain, comme il y en a plusieurs, qui est venu à Montréal battre Francis Lafrenière et perdre contre Mikaël Zewski. 

Je suis toujours content de jaser avec Butler. Il est intelligent et sensé. Il a appris à la dure, toujours prêt à lever les poings depuis qu’il s’est présenté au gymnase Champion de Georges Cherry quand il avait dix ans.

LE BON ET LE MOINS BON DE LA COVID

La pandémie a le dos large. On le voit tous les jours. Mais les morts et les faillites sont réels. Pour les boxeurs, elle a été très difficile à vivre. Les combats ont été rarissimes et les bourses bien plates : « Mais au moins, j’ai pu passer un an près des enfants. Je n’aurais pas pu les voir grandir avec autant de plaisir si j’avais mené une vie normale. Et puis, la pandémie m’a aidé à me soigner et à régler les problèmes de santé qui me nuisaient », m’a-t-il expliqué quand je l’ai rappelé entre le petit déjeuner et le lunch des enfants.

« Le problème de santé », c’est un nerf coincé dans l’œil gauche contre l’Ukrainien Vitaly Kopylenko à Las Vegas il y a près de deux ans. Une droite sur l’œil lors du premier round. Le nerf a été affaibli et est devenu paresseux. Tellement que Butler aurait pu commencer à loucher si on ne l’avait pas opéré pour réparer le nerf. Contre Ryota Murata, en championnat du monde, les droites lourdes et dévastatrices du champion que Butler ne voyait pas partir ont fait les dommages : « Mais ce n’est pas une excuse. Murata avait trop d’armes dans son arsenal. À ce niveau, les champions sont complets », révèle Butler.

NE PAS BLESSER SON MENTOR

Et puis, la vérité toute crue, c’est que les choses ne se sont pas bien passées dans le camp Butler au Japon. Tellement qu’au retour, tant le boxeur que son promoteur ont décidé d’y aller de profonds changements. Reynald Boisvert, qui était presque le deuxième père de Butler, a accepté de se tasser au profit de Mike Moffa. C’est un coach bouillant et très dynamique. Après sa convalescence, Butler s’est lancé à corps perdu dans l’entraînement. Il lui fallait réapprendre une autre boxe plus axée sur la défense. Perdre des réflexes pour en acquérir des nouveaux, penser différemment dans un combat, apprendre à mesurer ses efforts dans le ring. Des heures et des heures de « sparring », un travail éprouvant.

Et en plus, Butler voulait éviter à tout prix de blesser Boisvert, l’homme qui l’a accompagné pendant toute sa montée jusqu’à Tokyo en championnat du monde : « J’ai parlé à Reynald. Il continue d’être mon mentor. Il fait partie de mon équipe. Quand je vais aller à l’extérieur livrer de gros combats, il va venir avec nous. Je suis en paix avec moi-même », raconte Butler.

COURIR AVEC UN MASQUE...

Mardi, Butler va s’envoler pour Mexico. Quatre jours plus tard, il va monter dans un ring pour livrer dix rounds de boxe. À très haute altitude. Ceux qui sont déjà allés à Mexico le savent. C’est très éprouvant de faire un effort physique quand on n’est pas habitué à cet air raréfié. Imaginez dix rounds de boxe...

« Je suis prêt. Mon préparateur physique me fait courir avec un masque qui simule le manque d’oxygène en altitude. C’est dur, mais je suis un professionnel, je dois faire les efforts pour être prêt. Les enjeux sont trop importants », dit-il.

J’ai rappelé pour quelques détails. J’ai eu droit à la plus belle conclusion dont on puisse rêver pour ce genre de texte. 

« Oui, il y a la pandémie. Mais j’ai de beaux enfants et une belle famille. Je suis maintenant en bonne santé et je vais pratiquer mon métier de boxeur pour nourrir ma famille... je suis choyé, je suis privilégié ».

La voix était nette. Sincère. Un beau gars... 

Enfin, un bon club !  

Les fans du Canadien ont été merveilleusement loyaux, fidèles et patients. Ils ont tout pardonné à une organisation qui ne méritait pas leur dévotion.

Mais cette saison, les fans et les fefans reçoivent en retour de leur amour. Ils ont droit à des matchs spectaculaires et à une profusion de buts. Même que les monteurs des bulletins de nouvelles sportives sont perturbés. Glisser sept buts et les reprises dans un topo d’une minute devient un défi. Vivement les défaites de 4 à 1...

Il faut garder les deux pieds sur la terre ferme. Dans une saison normale, on compléterait tout juste le calendrier de matchs hors-concours. Mais c’est vrai aussi pour les équipes que le CH a plantées depuis deux semaines. Avec un calendrier de 56 matchs, ces victoires sont encore plus importantes.

We’ll drink to that...

Dans le calepin 

Pat Laprade, qui nous a offert de bien bons livres sur Mad Dog Vachon et la lutte professionnelle, s’attaque à un gros sujet. La vie d’Émile Butch Bouchard, l’ancien capitaine nationaliste du Canadien. Il a commencé à mener ses entrevues...

Il va faire découvrir un grand homme. Un chêne. Je vais y revenir.