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Ne me demandez pas «comment ça va?»

MYANMAR-HEALTH-VIRUS
Photo d'archives, AFP

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Ceux qui croyaient à Noël que le printemps mettrait fin à la pandémie en sont quittes pour demeurer enfermés et rêver d’un vaccin, qui va arriver au compte-gouttes.

Le premier ministre Legault n’en finit plus de reporter au-delà des dates déjà avancées les directives qu’on sait incontournables. S’il nous avait déclaré en octobre qu’on serait fin janvier sous couvre-feu, que les hôpitaux déborderaient, que la liste d’opérations reportées franchirait les six chiffres et que les tricheurs et autres anti-COVID seraient toujours en action, on aurait crié au meurtre.

Alors, avez-vous encore envie de vous faire demander « comment ça va ? » Eh bien, pas moi.

Dorénavant, je ne trouve plus aucune vertu à ne pas avoir d’horaire, à regarder les gens masqués filer comme des ombres sur le trottoir ou péter les plombs à l’épicerie.

Inquiétude

J’ai une chère amie vivant seule qui m’a confié cette semaine qu’aucun être humain n’a même effleuré sa main depuis un an. On lui livre la nourriture et les choses commandées par internet sur la galerie de sa maison face au fleuve. J’ignorais qu’elle pouvait vivre de façon si monacale entourée de bouquins, branchée sur Netflix et autres supports techniques. Je l’admire, mais je m’inquiète un peu pour elle.

J’avoue que je n’ose m’imaginer sans mon Anglais à mes côtés. Mais je suis en manque du chaton que j’ai dressé, façon de parler, pendant deux mois où il a fait la pluie et le beau temps dans la maison. 

Il fait désormais le bonheur de ma petite Rose, qui l’a baptisé Ronron. « Pourquoi ce nom ? », lui ai-je demandé sur FaceTime. « Parce que Ronron et Rose, c’est presque le même nom », a-t-elle répondu. Elle en est folle et je suis folle d’elle. Mais je m’ennuie à mourir de Ronron au point où en montant les escaliers je me retourne comme s’il était derrière moi.

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Patience

Durant les Fêtes, des amis français se sont manifestés par courriel. J’ai été frappée par leur patience face à la pandémie. Cela n’est pas sans lien avec la mémoire collective. Ils ont l’habitude des perturbations et des crises sociales. Ce sont de vieux pays qui ont vu de l’eau couler sous les ponts et ont su transmettre la mémoire des guerres et ses privations. 

« Ça va fort bien », m’a dit mon ami. « Je suis devant la Méditerranée, le soleil brille et ce soir on mange des huîtres et un bar grillé ». Cette joie de vivre est une conception si typiquement française que les Anglais n’ont pas de terme dans leur langue pour l’exprimer.

Disons que la pandémie en hiver à -10 °C nous rend plus maussades. D’ailleurs, les ravages de la COVID-19 sont traumatisants pour tous les Québécois qui croyaient encore il y a un an dans l’efficacité du système de santé, aujourd’hui au bord du gouffre. 

Qui eût cru aussi que tant de Québécois se laisseraient berner par les théories antiscientifiques et se comporteraient en délinquants face aux consignes sanitaires ?

Non, ça va couci-couça. Et, surtout, il faudra un examen de conscience collective qui risque de n’être pas sans douleur si l’on espère retrouver la fierté d’être Québécois.