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Que fera Biden avec le dossier nucléaire?

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Joe Biden est au travail depuis à peine trois jours et déjà il a entamé des négociations dans plusieurs domaines. L’un d’entre eux est celui de l’armement atomique. Biden a annoncé son intention de prolonger de cinq ans le traité du Nouveau START, qui limite le nombre d’ogives nucléaires que les États-Unis et la Russie ont le droit de posséder. 

Ce traité est au cœur du dispositif militaire américain. Il constitue une pièce importante de la politique étrangère américaine. Comment en effet le gouvernement américain peut-il convaincre d’autres pays de ne pas développer un arsenal nucléaire si lui-même fabrique de plus en plus d’armes nucléaires ? Comment peut-il convaincre des pays comme la Chine que les États-Unis ne constituent pas une menace pour eux ?

1. Qu’est-ce que le Nouveau START ?

Le Nouveau START a été signé en 2010 par la Russie et par les États-Unis. Dans la lignée d’autres grands accords nucléaires signés entre les deux pays, le Nouveau START vise à réduire le stock de bombes nucléaires que possède chaque État. Selon les dispositions du traité, le nombre de têtes nucléaires devrait diminuer à 1550 de chaque côté. C’est loin des 50 000 ogives nucléaires et plus que possédait chaque pays dans les années 1970. Mais il serait illusoire de croire que les deux puissances vont un jour se départir de toutes leurs bombes nucléaires. Ou alors, d’autres armes encore plus redoutables auront été développées.

2. Pourquoi les États-Unis et la Russie veulent-ils diminuer leur stock de bombes nucléaires ?

La diminution du stock d’armement nucléaire atteint plusieurs objectifs qui n’ont rien à voir avec la construction d’un monde plus pacifique. La limitation de l’armement nucléaire répond d’abord à des objectifs budgétaires. L’armement atomique coûte cher à fabriquer et à entretenir. Ensuite, les nouvelles technologies rendent les missiles nucléaires plus précis et plus destructeurs. Nul besoin d’en posséder autant qu’auparavant. Enfin, l’opinion publique est heureuse de voir que le nombre de bombes nucléaires diminue, et les gouvernements aiment contenter leur opinion publique.

3. En quoi un tel traité peut-il aider la politique extérieure américaine ?

En diminuant leurs propres stocks de bombes nucléaires, les États-Unis envoient un signal positif à des pays comme l’Iran, la Corée du Nord et la Chine. Cette diminution ne va pas en soi pousser ces États à renoncer à l’armement atomique. Mais elle pourrait faire ralentir la cadence de production ou de développement de leur arsenal nucléaire respectif. C’est déjà un progrès. Une telle diminution augmente aussi la cohérence de la politique extérieure des États-Unis.

4. Le traité TIAN, qui interdit toute bombe nucléaire, pourrait-il un jour être signé par les États-Unis ?

Ce traité est d’une grande naïveté. Il interdit le développement, l’acquisition ou le stockage de l’armement nucléaire. Le TIAN est entré en vigueur vendredi parce que 50 États l’ont ratifié. Mais pratiquement aucun grand État ne l’a signé. La plupart des États qui l’ont signé et ratifié sont des micro-États ou des États qui ne possèdent pas la base industrielle requise pour développer un armement atomique. Le Canada ne l’a pas signé, ni l’Australie, ni le Japon, ni la plupart des États européens ou du Proche et du Moyen-Orient.

5. L’augmentation de puissances nucléaires est-elle inexorable ?

Malheureusement, oui. L’armement nucléaire est une vieille technologie assez facile d’accès et les États qui possèdent cet armement sont plus respectés que les autres.