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Nouvelle BD de Guy Delisle: trois étés de «shifts» à l’usine

Guy Delisle
Photo courtoisie, Alexa Brunet Guy Delisle

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Après les Chroniques de Jérusalem, Le Guide du mauvais père, et plusieurs autres projets à succès, l’illustrateur québécois Guy Delisle raconte son passage à l’âge adulte dans une nouvelle BD fascinante, Chroniques de jeunesse. La vie de banlieue à Charlesbourg, le cégep, le travail de nuit dans une usine de papier, la relation distante avec son père : il raconte la fin de son adolescence et un tournant de vie, soulignant les moments charnières de cette période.

Joint par téléphone à Montpellier, en France, où il habite avec sa famille, Guy Delisle dit qu’il a bien aimé revisiter ses 17 ans, ses quarts de travail à l’usine de pâtes et papiers Stadacona/White Birch, sa transition vers les études en animation à Toronto.

«Cette usine est tellement présente à Québec, déjà par l’odeur ! Mon père a travaillé là toute sa vie. Moi, quand j’y étais, plus de mille personnes y travaillaient», se souvient-il. 

Il trouvait intéressant de parler du travail dans une usine de pâtes et papiers – une vieille tradition au Québec et au Canada. «C’est vraiment le sujet principal de ma bande dessinée.»

Il y pensait depuis longtemps, mais se trouvait un peu jeune pour parler de ses souvenirs de jeunesse. Après avoir eu 50 ans, il s’est autorisé à le faire. 

«Ça fait un peu “vieux mononcle” qui raconte ses histoires... mais ça ne me dérange plus. C’était le décor que j’aimais : c’était l’fun de parler de l’usine, de l’intérieur, et aussi d’une époque de ma vie, entre le milieu professionnel et le côté étudiant. Je voulais aussi parler du but, de ce qui serait finalement une carrière artistique.»

Guy Delisle
Photo courtoisie

Un décor industriel

Dans ses bandes dessinées, Guy Delisle parle souvent d’un pays. Cette fois, ce n’est pas un pays, mais une usine. «J’y trouvais presque un pays parce qu’il y a des personnages, un décor, c’était l’fun de le mettre en scène.»

Le décor industriel l’a fasciné, d’autant qu’il se trouve dans la ville de Québec, «un petit bijou de ville et juste à côté, paf, il y a une espèce de grosse usine qui fume!». 

Le look de l’usine, construite en 1927, a retenu son attention. «Quand j’étais jeune, je passais à côté et je la trouvais belle, cette usine toute en brique. Celui qui l’a faite s’est inspiré de bâtiments new-yorkais et c’est vrai qu’elle a une allure art nouveau. Il n’y en a pas beaucoup à Québec. Quand ce ne sera plus une usine, il faudrait en faire une sorte de musée.»

Dans la bande dessinée, Guy Delisle raconte ses quarts de travail près des énormes rouleaux à papier, décrit ses collègues qui ont parfois de drôles de comportements, parle de sa vie d’étudiant. «Dans les dialogues que j’ai eus avec les ouvriers, je mets les plus marquants, donc ça fait un peu rock’n’roll, et c’est vrai que c’était assez brut des fois... Moi, j’étais un gars timide et arriver dans un milieu ouvrier de même, c’était comme arriver dans un vestiaire de match de rugby. C’était intéressant de décrire ça, avec les yeux que j’avais à cette époque.»

Ses 17 ans

Travailler en milieu ouvrier, dans un endroit où il fait chaud, et faire des « shifts » de nuit, même s’il gagnait un bon salaire, l’a fait réfléchir. 

«Tu te dis, ouais, j’aimerais faire autre chose. C’est intéressant de faire un peu de travail à l’usine, quand tu as 17 ans, pour savoir à quoi peuvent servir tes études. Pour moi, c’était un peu risqué, en arts plastiques... mais après, je me suis orienté vers quelque chose qui allait m’apporter du travail : le dessin animé.»

Chroniques de jeunesse<br/>
Guy Delisle. Éditions Pow Pow<br/>
158 pages.
Photo courtoisie
Chroniques de jeunesse
Guy Delisle. Éditions Pow Pow
158 pages.
  • En librairie le 26 janvier. 
  • Originaire de Québec, Guy Delisle a fait des études d’animation à Toronto avant de quitter le pays pour travailler dans différents studios partout dans le monde. 
  • Ses séjours à l’étranger lui ont inspiré Shenzhen et Pyongyang, deux incontournables du genre. 
  • Sa bande dessinée Chroniques de Jérusalem lui a valu le Fauve d’Or, prix du meilleur album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en 2012. 
  • Il habite à Montpellier, dans le sud de la France, avec sa famille. 
  • Il travaille sur d’autres projets.