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Des produits chinois dans Le Panier Bleu

Québec dévoile ses recommandations pour une plateforme transactionnelle

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Tous les commerçants ayant «une adresse» ou «une propriété québécoise» ici auront accès, dès l’automne prochain, à un site transactionnel bleu piloté par Le Panier Bleu. Les produits étrangers seront également les bienvenus sur cette plateforme s’ils sont offerts chez un détaillant du Québec.

«En bout de ligne, on n’obligera pas le consommateur à n’acheter que des produits québécois. C’est le principe du consommateur qui est roi», a noté le directeur général du Panier Bleu, Alain Dumas. «On ne peut pas être une destination s’il nous manque des catégories de produits», a-t-il expliqué. 

Pour distinguer les produits étrangers des produits d’ici, Le Panier Bleu souhaite tout de même mettre sur pied une identification par secteur qui tiendra compte du degré de «local».    

  • Écoutez l'entrevue du ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, avec Benoît Dutrizac sur QUB radio:   

Différentes teintes de bleu seront utilisées. Un aliment produit ici pourrait, par exemple, avoir une étiquette bleu foncé. Il faudra toutefois attendre encore des mois avant d’avoir une définition claire des produits québécois.  

Lundi, Le Panier Bleu a dévoilé les conclusions de ses huit chantiers visant à propulser le commerce de détail ces prochaines années. Au total, 49 recommandations ont été présentées au gouvernement Legault.   

L’objectif était de trouver des pistes de solution afin de donner les outils nécessaires pour que les détaillants du Québec puissent rivaliser avec des géants comme Amazon, dont les profits ont explosé avec la pandémie.   

«On le sait, si rien n’est fait, nos détaillants locaux continueront de perdre des parts de marché au profit des géants mondiaux du commerce en ligne. Il est clair qu’en travaillant en silo, nos commerçants ne peuvent pas rivaliser», a concédé M. Dumas. 

Parmi les recommandations, on retrouve le déploiement «d’un écosystème numérique québécois»; entre autres, la création d’une plateforme de vente transactionnelle commune. Les entreprises ne brassant pas encore des affaires sur le web seront les premières à pouvoir utiliser cette solution. 

L’initiative vise notamment à bonifier l’expérience pour les clients, à réduire les coûts pour le virage web et à offrir à tous les détaillants l’accès à un système de transport et de livraison qui «passera par le développement de solutions mutualisées, régionalement ou à l’échelle du Québec».   

Pour réaliser les premiers pas de ce «marché virtuel», le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale ont injecté 600 000$. Le Panier Bleu pigera également 300 000$ dans ses coffres. 

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:   

Pas d’Amazon

M. Dumas avance que les trois prochains mois serviront à dénicher les technologies nécessaires, à mettre en place la gouvernance et à développer un modèle financier viable pour ce nouveau site transactionnel.  

Le patron du Panier Bleu refuse toutefois de parler d’un Amazon québécois. Il veut plutôt que le détaillant soit la vedette sur le site et non les produits.  

«On ne pourra jamais créer [le modèle d’affaires] d’Amazon. On parle de plus de 25 ans d’expérience et des investissements de milliards de dollars. Ce qu’on pense, c’est être capable de créer une alternative», a-t-il précisé. 

L’une des recommandations du rapport sur les Chantiers sur l’avenir du commerce de détail au Québec déconseille notamment l’idée de reproduire le modèle d’affaires d’Amazon. «Le Québec ferait dramatiquement fausse route en tentant de créer un Amazon québécois», peut-on lire.  

Le nouveau site de commerce en ligne devrait être «ultimement financé par un collectif d’entreprises privées, avec l’appui du gouvernement du Québec, qui entend jouer un rôle de facilitateur dans la démarche». 

Questionné à savoir si le gouvernement a envisagé la possibilité d’avoir un site transactionnel géré par l’État, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a répondu qu'il préférait faire confiance au privé. 

«Je voulais voir le privé dans ce projet. Si le gouvernement du Québec était celui organisant un Panier Bleu transactionnel, cela n’aurait pas marché», a-t-il tranché, n’écartant toutefois pas l’idée de réaliser d’autres investissements. Québec a injecté plus de 4M$ dans Le Panier Bleu. 

Où est passé l’argent?

Philippe R. Bertrand, un doyen de l’industrie des technologies de l’information, ne comprend pas comment, avec autant d’argent, cette organisation n’a pas encore réussi à se doter d’un site transactionnel.

«J’ai conçu le site de la billetterie du Canadien de Montréal et du Centre Bell, la 3e billetterie électronique en importance en Amérique du Nord. Et je peux vous assurer que ça n’a pas coûté la moitié de ce que Québec a injecté dans Le Panier Bleu jusqu’à présent. Je me demande sérieusement où tout cet argent a pu passer.»

À la place, l’associé d’Amplio Stratégies croit qu’il vaudrait mieux que Québec distribue 3000$ à chacun des manufacturiers québécois pour leur permettre de développer eux-mêmes leur propre plateforme transactionnelle. «En signant une entente avec Lightspeed, il y aurait certainement moyen de faire beaucoup mieux pour les entreprises d’ici, et ce, avec beaucoup moins.»

Vite, un label

Le représentant du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), Jean-François Belleau, applaudit pour sa part les derniers développements annoncés.

Par ailleurs, l’association dit vouloir travailler avec Le Panier Bleu afin d’accélérer, si possible, la livraison de la plateforme transactionnelle. 

Enfin, afin d’aider les consommateurs à s’y retrouver, le CCCD encourage les parties à rapidement travailler au développement d’un véritable label de produits québécois, comme l’a déjà fait le secteur de l’alimentation (avec Aliments du Québec). — Avec la collaboration de Martin Jolicoeur

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Fréquentation et temps moyen d’une visite sur Le Panier Bleu  

Octobre

Fréquentation du site: 87 444

Visiteurs uniques: 67 558

Temps moyen d’une visite: 2:02

Novembre

Fréquentation du site: 219 169

Visiteurs uniques: 169 393

Temps moyen d’une visite: 2:06

Source: ministère de l’Économie