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COVID-19: des acteurs économiques en faveur d'un passeport vaccin

COVID-19: des acteurs économiques en faveur d'un passeport vaccin
AFP

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Des représentants de secteurs d’activité égorgés économiquement par la pandémie de coronavirus verraient d’un bon œil, pour relancer leurs affaires, que le gouvernement mette en place un document officiel prouvant que son détenteur a été vacciné, et qui pourrait être exigé dans certaines situations.

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Un tel passeport vaccin est actuellement à l’étude dans certains pays. Au Québec, le ministère de la Santé (MSSS) dispose du Registre de vaccination qui répertorie toutes les personnes ayant reçu au moins un vaccin. La mise en place d’une telle mesure est donc techniquement réalisable.

Au moment de publier, le MSSS n’avait pas été en mesure de répondre au Journal si un procédé du genre était actuellement envisagé.

Les personnes qui ont répondu au Journal ont été appelées à se prononcer dans le contexte que la vaccination se révèlerait efficace et que le passeport aurait une durée de vie prédéterminée.

Feu vert des hôtels

L’idée plait à l’Association hôtelière de la région de Québec. «Une telle preuve de vaccination pourrait permettre de redémarrer certains événements, le tourisme d’affaires, les festivals», estime la directrice générale de l’AHRQ Marjolaine de Sa.

Mais pour ce faire, au niveau de la clientèle d’affaires, elle l’estime que l’initiative doit être nationale et suivie par les autres provinces. «Si la frontière canadienne ne l’exige pas, qu’est-ce qu’on fait? Si on le demande pour le Québec et que les autres provinces ne le font pas, un congrès international qui devrait venir ici pourrait préférer aller plutôt en Ontario.»

De son côté l’Association hôtels Grand Montréal n’a pas voulu se prononcer directement sur le passeport, mais s’est dite favorable «à toutes mesures qui va permettre la reprise des voyages de façon sécuritaire», a avancé sa directrice générale Ève Paré.

«Il en va de l’avenir de notre industrie, a-t-elle ajouté. À Montréal 80% de la clientèle des hôtels provient de l’extérieur de la province. C’est d’autant plus important de se doter de moyens efficaces et sécuritaires pour reprendre les affaires.»

Gabriel Hardy, de la division québécoise du Conseil canadien de l’industrie du conditionnement physique, adhère au concept. «Ça rassurerait beaucoup la population qui actuellement a peur. En mai dernier, nos sondages disaient que 75 à 80% de la population était prête à revenir dans nos gyms. Maintenant que le message du gouvernement est tellement répété à l’idée que les centres d’entraînements sont des lieux de contagion, alors que c’est faux, seulement 35% des gens souhaitent revenir à court terme.»

«Est-ce que l’on pourrait réserver des plages horaires où ce passeport serait obligatoire? C’est une stratégie à analyser. Je pense que ça aiderait la société à repartir plus rapidement. Les personnes qui se font actuellement vacciner actuellement ne sont peut-être pas celles qui fréquentent notre industrie, mais c’est une avenue qui permettrait d’ouvrir plus vite d’autres secteurs», ajoute-t-il.

Les bars d’accords

La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec a de son côté déjà pensé à une telle mesure. «Nous sommes en faveur. Nous avons déjà eu des discussions entre nous à ce sujet il y a quelques semaines. On a aussi regardé ça avec le gouvernement, mais on ne l’a pas encore soumis sur papier. C’est une porte de sortie qui est envisagée», avance le PDG de la CPBBTQ, Renaud Poulin.

Le secteur des bars est particulièrement mis à mal par la pandémie rappelle M. Poulin. «Les gens sont découragés. Quand ils vont rouvrir, ils vont être plus endettés et pour plusieurs années. Plus le temps passe, plus ils s’endettent. Il y en a qui ne pourront pas passer au travers.»

Pierre Thibault, président de la Nouvelle association des bars du Québec, est aussi enthousiaste face à cette avenue. «C’est ingénieux, assez simple à faire aujourd’hui et c’est aussi une façon de mettre en place un système de réouverture si une autre pandémie se reproduit dans trois ans.»

«Nous sommes dans la période la plus difficile pour les entreprises en ce moment, poursuit M. Thibault. Beaucoup vont recevoir leurs états financiers et apprendre comment ils ont perdu d’argent. On se croirait dans un film à la Mad Max et on ne pensait jamais se retrouver à demander à des personnes si elles sont vaccinées ou pas. On ne cherche pas à ostraciser les gens qui ne veulent pas se faire vacciner, mais on ne peut pas passer à côté d’une solution qui va nous permettre de rouvrir nos entreprises. On est pris à la gorge. Même les entreprises qui avaient les reins solides commencent à couler.»

«Je ne vois pas quel est le malaise à aller de l’avant et à essayer. La personne qui refuse le vaccin, on la respecte, mais elle ne doit pas empêcher non plus le reste des gens qui veulent revenir dans un monde normal. S’il y a des gens vaccinés et que le vaccin est efficace, je crois qu’on est rendu là. Pourquoi on se priverait de ça alors que l’économie est à terre?», questionne Pierre Thibault.

Des bémols

David Laferrière, président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU, qui réunit 350 salles de spectacle et festivals, souligne que pour lui un tel document «pose une question éthique importante» tant que tout le monde n’a pas eu accès au vaccin.

«Ça prend une masse critique très importante de gens pour qu’une opération de spectacle soit relativement rentable. Il va falloir que 60 ou 70% des gens soient vaccinés pour que ça devienne intéressant pour nous. On ne souhaite pas en arriver là. Les mesures sanitaires qu’on avait déployées l’été dernier faisaient des salles de spectacles des lieux parmi les plus sûrs que vous pouviez fréquenter. On peut aussi assurer une certaine traçabilité avec l’achat du billet.»

Selon M. Lafferrière, la campagne amorcée en décembre est capitale pour son industrie. «La vaccination évidemment pour nous c’est la lumière au bout du tunnel. Peut-être que pour certains qui n’osent plus revenir de peur qu’une partie de la salle soit composée de gens qui ne croient pas au vaccin, savoir qu’on doit montrer patte blanche pourra les faire se sentir plus en sécurité. Ça m’inquiète et ça me questionne. Quelle sera la solution?», demande-t-il.

Il verrait d’un bon œil un passeport lorsque tout le monde aura eu accès au vaccin, «quand on aura gagné cette bataille et qu’on voudra garder l’adversaire au tapis à jamais.»

Martin Roy est PDG du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) qui rassemble 28 grands évènements culturels et sportifs au Québec. Il constate «que cette possibilité pourrait prendre forme prochainement. Par exemple, Ticketmaster est capable d’intégrer cette étape (la preuve de vaccination) lors de l’achat de billets. Oui, des festivals pourraient l’utiliser, mais il va falloir voir avec la Santé publique si ça règle le problème, si ça rend possible les rassemblements et si oui à quelle hauteur.»

«Ça pourrait être une option, mais ce n’est pas la seule, croit-il. Les tests rapides pourraient éventuellement être une autre option. Quelques restaurants le font à New York. On est aussi capables dans nos évènements d’appliquer les gestes barrières. On peut maintenir la distanciation avec des barrières qui forment des enclos et font respecter les bulles sanitaires.»

M. Roy et les représentants des grands festivals veulent rencontrer la Santé publique pour faire le point sur ce qui les attend cet été. «Il va falloir, et pas au-delà d’avril, qu’on définisse ensemble ce qu’on peut faire.»

Réticences

Le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec, François Meunier, s’est montré opposé au passeport vaccin.

«Si ça veut dire que seules les personnes vaccinées peuvent entrer dans un restaurant, on en a quoi, jusqu’au mois de septembre? Nous ne sommes pas capables d’attendre jusque-là. On peut fonctionner autrement. À court terme, on peut travailler avec un registre qui peut retracer les personnes qui ont pu côtoyer des personnes infectées. On ne veut pas jouer à la police et commencer à discriminer des gens», a-t-il précisé.

Situation au Québec

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