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La fin du monopole de la SAQ?

GEN-COVID-19
Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

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La COVID-19 pourrait mettre fin au monopole de la SAQ. En effet, un député de la Colombie-Britannique vient de présenter un projet de loi privé afin de permettre à des entreprises de vendre en ligne des produits alcoolisés et pas seulement dans leur propre province, mais partout au pays. Enfin!
 

Plusieurs Canadiens en ont assez des lois provinciales sur les alcools qui empêchent nombre d’entre eux d’acheter du vin, de la bière et des spiritueux directement auprès de producteurs de boissons dans d’autres régions du pays. Le projet de loi privé présenté par Dan Albas, le député en question, vise à modifier la Loi sur la Société canadienne des postes dans le but de permettre la vente directe aux consommateurs de bière et de vin provenant de l’extérieur de la province.
 

Si la proposition de monsieur Albas est adoptée, le projet de loi interdirait à Postes Canada, qui est sous réglementation fédérale, de refuser la livraison directe aux consommateurs de bière, de vin ou de spiritueux originaires d’une autre province. Mais les provinces auraient le droit de ne pas adhérer à la nouvelle loi. En revanche, si une province optait pour l’interdiction, une telle politique irait aussi dans les deux sens. Les vignerons, brasseurs et autres de cette province ne pourraient vendre leurs produits à des consommateurs à l’extérieur de celle-ci. Un gouvernement provincial aurait donc la lourde tâche d’expliquer à ses citoyens et citoyennes la raison pour laquelle il mise sur le protectionnisme.
 

La décision d’éliminer les barrières commerciales interprovinciales qui préviennent la libre circulation de l’alcool au Canada aurait dû être prise il y a belle lurette. Le Canada fait réellement pitié à ce chapitre. L’avantage de donner à nos vignerons, brasseurs artisanaux et distillateurs en difficulté un accès direct aux consommateurs par l’intermédiaire de Postes Canada devrait relever de l’évidence pour tous les parlementaires et gouvernements au pays. Le fait d’offrir plus de choix aux consommateurs devrait faire partie des priorités dans l’ensemble du Canada.
 

La vente en ligne à travers le monde n’est pas une rareté non plus. Le marché mondial de l’alcool en ligne a été estimé à 35 milliards de dollars en 2020, selon une évaluation de l’industrie. Le marché canadien, quant à lui, valait de 350 à 400 millions de dollars l’an dernier, une augmentation de 60% à 70% par rapport à l’année 2019, toujours selon une estimation des marchands du secteur. La vente en ligne représente une occasion inouïe pour les producteurs québécois, lesquels pourraient contourner la SAQ et vendre partout au Canada, et pourquoi pas! Autrement dit, le monopole de la SAQ serait sapé d’un seul coup.
 

Depuis le début de la pandémie, les ventes alimentaires en ligne explosent. La plupart des chaînes de supermarchés ont vu leurs ventes en ligne croître d’au moins 150% en moyenne. Même chose pour la restauration. D’ailleurs, plusieurs restaurateurs doivent leur survie au commerce électronique et aux services de livraison, qui sont très populaires.
 

Mais de toutes les sociétés des alcools au Canada, la SAQ est probablement celle qui démontre le plus sa volonté de protéger ses acquis. À l’automne, elle a fait parvenir une lettre aux producteurs vinicoles, brassicoles et autres pour leur envoyer un avertissement. Cette lettre mentionnait qu’en «vertu de la loi québécoise, les transactions de vente entre un fournisseur ou un producteur de boissons alcoolisées basé dans une autre province canadienne et un résident du Québec sont illégales».
 

Alors, pendant que le commerce électronique démocratise les achats alimentaires en ligne, la SAQ ne veut rien savoir d’un marché pancanadien plus libre. Et ce sont les Québécois qui paieront.