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Cacher la réalité est un jeu dangereux

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Voir, mais pour vrai. Voir enfin ce qui se passe dans nos établissements de santé mis à mal par la pandémie depuis un an bientôt. Cette demande faite au gouvernement Legault n’est pas fortuite. 

Une vingtaine de grands médias québécois, dont le nôtre, la présentaient hier dans une lettre conjointe. C’est une question élémentaire de transparence et d’intérêt public. 

Considérant le relâchement croissant face aux consignes sanitaires, pouvoir montrer le réel, sur le terrain, serait aussi un outil pédagogique sûrement utile. 

Le 30 décembre, pour clore cette première année pandémique, j’avançais la même idée en chronique. Ce qui m’avait le plus frappée en 2020, c’était en effet l’invisibilité scandaleuse des milliers de femmes et d’hommes d’ici, morts de la COVID-19. Seuls, et souvent dans des conditions atroces.

Malgré l’ampleur de la catastrophe, les reportages dans les murs mêmes des CHSLD et des hôpitaux furent rarissimes---. Dans notre système de santé déjà détraqué, les médias se sont butés à l’omerta qui le gangrène depuis longtemps. 

Débloquer l’accès

D’où le blocage imposé aux journalistes désirant faire leur boulot pourtant essentiel dans les circonstances. À un virus invisible, s’ajoutaient ainsi des malades, des morts et du personnel, tous rendus invisibles à leur tour. 

La conséquence, écrivais-je, est que nous n’avons jamais vu de l’intérieur toute la souffrance, la solitude tragique et la vétusté choquante de ces « milieux de vie ». La pleine vérité nous a donc échappé. 

Je citais aussi Peter Maass, journaliste américain. Avec justesse, il avait comparé la même absence d’images de la pandémie dans son propre pays à une guerre dont on ne verrait jamais les dommages concrets sur ses victimes. 

Il nous faut voir l’ampleur de la crise. En parler ne suffit pas. Il ne faudrait surtout pas s’arrêter non plus aux hôpitaux et aux CHSLD. Allons voir et entendre aussi, chez eux, des proches aidants au bord du gouffre. 

Allons voir des préposés et leurs familles au bout de leur rouleau. Allons----- voir des médecins et des infirmières tenant par un fil. Allons voir chez elles des personnes aînées terriblement seules.  

Pour l’avenir

Allons voir ce qui se passe dans certaines ressources d’hébergement pour adultes déficients intellectuels ou autistes. Depuis l’an dernier, ils sont nombreux à être coupés du monde dans l’indifférence générale. Les impacts sur leurs vies sont pourtant dévastateurs. 

La réalité, il nous faut la regarder en plein dans les yeux. D’autant plus que cette crise est loin d’être terminée. Au Canada, des vaccins sont livrés au compte-gouttes. 

De nouveaux variants encore plus contagieux du virus nous arrivent par les voyageurs pendant que le gouvernement Trudeau continue à y « réfléchir ». Qu’attend-il pour agir ? On en perd son latin.

Par fatigue ou déni, le relâchement dans les consignes gagne également du terrain. Alors, non. Cette tempête n’est pas encore derrière nous. Qu’on laisse les médias en montrer toute l’ampleur. 

Christian Dubé, ministre de la Santé, s’est dit ouvert hier à répondre à la demande pressante des médias. 

S’il y a le moindre espoir de corriger le tir dans le futur, nul doute qu’il réside--- tout d’abord dans la nécessité de voir la réalité telle qu’elle est.