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40 000 opérations de la cataracte sur pause

Liette Desjardins aide sa mère, Camille Hudon, à faire un casse-tête à leur domicile de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. L’aînée de 89 ans vit avec de graves problèmes de vision et pourrait devoir attendre trois ans avant d’être opérée aux yeux, en raison du délestage dû à la pandémie de COVID.
Photo Didier Debusschère Liette Desjardins aide sa mère, Camille Hudon, à faire un casse-tête à leur domicile de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. L’aînée de 89 ans vit avec de graves problèmes de vision et pourrait devoir attendre trois ans avant d’être opérée aux yeux, en raison du délestage dû à la pandémie de COVID.

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Près de 40 000 chirurgies pour les cataractes seraient retardées depuis le début de la pandémie en raison du délestage en ophtalmologie, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour certains patients.

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« On s’est occupé de la vie, mais on ne s’est pas occupé de la vue », lance le président de l’Association des médecins ophtalmologistes du Québec, Dr Salim Lahoud.

Au Québec, 110 000 interventions pour les cataractes sont pratiquées chaque année. Mais depuis mars, le Dr Lahoud estime que quelque 40 000 opérations ne seront pas réalisées à cause de la saturation dans le réseau de la santé.

Des personnes âgées

Ce délestage pourrait avoir de graves répercussions pour bien des Québécois, qui sont pour la grande majorité des aînés vulnérables.

« La cataracte va durcir et devenir rigide. Les risques de complications deviennent plus élevés. La qualité de vie entre temps est très affectée, surtout lorsque les gens n’ont rien d’autre à faire que de lire, écouter la télévision ou jouer sur la tablette », détaille l’expert.

Le privé aussi Engorgé

Camille Hudon, 89 ans, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière dans le Bas-Saint-Laurent, fait partie de ceux qui attendent impatiemment cette chirurgie. Elle a appris au printemps dernier qu’elle devait subir une opération à l’œil pour retrouver sa vision obstruée par des cataractes.

Mais elle devra attendre au moins trois ans, « si tout va bien », s’est fait dire sa fille et proche aidante, Liette Desjardins.

Même leur demande formulée au privé, à la fin novembre, demeure toujours sans réponse. 

« C’est vraiment paralysé, même si on est prêts à payer 7000 $ au privé », souffle Mme Desjardins, qui habite avec sa mère.

« Je vais mourir aveugle ! » répète l’octogénaire, dont la vision continue de se détériorer.

Mme Desjardins se désole devant l’état de sa mère « qui ne lit plus, maintenant. Elle se limite à regarder la télé, mais elle voit toujours embrouillé ».

Non urgent

« Un grand nombre de chirurgies de la cataracte ont été reportées depuis le début de la pandémie, tout comme de nombreuses interventions non urgentes », confirme le porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Robert Maranda.

Les hôpitaux ont ainsi délesté certaines opérations pour se concentrer sur les « urgences », afin de libérer des lits d’hospitalisation et de relocaliser les ressources humaines pour répondre à la crise sanitaire, précise le MSSS.

« On peut penser que ce n’est pas grand-chose une chirurgie de cataractes, laisse tomber la Dre Marie-Josée Aubin, spécialiste au Centre universitaire d’ophtalmologie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. Mais ces personnes sont souvent aveugles et à risque de faire des chutes. Il y a aussi un impact sur la santé mentale. »

C’est également ce que craint Mme Desjardins. Sa mère « est autonome, elle est saine d’esprit, mais elle ne voit plus. Et si elle tombe, c’est foutu. Elle va aller en CHSLD et on sait ce qui arrivera... »

Manque de personnel

« La raison pour laquelle ces chirurgies sont ralenties, c’est à cause du manque de personnel en soins infirmiers », ajoute la Dre Aubin.

Et il n’y a pas juste les soins chirurgicaux qui accumulent du retard, selon elle. Les traitements des maladies chroniques de l’œil et les diagnostics souffrent aussi du délestage.

« On tombe sur des cas où le glaucome a trop progressé et l’état de la personne est rendu irréversible, raconte l’ophtalmologiste. Et des cas en rétine décollée qui se sont présentés trop tard. La fonction de la vision ne sera pas retrouvée. »

– Avec Hugo Duchaine

L’attente augmente sans cesse 

Le nombre de Québécois en attente d’une opération continue de grimper en flèche au Québec depuis le délestage massif amorcé avant les Fêtes. Voici un portrait de la situation, même si le ministère de la Santé soutient qu’il « ne possède pas de données sur les chirurgies reportées ».  

  • Plus de 139 500 patients en attente d’une opération en date du 2 janvier (10 000 de plus que le mois précédent) 
  • Plus de 46 000 personnes sur la liste d’attente à Montréal  
  • À la fin février 2020, un peu plus de 115 000 Québécois attendaient une chirurgie 
  • Le nombre de gens patientant depuis plus d’un an pour passer sous le bistouri (interventions non urgentes) est passé de 3700 en mars 2020 à plus de 14 600 après les Fêtes. Une augmentation de 300 % en 10 mois de pandémie 
  • La production des blocs opératoires pour l’ensemble du Québec serait actuellement environ à 50 %  

– Avec Geneviève Lajoie, Bureau parlementaire

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux