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Emeutes aux Pays-Bas: qui sont les «racailles» pointées du doigt?

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La Haye | Le gouvernement néerlandais a promis de ne pas s’incliner devant ceux qu’il a qualifiés de «racailles» et de «criminels» après les émeutes qui ont secoué le pays depuis l’instauration samedi d’un couvre-feu, mais qui est vraiment responsable de ces troubles ?

Les responsables politiques et les spécialistes affirment qu’un mélange diversifié de personnes, allant d’adolescents qui s’ennuient aux théoriciens du complot, est à l’origine des pires émeutes que les Pays-Bas ont connues depuis des décennies.

Cela s’ajoute à une tendance libérale de longue date dans un pays déjà inquiet à propos de son premier couvre-feu national depuis l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sceptiques

Les Pays-Bas comptent un petit groupe bruyant de personnes sceptiques quant à l’existence du Covid-19 ou face à sa mortalité, et qui ont organisé au cours de l’année écoulée de nombreuses manifestations contre les mesures anti-coronavirus.

Ce groupe a été principalement responsable de manifestations illégales dimanche sur le célèbre Museumplein d’Amsterdam, où la police a utilisé des chevaux, des chiens et un canon à eau pour disperser les manifestants.

«Ce groupe est essentiellement pacifique, mais il a un noyau radical» qui pourrait être prédisposé à la violence, a déclaré à l’AFP Jan-Willem Duyvendak, professeur de sociologie à l’Université d’Amsterdam.

Souvent mêlés à ce groupe, il y a aussi «des petits cons qui pensent que c’est amusant de narguer la police», a ajouté Tom Postmes, professeur de psychologie sociale à l’Université de Groningue.

Les théories coronasceptiques ont été amplifiées par certains responsables politiques, en particulier le parti Forum pour la démocratie dirigé par le populiste Thierry Baudet. Le parti a récemment appelé les Néerlandais à «résister» au couvre-feu, mais Thierry Baudet a déclaré qu’il condamnait la violence.

Il existe également une longue tradition antivaccination parmi les protestants conservateurs de la dite «Ceinture de la Bible» dans le centre des Pays-Bas - qui comprend le village de pêcheurs d’Urk où les premières émeutes ont éclaté samedi soir.

Adolescents

Les émeutes anti-couvre-feu plus spontanées qui ont éclaté à Rotterdam, à La Haye et dans d’autres villes du pays semblent avoir principalement impliqué des jeunes mécontents, selon des responsables et des analystes.

Le parquet néerlandais a déclaré mardi que «nombre des personnes arrêtées sont des adolescents».

Ils semblaient n’avoir aucune revendication ferme à part leur colère face au couvre-feu et dix mois de mesures contre le nouveau coronavirus, ainsi que des frustrations socio-économiques plus larges.

Les médias néerlandais ont rapporté que nombre d’entre eux ont utilisé des groupes sur les réseaux sociaux afin d’organiser leurs rassemblements.

«Il y a des frustrations et de la colère refoulées face à la situation. On a le sentiment que ‘le monde est mauvais et stupide’,» a déclaré à l’AFP Carsten de Dreu, professeur de psychologie sociale à l’Université de Leiden.

Alors que le Premier ministre de centre-droit, Mark Rutte, a déclaré qu’il ‘n’irait pas chercher les causes sociologiques’ derrière les émeutes, l’agitation a souvent eu lieu dans des quartiers à faible revenu ou dans des centres-villes où les jeunes sont plus susceptibles de se rassembler, selon des spécialistes.

«De nombreux jeunes doivent suivre des cours en ligne avec un seul ordinateur portable pour trois enfants, qui n’ont pas leur propre chambre», a ajouté Carsten de Dreu.

«La seule possibilité pour pouvoir être vous-même, c’est de sortir et de rencontrer vos amis dans la rue. Et, s’il y a des tensions, cela peut facilement s’intensifier», a-t-il ajouté.

«La première pierre est jetée et tout le monde connaît la suite.»

Fans de football

Les Pays-Bas connaissent également plusieurs rivalités sportives hautement partisanes et «il y a certainement un élément de hooliganisme dans le football impliqué dans les émeutes», a déclaré Jan-Willem Duyvendak à l’AFP.

Mais dans une volte-face, des fans inconditionnels sont sortis en force dans des villes comme Den Bosch, Maastricht et Tilbourg, déclarant qu’ils voulaient «défendre leur ville» et aider la police néerlandaise.

La police «dans certains endroits les (a) même accueillis telle une sorte de milice», a déclaré Jan-Willem Duyvendak

Le commandant de la police néerlandaise Willem Woelen a cependant insisté sur le fait que si les fans étaient autorisés à «partager des informations avec la police», l’application de la loi est «réservée à la police».