/sports/opinion/columnists
Navigation

Histoires de matchs d’ouverture

Pratique du Canadien au Centre Bell de Montréal
Photo Ben Pelosse Le Canadien a vécu des hauts et des bas lors de ses matchs locaux inauguraux, ces dernières années. Et celui de soir sera inédit, alors qu’il sera présenté à huis clos.

Coup d'oeil sur cet article

Un match d’ouverture à domicile a un cachet spécial quand la saison de votre équipe s’annonce prometteuse. Ainsi, on peut imaginer l’ambiance qui aurait régné ce soir au Centre Bell, si vous aviez été en mesure d’accueillir les joueurs du Canadien lors des présentations d’avant-match.

Dommage que vous ne pourrez y être, vous n’avez pas été gâtés au cours des dernières saisons. L’an dernier, mon collègue Jonathan Bernier avait écrit que les célébrations avaient été ternes, sans magie, avec peu d’applaudissements. Carey Price, Jonathan Drouin et Brendan Gallagher avaient reçu les accueils les plus chaleureux.

L’année précédente, la foule avait montré son affection à Jacques Demers, Serge Savard et les joueurs de l’édition championne de 1993, dans le cadre du 25e anniversaire de la plus récente conquête de la coupe Stanley de l’organisation.

Je me souviens d’ailleurs de l’ambiance qui prévalait le soir où Demers a dirigé son premier match derrière le banc du Canadien, au Forum.

Aussi, j’ai fouillé dans mes souvenirs afin de revivre avec vous quelques matchs d’ouverture locale du Tricolore.

12 octobre 1992

Le Canadien cherche à se remettre sur les rails après trois éliminations consécutives aux mains des Bruins de Boston en finale de la division Adams. La plus récente survenue le printemps précédent s’est soldée – ô insulte suprême – par un balayage. Serge Savard reconfirme Pat Burns dans ses fonctions, à qui il a accordé une prolongation de contrat dans les semaines précédant les séries. Mais Burns veut partir et il quitte pour Toronto.

Jacques Demers s’amène gonflé à bloc. Savard lui procure deux bons joueurs offensifs en faisant l’acquisition de Vincent Damphousse et de Brian Bellows. À son premier match de la saison au Forum, le Canadien fait match nul 3 à 3 avec les Penguins de Pittsburgh, champions de la Coupe Stanley les deux années précédentes. Mais Demers dit à qui veut l’entendre que son équipe va surprendre. Lors de l’ouverture du camp d’entraînement, il lance à ses joueurs qu’ils ont ce qu’il faut pour remporter la coupe Stanley. Le reste est passé à l’histoire.

12 octobre 1985

Le Canadien en est à la troisième année du plan quinquennal décrété par Ronald Corey, lors de l’embauche de Serge Savard au poste de directeur général, en 1983. Larry Robinson, Bob Gainey et Mario Tremblay sont les trois derniers survivants des grandes équipes de la dynastie des saisons 1975-1976 à 1978-1979. Guy Lafleur est parti dans la tourmente la saison précédente, ainsi que Steve Shutt.

Inconfortable dans le rôle d’entraîneur en chef, Jacques Lemaire est remplacé par Jean Perron. Un virage jeunesse s’amorce. Huit recrues commencent la saison à Montréal, à savoir Patrick Roy, Stéphane Richer, Brian Skrudland et Mike Lalor, qui ont aidé les Canadiens de Sherbrooke à remporter la coupe Calder la saison précédente, ainsi que Steve Rooney, Kjell Dahlin, Sergio Momesso et Shayne Corson, qui ne reste que pour trois rencontres.

La jeune formation signe une victoire de 6 à 2 contre les Blackhawks de Chicago à son premier match devant ses partisans. La saison va en montagnes russes. Perron est contesté par ses joueurs. Mais dans les séries, Roy devient miraculeux. La saison se termine par un défilé de la Coupe Stanley sur la rue Sainte-Catherine.

10 octobre 2000

Or, il y a eu aussi des campagnes qui n’ont pas commencé dans l’allégresse et qui ne se sont pas terminées dans la joie non plus.

Pour la première fois depuis 1921, le Canadien entreprend la saison après avoir raté les séries deux années d’affilée. Plus rien ne va. C’est la débandade totale. Réjean Houle compose avec un budget salarial limité. Les Brasseries Molson du Canada placent une affiche À vendre devant l’amphithéâtre portant le nom de la célèbre famille montréalaise.

Houle fait l’acquisition des joueurs autonomes Jim Campbell, Darryl Shannon, P.J. Stock et Enrico Ciccone, qui ne font que passer. 

Le Canadien subit une troisième défaite de suite en perdant son match d’ouverture locale par la marque de 5 à 2 contre les Oilers d’Edmonton. Alain Vigneault et Houle sont remplacés par Michel Therrien et André Savard après 20 matchs.

Le Canadien devient la propriété de George Gillett, un Américain du Colorado, en janvier 2001.

L’équipe fait appel à 42 patineurs et à quatre gardiens. Le Tricolore conclut la campagne avec 70 points, ce qui constitue sa plus maigre récolte, dans un calendrier normal, à l’ère de l’expansion (1967 à nos jours). Il égale son record peu enviable de trois exclusions consécutives des séries établi entre 1920 et 1922.

10 octobre 2017 

Marc Bergevin apporte plusieurs changements à sa formation après l’avoir vue subir l’élimination en première ronde des séries contre les Rangers de New York, le printemps précédent. Les liens sont coupés avec Andrei Markov, Nathan Beaulieu et Alexei Emelin. Alexander Radulov se joint aux Stars de Dallas.

Bergevin échange Mikhail Sergachev au Lightning de Tampa Bay contre Jonathan Drouin. Il obtient David Schlemko dans un échange avec les Coyotes de l’Arizona et offre des contrats à Karl Alzner, Joe Morrow, Mark Streit et Ales Hemsky.

Le Tricolore s’incline 3 à 1 devant les Blackhawks, en lever de rideau au Centre Bell. Après une saison de 71 points, Bergevin lance l’opération réinitialisation.

Le moment tant attendu

Trois ans plus tard, la métamorphose est pour ainsi dire complétée. Le Canadien a fière allure. Il y a longtemps qu’on a vu une formation aussi équilibrée et aussi explosive à l’offensive.

Après s’être fait manger la laine sur le dos devant ses partisans durant plusieurs années, le Tricolore a maintenant ce qu’il faut pour imposer sa loi à ses adversaires.

L’espoir est enfin revenu, mais gardons-nous une petite gêne.

Contentons-nous d’apprécier le spectacle. Nous verrons bien pour la suite des choses.