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Pour que l’écriture inclusive cesse d'exclure

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Ce même journal a publié récemment un texte sur l’écriture inclusive.

Ses adversaires ont tristement donné raison à son auteur par leur attitude d’exclusion: on a davantage attaqué le porteur d’idée que l’idée. Cette intolérance ne doit pas être tolérée.

L’idée n’était pas sans intérêt, mais pas sans faiblesses. Décortiquons-la.

Langue nouvelle n’est pas novlangue

D’abord, le titre. La mention de la «novlangue» pose problème. Dans le roman 1984 de George Orwell, elle est cette invention par laquelle le langage est diminué pour empêcher que certaines choses puissent être dites – et éventuellement pensées. L’écriture inclusive, si elle est une langue nouvelle, entend plutôt élargir le langage.

Ce combat est nécessaire. Au fur et à mesure que s’étend le champ de ce qu’on peut faire et être, il faut des mots nouveaux pour le dire.

Il faut «selfie», «courriel», «COVID», etc.

«L’amour qui n’os[ait] pas se dire»

L’homosexualité, avant le 19e siècle, n’avait pas de mot pour se dire. Au mieux, parfois, on empruntait à l’Antiquité sa «pédérastie», qui référait cependant à un système pédagosexuel plutôt qu’à une relation consentante entre hommes.

On en parlait comme de «l’amour qui n’ose pas se dire». Le fait de se trouver un mot (d’abord psychiatrique, puis dépsychiatrisé) lui a permis de mieux exister.

Deux combats à distinguer

Le combat de l’écriture inclusive en porte deux: celui des féministes et celui des non-binaires. Il faut les considérer séparément.

L’inclusion des femmes dans les dénominations, par l’écriture non genrée (épicène/neutre) et l’écriture bigenrée («participant·e·s»/«participantes et participants»), me semble légitime. Que je sache, peu de gens demandent qu’on dise «elle faut» et «elle pleut». On demande seulement que la présence féminine dans un ensemble humain soit soulignée.

Parce que, même si l’idée des créateurs (au masculin seulement) du genre noble n’était pas d’en exclure les femmes, il le fait, ou en donne l’impression – ce qui revient ici au même.

Quant aux non-binaires et au «iel», la proposition me semble aussi avoir du sens. J’accepte le malaise de s’identifier à un genre. Médicalement, je réfléchis les humain·e·s en XX et XY, en vagin-utérus-ovaires-seins et pénis-testicules, ou en mélanges atypiques; mais si on se sent limité par les mots «homme» et «femme», qu’on en utilise d’autres.

Se défendre contre la moralisation

Le point essentiel est que ces changements linguistiques ne se font pas à la pointe du fusil. On n’a pas «holdupé» l’Académie française ni l’Office québécois de la langue française (OQLF) pour les faire passer. Comme tous les néologismes et toutes les innovations culturelles, ils se répandent selon la volonté de leurs utilisateur·trice·s.

Une moralisation à outrance est souvent utilisée pour accélérer leur adoption. Mais c’est une influence, pas une coercition.

Il suffit qu’on la refuse, et elle devient sans prise sur soi.

Ce n’est pas manquer de considération pour autrui: on peut recevoir un blâme, le considérer honnêtement, s’en faire procès justement et se déclarer non coupable.

Simple autodéfense intellectuelle – le meilleur remède contre la bien-pensance.

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