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Vacciner les Noirs en premier?

Vacciner les Noirs en premier?
AFP

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Une fois de plus, la question raciale s’invite dans la discussion aux États-Unis. Cette fois, on l’aborde alors qu’on veut accélérer le rythme de la vaccination pour freiner efficacement la pandémie.

Si on a souvent souligné que la communauté noire et les représentants des différentes minorités semblent plus touchés par la COVID-19, hier, c’est Anthony Fauci lui-même qui a suggéré de vacciner en premier ces segments de la population.

Des Américains refusent encore d’aborder la question du racisme systémique ou du racisme tout court, mais les faits et les chiffres attestent des difficultés particulières auxquelles font face les minorités et, il ne faudrait pas l’oublier, l’ensemble des citoyens les plus démunis, indépendamment de la couleur de leur peau.

Quand Anthony Fauci s’est penché sur cette question, il l’a fait à la lumière des chiffres les plus récents, mais aussi en considérant des données historiques. Je vous présente quelques éléments de sa réflexion, partagés lors d’une entrevue accordée au New England Journal of Medicine.

Pour comprendre la suggestion du célèbre docteur, il faut d’abord savoir que la majorité des gens vaccinés jusqu’à présent sont des Blancs de la classe moyenne. Une situation qui peut partiellement s’expliquer par le faible nombre de pharmacies ou de centres de vaccination dans les communautés noires.

Si on vaccine deux à trois fois plus de Blancs que de Noirs, on ne vient pas en aide à ceux qui sont les plus fragiles et les plus vulnérables. Des données récentes indiquent que les gens de couleur sont non seulement plus susceptibles d’être infectés, mais qu’ils développent également des complications plus graves qui nécessitent plus de soins.

Outre ses références aux données récentes, Fauci a aussi montré du doigt la méfiance de la communauté noire à l’égard de la vaccination, une méfiance légitime qui s’appuie sur de terribles faits historiques. 

Si des représentants de la communauté noire ont une confiance très limitée dans une opération de vaccination gouvernementale, ce n’est pas par déni des progrès scientifiques, mais plutôt parce qu’ils conservent un douloureux souvenir de ce qu’on a appelé «l’étude de Tuskegee». 

Entre 1932 et 1970, une étude clinique sur la syphilis a été menée à Tuskegee, en Alabama. Sous le couvert d’une prise en charge gouvernementale, 600 Afro-Américains, dont 399 étaient déjà atteints de la syphilis, furent sélectionnés pour une étude qui devait durer six mois.

Il aura fallu une fuite dans des journaux comme le Washington Post et le New York Times pour qu’on réalise, au début des années 1970, que l’étude était toujours active, que les participants n’avaient pas été correctement informés et, surtout, qu’on n’avait pas offert de traitements adéquats à ceux qui étaient atteints de la maladie.

Pendant 30 ans, on a donc utilisé les participants comme cobayes pour étudier les ravages de la maladie. Trente années pendant lesquelles on a laissé souffrir des gens dont la santé s’est détériorée et dont les souffrances ont souvent été très importantes. Plusieurs en sont morts.

Alors? On vaccine les Noirs en premier? Anthony Fauci offre une réponse qui me semble adéquate. Parmi les clientèles à risque à vacciner dès le départ, il y a des représentants des minorités, particulièrement ceux de la communauté noire. Il faudra d’abord les convaincre de surmonter une méfiance ancrée dans l’histoire.