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La pandémie ravive l’idée de l’autonomie

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Selon plusieurs au Québec, la question de la souveraineté est morte et presque enterrée.

Une portion croissante de Québécois ont l’esprit ailleurs, nous répète-t-on. Surtout en pleine pandémie.

« Primum vivere deinde philosophari » : subvenons d’abord à nos besoins vitaux et par la suite seulement philosophons.

Les débats sur l’indépendance, la Constitution ? Sortes de luxes philosophiques.

Contrairement aux Américains, je dirais, chez qui les questions constitutionnelles font partie des débats quotidiens.

Ici, la fatigue qui a envahi la communauté politique après le cycle Meech-Charlottetown-Référendum-de-1995 ne semble jamais l’avoir quittée. Ceux qui tiennent au tabou, comme Justin Trudeau, parlent de « vieilles chicanes ».

Pandémie et autonomie

Pourtant, des questions constitutionnelles et relatives à l’autonomie du Québec et du Canada sont soulevées quotidiennement durant cette pandémie.

Pensons aux frontières. Quel gouvernement peut les fermer ? Aussi, lequel :

  • doit faire face aux « nationalismes vaccinaux » ?
  • peut envoyer l’armée ? Quand ?
  • doit soigner les vieux, selon quelles normes ?

Sans compter que la pandémie, en bouclant les territoires nationaux, a redonné à plusieurs l’envie de l’autonomie. En matières sanitaire et alimentaire, notamment.

Cette envie de « ne plus dépendre », dans plein de domaines, fait rêver dans le camp souverainiste. Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, parle ouvertement de « démondialisation ».

« Si on votait sur la souveraineté maintenant, ce serait oui », m’avait confié en mars une personnalité du Parti libéral du Québec découragée par Ottawa.

Wexit

Au reste, l’idée d’un Wexit hante le Dominion. L’Alberta de Jason Kenney a pour programme de faire un référendum, en octobre 2021, pour provoquer une redéfinition de la péréquation.

Cela déclencherait l’obligation de négocier pour tous les autres acteurs de la fédération. La Constitution reviendrait à l’avant-plan. L’idée de souveraineté serait peut-être reposée.

Or, le camp des anti-souverainistes (j’hésite à les qualifier de « fédéralistes » tant la réflexion sur ce principe a été éteinte par la fatigue évoquée plus haut) a une nouvelle carte forte dans son jeu : le Brexit.

Quexit

Dans La Presse, sous le titre « Un avant-goût du Quexit », l’ancien ministre (non élu) sous Stephen Harper, Michael Fortier, dépeignait récemment un portrait noir des conséquences du Oui des Britanniques (à 51,9 %). Notamment un accord signé à la « onzième heure » qui se limite à du libre-échange. Un Québec indépendant peinerait, opinait-il, à conserver ses accès aux marchés étrangers, notamment au marché américain.

Sans nommer Fortier, le Bloc québécois lui a répondu, sous la plume du député Simon-Pierre Savard-Tremblay (SPST), dans une lettre ouverte publiée sur le site du Journal, hier.

« Le Brexit, un avant-goût de l’indépendance du Québec ? Pourquoi pas ! », s’enthousiasmait SPST. Jeudi, notait-il, les Communes à Ottawa débattaient d’un projet d’accord commercial transitoire entre le Canada et le Royaume-Uni (RU). Le but : combler le vide créé entre les deux pays par le départ du RU de l’Union européenne (UE).

Un Québec nouvellement indépendant ferait de même, soutient le bloquiste : il conclurait « rapidement des ententes provisoires, assurant l’accès aux marchés à nos entreprises, en attendant de renégocier des accords permanents ».

J’aurais cru que le Bloc s’identifierait à l’Écosse, prête à faire l’indépendance pour conserver son lien avec l’UE.

Mais le débat ne fait que commencer.