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Steven Wilson: au diapason avec son époque

Steven Wilson
Photo courtoisie, Andrew Hobbs Steven Wilson

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Steven Wilson aime aller de l’avant, explorer et ne pas se répéter. Avec son sixième album solo intitulé The Future Bites, le musicien britannique offre des sonorités électro et pop qui ont ébranlé les amateurs de rock progressif.

Les réseaux sociaux se sont enflammés depuis la parution, le printemps dernier, du simple Personal Shopper. Un titre funk qui a dérouté ceux qui le suivent depuis l’époque de la formation Porcupine Tree.

Le multi-instrumentiste a l’impression, pour la première fois, d’être au diapason avec son époque.

«Je suis un nerd de la musique et de son héritage, et cet état d’esprit est trop présent dans ma musique et m’empêche de sonner comme un artiste contemporain. Ma musique fait un peu trop souvent référence au passé. The Future Bites sonne de son temps et me représente musicalement», a indiqué le musicien, lors d’un entretien sur la plateforme Zoom.

Et c’est ce qu’il avait en tête lorsqu’il s’est lancé dans la conception de cet opus.

«Chaque disque doit être un pas vers l’avant, de côté ou quelque chose de différent. Je ne veux pas me répéter. Je savais, pour cet album, que je voulais faire quelque chose d’un peu plus électronique et avec moins d’emphase sur les guitares et le rock classique. Je voulais des sonorités contemporaines sans compromettre ma personnalité musicale», a-t-il expliqué.

Pas un sauveur

Steven Wilson fait référence aux Beatles, à David Bowie, Kate Bush, Peter Gabriel, Pink Floyd, Neil Young, Frank Zappa et au cinéaste Stanley Kubrick qui ne se sont jamais enfermés dans un style unique.

Le musicien de 53 ans trouve du positif dans le fait de secouer un public qui accorde de l’importance à la fermeture des frontières musicales. Un indicatif qu’il ne se répète pas.

«Il y a beaucoup de gens qui me considèrent comme étant le sauveur du rock progressif. Oui, certains de mes disques s’inscrivent dans cette tradition et je suis fier de ces albums. C’est une chose parmi tant d’autres. Si je dérange ces gens, c’est parce qu’ils n’ont pas vraiment compris qui je suis, et je ne réussirai jamais à les contenter», a-t-il laissé tomber.

Concernant la présence d’éléments pop que l’on retrouve sur certaines pièces de son nouvel album, le Britannique avoue qu’il a toujours aimé ce style de musique. Elle est présente à travers ses projets Blackfield, No-Man et même dans la musique de Porcupine Tree.

«C’est ce que je faisais, à mes débuts, avec le duo synth-pop No-Man, avant d’être propulsé dans l’univers du rock-progressif avec Porcupine Tree. Je n’ai jamais perdu mon amour pour les autres styles de musique. Il y a beaucoup de snobisme envers la musique pop», a-t-il laissé tomber.

Médias sociaux

Malgré la présence de sonorités plus joyeuses, Steven Wilson n’a pas délaissé les éléments sombres de son ADN.

«Il y a plus de joie dans la palette musicale déployée, mais les paroles sont assez sombres. The Future Bites aborde les réalités et le monde d’aujourd’hui à travers les réseaux sociaux. Un monde où nous sommes obsédés par l’image que l’on véhicule et où nous sommes devenus prisonniers de ces petits écrans, de nos téléphones et du nombre de ‘ likes ‘ de nos publications. Nous sommes de plus en plus narcissiques et je m’inclus là-dedans», a-t-il fait savoir. 

Steven Wilson compare cette situation aux romans de science-fiction d’antan qui faisaient référence à un monde devenu esclave de la technologie.

«Nous sommes devenus esclaves des médias sociaux et de la technologie. Ça me fascine et ça m’horrifie en même temps. Et ça, c’est plutôt sombre», a-t-il précisé.

Ironie, le musicien a utilisé largement les réseaux sociaux durant la pandémie pour faire la promotion de sa musique et de ses projets. Il a lancé quatre simples avant la parution de The Future Bites. 

«On ne peut pas donner de spectacle, faire de la promotion à la télé ou participer à des séances de signature dans les boutiques de disques. Les réseaux sociaux sont devenus les seuls endroits où il est possible de faire la promotion de mon nouvel album. Ce qui est assez ironique avec un disque qui dépeint le côté sombre des réseaux sociaux», a-t-il dit. 

Le musicien britannique aurait aimé que les choses se fassent différemment. Les simples ont été lancés un peu hors contexte. 

«C’était des petits morceaux de casse-tête qui ont amené certains commentaires négatifs. C’est comme si Pink Floyd avait lancé Money avant la parution de l’album Dark Side of the Moon, les gens auraient réagi. Et si ça avait été The Great Gig in the Sky, on aurait parlé d’un virage gospel. Et si ça avait été On the Run, on aurait parlé, avant d’entendre le reste, d’un virage électronique. Je n’avais pas le choix», a-t-il expliqué, en riant.

Bonne nouvelle pour les amateurs de Porcupine Tree qui a cessé ces opérations en 2011. Steven Wilson croit qu’un nouvel album pourrait voir le jour.

«Je ne crois pas réactiver la formation à temps plein. Il pourrait même y avoir une tournée, même si je ne suis pas quelqu’un de nostalgique. Porcupine Tree a plus de fans aujourd’hui que lorsque nous étions actifs», a-t-il fait remarquer. 

Il précise être heureux en ce moment avec le contrôle total sur sa destinée. 

«Ce n’est pas facile de s’entendre à quatre personnes sans faire des compromis», a-t-il mentionné, ajoutant que la Porcupine Tree commençait à se répéter », a-t-il dit.