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Engouement pour les animaux: des éleveurs malhonnêtes s’en donnent à cœur joie

Ils profitent de l’engouement pour répondre à la demande et font exploser les prix

Engouement pour les animaux: des éleveurs malhonnêtes s’en donnent à cœur joie
Photo AFP

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L’engouement des Québécois pour les animaux de compagnie est tellement fort depuis le début de la pandémie que des éleveurs improvisés et malhonnêtes élaborent différents stratagèmes pour répondre à la demande, faisant exploser les prix, selon ce qu’a pu constater Le Journal. 

• Consultez notre dossier: Du bonheur en temps de pandémie

Privés de contact avec leurs proches et confinés à leur domicile, les Québécois se sont massivement tournés vers les animaux domestiques pour avoir de la compagnie. 

Un rapport de Narrative Search publié à la fin novembre rapportait que 18 % des Canadiens avaient adopté un animal de compagnie depuis le commencement de la crise sanitaire, ce qui représente près de sept millions de bêtes. 

Cette présence rassurante a même permis à certaines personnes de sauver leur confinement, car leurs petites bêtes ont agi comme un «antidépresseur» au cours de cette difficile période. 

La hausse d’adoption a toutefois des effets pervers, insiste le président de l’Union des éleveurs canins du Québec, Serge Boudrias. «Dans le domaine présentement, c’est complètement fou toutes les arnaques qu’on peut trouver sur le marché», affirme-t-il.

Écoutez la journaliste du Journal de Québec Élisa Cloutier ici

Vols et crime organisé

La demande est si forte que plusieurs propriétaires ont récemment rapporté avoir été victimes de vol ou de tentatives de vol de leur animal sur les réseaux sociaux.

Toutefois, les corps policiers contactés par Le Journal ont indiqué qu’ils n’avaient enregistré aucune hausse de plaintes en ce sens.

Selon nos informations, même le crime organisé aurait infiltré le milieu, notamment en vendant des chiots venant de l’étranger, à grands profits. 

«Ils [des fraudeurs liés au crime organisé] achètent des chiots provenant souvent d’usines à chiots de l’Europe de l’Est pour environ 300 $. Une fois au Canada, ils peuvent les revendre près de 5000 $. Ils placent des annonces en ligne et louent un AirBnb, pour faire la vente, en se faisant passer pour un élevage familial. Ensuite, ils disparaissent dans la brume», raconte une source bien au fait du phénomène qui requiert l’anonymat. 

«Ces chiots sont ensuite revendus à Québec et Montréal, entre autres. Ça peut être une très belle façon de blanchir de l’argent», estime une autre source.  

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) enquête toujours sur l’arrivée de près de 500 chiots à Toronto en juin dernier, à bord d’un vol d’Ukraine International Airlines. 

En juin dernier, un vol d’Ukraine International Airlines a atterri à l’aéroport de Toronto avec à son bord une cargaison de près de 500 chiots, dont plusieurs bouledogues français.
Photo courtoisie, Facebook
En juin dernier, un vol d’Ukraine International Airlines a atterri à l’aéroport de Toronto avec à son bord une cargaison de près de 500 chiots, dont plusieurs bouledogues français.

Une fois au pays, les inspecteurs y avaient découvert 38 animaux morts. 

De ce nombre, 38 étaient décédés. Une enquête est toujours en cours.
Photo courtoisie, Facebook
De ce nombre, 38 étaient décédés. Une enquête est toujours en cours.

À ce jour, aucun corps policier canadien n’a été impliqué dans cette enquête.  

L’ACIA a depuis suspendu tous les permis d’importation pour des chiens de moins de huit mois en provenance d’Ukraine. 

Augmentation «exponentielle» 

Selon le vétérinaire en chef de l’ACIA, le Dr Marc Bertrand, l’importation d’animaux de compagnie connaît une hausse importante depuis les dernières années, mais l’augmentation de l’an dernier fut «exponentielle».  

«Contrairement à ce que c’était avant, on voit beaucoup plus d’animaux pour la revente que pour l’élevage», affirme le vétérinaire, qui ausculte tous les animaux destinés à la vente ou à l’élevage lorsqu’ils arrivent à Montréal. 

D’ailleurs, un coup d’œil rapide sur des sites de petites annonces permet de trouver rapidement des chiots à 4000 $, 5000 $ et même 10 000 $.  

Fraudes en hausse 

Le Centre antifraude du Canada souligne, de son côté, que le nombre de victimes de fraudes animales, soit la plupart du temps dans les achats d’animaux en ligne, a considérablement augmenté dans les deux dernières années (voir plus bas). 

Certains signalements font état d’animaux qui n’ont jamais été livrés après le paiement, ou encore d’animaux présentant de faux papiers de certification de vaccins ou dont le prétendu éleveur n’est plus joignable après la vente.

Course à l’adoption

Cette «course à l’adoption», toutefois, a mis les éleveurs canins sous pression. Plusieurs d’entre eux ont été inondés de demandes de la part de familles désireuses d’adopter un chiot.  

Les refuges pour animaux ont été pris d’assaut. Même la fondation Mira n’y a pas échappé.

La vie avec des animaux en temps de pandémie a toutefois permis à de nombreux Québécois de vivre cette difficile période de façon plus sereine.  

Le Journal a recueilli une panoplie de témoignages de gens dont l’animal a sauvé le confinement. Parmi ceux-ci, l’infirmière Nathalie Dubé, chef de site pour les cliniques de dépistage de COVID-19, puise ainsi «la force et le courage» de continuer à aller au front chaque jour chez ses trois teckels et deux perroquets.

LES FRAUDES ANIMALES AU CANADA  

Signalements  

  • 2019 : 540   
  • 2020 : 571      

Victimes  

  • 2019 : 273   
  • 2020 : 435      

Pertes financières  

  • 2019 : 443 888 $   
  • 2020 : 462 136 $