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Être sujets britanniques vous coûte une fortune

Plusieurs veulent que le Canada prenne ses distances d’une institution dépassée, après les excès de Julie Payette

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Photo d'archives, AFP La reine Élisabeth II arrivant au palais de Westminster, à Londres, en 2012. Elle est aujourd’hui âgée de 94 ans.

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Vestige d’une époque révolue, la monarchie coûte cher aux Québécois et aux Canadiens : 67,1 millions $ par année, selon un décompte effectué par notre Bureau d’enquête.

Et la démission de la gouverneure générale du Canada Julie Payette, à cause de ses comportements douteux, n’aide pas à faire passer ces dépenses.

Plusieurs se demandent alors si les millions lancés en activités honorifiques, en cérémonies d’apparat et en voyages coûteux en valent encore la peine.       

  • Écoutez le journaliste du bureau d’enquête Jules Richer ici   

« On a des gouverneurs généraux qu’on traite comme des mini-rois ou des princes, et qui ont des pensions à vie et des allocations de dépenses, qui finissent par coûter très cher », s’insurge Renaud Brossard, de la Fédération canadienne des contribuables.

Ces interrogations sont d’autant plus prononcées qu’Ottawa fait preuve d’un manque de transparence à l’égard de certains de ces dollars déboursés.

D’après les calculs de notre Bureau d’enquête, l’appartenance à la couronne britannique a entraîné des dépenses annuelles moyennes de 67,1 M$ au cours des quatre dernières années.

Le gros de la facture

Le fédéral assume le plus gros de la note avec les frais liés au gouverneur général, ainsi que ceux attribuables aux visites des membres de la famille royale qui, semble-t-il, aiment beaucoup le Canada.

Les provinces sont mises à contribution par le truchement des dépenses liées aux lieutenants-gouverneurs. On en compte 10 au pays, un dans chacune des capitales provinciales, et ce, même à l’Île-du-Prince-Édouard.

M. Brossard, de la Fédération canadienne des contribuables, estime qu’il est temps de redonner un peu plus de modestie à l’institution. À son avis, il faudrait réduire considérablement le train de vie du gouverneur général, et s’inspirer des attributs beaucoup plus limités qu’on offre aux lieutenants-gouverneurs des provinces.

À son avis, Ottawa devrait aussi faire preuve de plus de transparence à l’égard de certains déboursés, comme les allocations de dépenses des gouverneurs généraux, dont les détails ne sont pas divulgués.

Tradition

De plus, la couronne britannique, qui est immensément riche, devrait assumer une partie de ses frais de voyages au Canada, avance M. Brossard. Les séjours strictement privés, comme celui du prince Harry et de Meghan Markle en 2019, devraient être entièrement à sa charge. 

Mais pourquoi ne pas suivre l’exemple d’autres pays qui songent à le faire et rompre nos liens avec cette tradition ?

« La monarchie est la chose la plus difficile à modifier dans la Constitution canadienne, parce que ça prend l’unanimité des 10 provinces et du gouvernement fédéral », dit le politologue Frédéric Bastien.

Inévitablement, les demandes récurrentes du Québec (avoir notamment plus de pouvoirs et d’autonomie) reviendraient sur le tapis, une question taboue, selon lui, au Canada anglais.

« Ce serait un vrai panier de crabes », souligne M. Bastien. 

Les dépenses s’accumulent  

55,3 M$ | BUREAU DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL ( Exemples de dépenses ) 

Rideau Hall, Ottawa
Photo d'archives
Rideau Hall, Ottawa

  

  • Rémunération de la gouverneure générale : 306 067 $ en 2019-2020               
  • Appui de la Défense et des Forces armées canadiennes : 6,25 M$ en 2019-2020               
  • Appui de la GRC pour la protection de la gouverneure générale : 7,4 M$ en 2019-2020               
  • Aide fédérale à des organismes d’anciens gouverneurs généraux (la Fondation Michaëlle Jean, la Fondation Rideau Hall et l’Institut pour la citoyenneté canadienne) : 8,44 M$ en 2019-2020               
  • Résidence Rideau Hall (Commission de la capitale nationale) : 7,85 M$ en 2019-2020               
  • Pensions de retraite à tous les anciens gouverneurs généraux (et leurs conjoints survivants) : 747 418 $ en 2019-2020                            

Cinq heureux retraités

Les gouverneurs généraux (GG) jouissent d’une très confortable pension à vie au départ de leurs fonctions. Ils obtiennent près de 150 000 $ par année, un montant indexé au coût de la vie, qui peut représenter tout un pactole si on prend sa retraite à un âge relativement jeune comme Julie Payette ou Ed Schreyer.

À leur décès, leurs conjoints survivants ont droit à 50 % de ce montant. Deux conjointes en bénéficient actuellement : Diana Fowler LeBlanc (Roméo LeBlanc) et Gerda Hnatyshyn (Ray Hnatyshyn). De façon cumulative, Mme Hnatyshyn a obtenu 900 000 $ (en dollars constants) depuis le décès de son époux et Mme Fowler LeBlanc, 825 000 $.

Autre privilège : les anciens GG ont droit au remboursement de dépenses (bureau, représentation, etc.) liées à leur ancien poste, jusqu’à un maximum de 206 000 $ par année. 

Toutefois, le gouvernement fédéral refuse de divulguer combien ceux-ci dépensent exactement.

Adrienne Clarkson est la seule qui échappe à cette règle d’opacité. À cause d’une disposition comptable particulière qui s’applique à Mme Clarkson, on sait qu’elle a obtenu 1,1 million $ jusqu’à maintenant grâce à ce programme. 

David Johnston, lui, a décidé volontairement de divulguer ses dépenses sur son site web personnel. Pour les trois dernières années, elles atteignent un total de 190 000 $. 

PENSIONS DE RETRAITE VERSÉES DEPUIS LEUR DÉPART

1,5 M$ | VISITES ROYALES ET AUTRES DÉPENSES (Exemples de
dépenses)  

  • Visite royale en 2016 (le prince William et Kate Middleton) : 3,9 M$  
  • Cérémonie d’assermentation de Julie Payette en 2017 : 649 000 $  
  • Frais de la Gendarmerie royale du Canada lors du séjour du prince Harry et de Meghan en 2019 : 56 834 $   
  • Conférence annuelle du gouverneur général, des lieutenants-gouverneurs et des commissaires territoriaux (fourni par Patrimoine Canada) : 10 000 $ par année               
  • Rapport sur le climat de travail au bureau de la gouverneure générale : 393 367 $   

10,3 M$ | LIEUTENANTS-GOUVERNEURS DES PROVINCES (Exemples de dépenses)  

  • Rémunération des 10 lieutenants-gouverneurs : 1,48 M$ en 2020               
  • Allocation de logement du lieutenant-gouverneur du Québec : 24 000 $ en 2020               
  • Subvention fédérale annuelle du lieutenant-gouverneur du Québec : 147 372 $  
  • Dépenses du Cabinet du lieutenant-gouverneur défrayées par Québec : 717 000 $ en 2019-2020               
  • Pensions de retraite de tous les anciens lieutenants-gouverneurs au Canada : 1,3 M$ en 2019-2020                             

Voici en détails les dépenses de la monarchie au Canada  

MÉTHODOLOGIE : Nous avons compilé les dépenses disponibles publiquement de la monarchie au Canada au cours des quatre dernières années financières (2016-2017, 2017-2018, 2018-2019, 2019-2020). Les dépenses ponctuelles de l’année 2020 ont été ajoutées à l’année financière 2019-2020. Nous avons ensuite calculé la moyenne des dépenses des quatre dernières années.  

Le coût total de la monarchie pourrait être plus élevé puisque certaines dépenses ne sont pas rendues publiques ou non disponibles au moment d’écrire ces lignes.

Sources : Comptes publics du Canada, gouvernement du Canada et gouvernements provinciaux, médias (CBC, National Post, Ottawa Citizen, La Presse canadienne, CTV News, Toronto Star), Ligue monarchiste du Canada, Fédération canadienne des contribuables  

L’Australie voudrait une autre chance de s’en débarrasser            

Pendant que sa représentante au Canada est forcée de s’éjecter après avoir transformé son palais en maison des horreurs, la reine Élisabeth II est dans ses petits souliers en Australie, où plus de 60 % de ses sujets veulent l’envoyer aux oubliettes.

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La Barbade quittera bientôt le royaume  

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Photo Adobe Stock

La petite île de la Barbade, dans les Antilles, tirera un trait sur la monarchie britannique pour devenir une république d’ici le 30 novembre, date du 55e anniversaire de son indépendance.

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Le terrain de jeu de la royauté            

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Euan Cherry/WENN.com

On ne peut pas dire que les membres de la famille royale britannique n’aiment pas le Canada.

Depuis le début du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui, on les a vus à 249 reprises au pays, selon une compilation effectuée à partir de sources publiques.

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