/weekend
Navigation

Sitka: Andréanne A. Malette inspirée par le calme et la beauté de l'Alaska

Coup d'oeil sur cet article

Oubliez le chalet dans le bois ou le séjour inspirant dans une grande capitale européenne. Quand Andréanne A. Malette a décidé qu’il était temps d’écrire de nouvelles chansons, elle a mis sa guitare et ses bottes de marche dans une valise, puis elle a traversé l’Amérique : direction l’Alaska et ses paysages majestueux.

À près de 7000 km de sa maison, l’artiste de 32 ans a trouvé l’inspiration qui lui a permis de jeter les bases de Sitka, le troisième album de sa carrière, qu’elle lance en fin de semaine, trois ans après la sortie de son précédent disque, sur lequel on retrouvait son plus grand succès à ce jour, la chanson Fou.

Ce voyage, elle en rêvait depuis l’adolescence. «J’ai toujours été fascinée par l’Alaska. C’était le point numéro 1 de ma bucket list», confie-t-elle.

Sitka, c’est le nom d’une petite ville côtière où, à son grand plaisir, on peut «surfer et skier dans la même journée». Le voyage était donc sportif, mais d’abord et avant tout introspectif. Le classique voyage bilan du tournant de la trentaine, celui pendant lequel on tourne la page.

«Je n’ai parlé à personne pendant une semaine. J’ai fait du ménage dans ma vie, ce qui a inspiré la chanson Alaska, que j’ai écrite là-bas.»

Plus loin sur cet album de 10 titres, Bateau en papier témoigne d’un autre moment marquant de son séjour alaskien.

«J’étais sur un bateau et j’ai écrit ce que je n’avais pas le goût de traîner pour la prochaine décennie sur une feuille lignée, et j’en ai fait un bateau en papier. Le soir à minuit, à la pleine lune, j’ai lancé le bateau dans l’océan et il est parti. C’était un gros moment symbolique. De moi à moi», se souvient-elle en riant de la scène.  

  • Écoutez l'entrevue d'Anaïs Guertain-Lacroix avec Andréanne A. Malette sur QUB radio:    

Un album forêt boréale

Dans un emballage folk-pop qui s’aventure parfois en terre indie grâce à une utilisation judicieuse des percussions, les teintes nordiques de l’Alaska colorent toutes les autres pièces de l’album, qui abordent des thèmes comme la rupture, la dépression, le deuil et l’affirmation de soi.

«C’est ce que j’ai essayé de faire en tout cas », s’amuse-t-elle en relatant les directives qu’elle donne à ses collaborateurs. 

«Je leur disais : là, on est dans une forêt, avec la toundra et des loups. Et des percussions. Je parle beaucoup en images et pour moi, cet album, c’est la forêt boréale, le froid.»

« C’est certainement, poursuit-elle, l’album dans lequel j’ai osé le plus parler de sujets qui me touchent, de trucs qui m’ont blessée, chamboulée ou inspirée. Ce sont de vraies émotions profondes qu’on retrouve dans cet album, mais j’essaye toujours que la chanson, et non mon désir de me livrer, soit la priorité. Il y a une grosse portion de création.»

Le brasier, chanson sur la violence conjugale lancée au début de la pandémie, au printemps 2020, en est le meilleur exemple.

«Les émotions qu’elle véhicule – la peur, le sentiment d’être pris –, ce sont des trucs que je connais, mais je n’ai jamais vécu de violence conjugale.»

#metoo

Par les thèmes abordés, Sitka peut-il s’inscrire dans le mouvement de dénonciations en ligne des agressions sexuelles qui a secoué le milieu artistique québécois, l’été dernier?

«Clairement, répond Andréanne A. Malette. On se demande tous si c’est le temps présentement de sortir du nouveau matériel et je me suis dit que c’était le bon moment pour cet album-là. Il n’est peut-être pas très lumineux, mais je pense que les gens vont se retrouver dedans à plusieurs niveaux.»

Pour appuyer son propos, elle analyse la chanson Le cœur au ventre, qui traite de la culpabilité.

«C’est celle qui me touche le plus. L’histoire se passe dans un tribunal et ça parle du fait que parfois, tu te sens à la fois la victime et le responsable d’une situation et que ça crée une espèce de tourment. Dans #metoo, les femmes se culpabilisent énormément de certaines situations – on se dit que je n’aurais pas dû aller dans ce party, que c’est ma faute, que j’étais habillée de telle façon – et on les blâme beaucoup alors qu’elles sont les victimes de ce qui s’est passé.»  


♦ Sitka est disponible depuis vendredi. 

♦ Andréanne A. Malette doit partir en tournée en février. Pour l’instant, tous les concerts, sauf celui qui était prévu le 6 février, à Val-Morin, sont maintenus, en attendant de nouvelles instructions de la Santé publique. L’horaire est disponible au andreanneamalette.com.

«Je ne peux pas me faire poignarder dans le dos»      

Andréanne A. Malette n’a pas peur du multitâches. Depuis quelques années, elle était autrice, compositrice, interprète, gérante et productrice de ses propres chansons. Sur Sitka, elle coiffe maintenant le chapeau de réalisatrice. Aux commandes de A à Z. Un besoin de tout contrôler? Plutôt un désir de sécurité et de protection, plaide-t-elle.

En ayant désormais droit de regard sur tout ce qui concerne sa carrière, Andréanne A. Malette s’assure que chaque décision qu’elle prendra la conduira là où elle veut aller. Dans un milieu qui a souvent la réputation d’être sans pitié, cette implication mur à mur lui sert d’armure.

«C’est moi qui décide quand j’élargis ma zone de confort. Je ne peux pas me faire poignarder dans le dos par qui que ce soit», martèle la chanteuse.

Porter tous les chapeaux n’a donc rien à voir avec une incapacité à travailler en équipe ou à faire confiance aux autres. «Je ne suis pas contrôlante du tout», affirme-t-elle.

Antoine Lachance, guitariste de tournée, ami et partenaire de premier plan lors de l’enregistrement de Sitka, corrobore. Il a vécu une expérience enrichissante avec celle qu’il qualifie de perfectionniste.

«Elle est très minutieuse. J’ai appris énormément avec elle, notamment que nous ne sommes jamais assez pointilleux sur les petits détails.»

«Je me lance de petits défis personnels et je me donne beaucoup le droit à l’erreur, précise Andréanne A. Malette. Mon équipe est toute petite, ce sont des gens que j’aime et qui m’aiment, alors si ça ne fonctionne pas, on se vire de bord et on continue.» 

Un lien cosmique avec Taylor Swift ?      

Photo courtoisie

Un œil averti ne manquera pas de noter la similitude : les photos en noir et blanc prises dans la nature, qui ornent la pochette de Sitka, évoquent celles qu’on retrouvait sur les pochettes de Folklore et Evermore, les deux récents albums de Taylor Swift.

«Elle me copie tout le temps», s’exclame Andréanne A. Malette, en riant.

«C’est un running gag, poursuit la chanteuse. Je ne sais pas si on a un lien cosmique, mais très souvent je porte quelque chose sur un tapis rouge et les photos d’elle qui sortent dans les semaines suivantes sont très proches dans l’inspiration.»

Évidemment, tout cela relève de la pure coïncidence. L’esthétique visuelle en noir et blanc de Sitka, affirme l’artiste québécoise, a été décidée il y a deux ans, bien avant que Taylor Swift ne débarque avec ses albums-surprises de 2020.

«Quand je les ai vus, je me suis dit : ah, pas encore ! Mais c’est vraiment un adon. Taylor Swift est immense et je suis la petite Andréanne A. Malette du Québec. Je ne pense pas que ça dérange que notre visuel soit similaire.»

Chose certaine, la Québécoise touche-à-tout trouve une grande source d’inspiration dans la façon dont l’Américaine gère ses affaires. Elle loue son audace.

Ainsi, l’été dernier, pendant que la planète se pâmait pour la métamorphose musicale de Taylor Swift en artiste indie-folk, Andréanne A. Malette étudiait plutôt la démarche entrepreneuriale de la star.

«Quand j’ai entendu Folklore, ma première réaction a été d’analyser son thinking marketing. Je ne suis pas une grande fan de sa musique, mais j’ai aimé qu’elle fasse quelque chose de très épuré, qu’elle lance ça en pleine pandémie, sans tournée associée, avec un visuel très folk et très simple. C’est brillant comme changement d’image et ça correspond à ce qu’on vit présentement.»