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Regard magique sur l’œuvre de Ferron

Marc Séguin
Photo courtoisie Marc Séguin

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Artiste reconnu à l’échelle internationale, romancier talentueux et réalisateur, Marc Séguin a magnifiquement illustré 14 contes de Jacques Ferron dans un recueil publié à l’occasion du 60e anniversaire des Éditions Hurtubise. Le livre regroupe 14 des 44 Contes de Jacques Ferron, publiés en 1968 dans leur première édition complète.

Les Contes occupent toujours une place centrale dans l’œuvre de Jacques Ferron. Ils abordent les thèmes qui lui tenaient à cœur : l’amour du pays, la dépossession individuelle et nationale, le rôle de l’artiste dans la société, la quête de salut, l’évasion.

Marc Séguin, grand admirateur de la prose de Jacques Ferron, imprègne ces 14 contes de son regard particulier dans cet ouvrage exceptionnel. 

« Je les avais déjà lus il y a longtemps, parce qu’ils font partie de notre patrimoine. Jacques Ferron, c’est un incontournable de la littérature québécoise. Quand ils m’ont approché pour travailler sur Jacques Ferron, j’ai dit oui... en ayant un peu la chienne ! Sous quel angle on peut les revisiter ? J’étais intimidé parce que ce sont des textes puissants, qui sont très riches. J’ai l’impression, comme lecteur, que je ne peux pas ajouter une virgule. Les textes sont parfaits, chaque fois. Il voyait à travers les gens. »

Marc Séguin a laissé décanter sa peur un peu... jusqu’à ce qu’il décide d’accompagner chaque texte avec ce qu’il en comprenait, ce qui l’inspirait, l’infusait. 

Pour ses dessins, il a utilisé des papiers français qui datent du 18e siècle, achetés chez un collectionneur de papier historique. « J’avais besoin d’un support qui soit aussi important. Le papier commandait un certain respect, en partant. On ne le voit pas, mais il y a un filigrane, une signature du papetier. Je trouvais que ça faisait un écho avec les textes de Jacques Ferron. »

« Ferron avait compris la langue française, mais il l’avait faite québécoise. Dans ces papiers, il y avait quelque chose de beau, de respectueux, de noble, de sacré, comme les contes. »

Marc Séguin a fait ses croquis avant de faire ses dessins, à main levée, avec des crayons de plomb. « Il y avait quelque chose de très direct, beau, qui fait comme des effets de fumée. Il y a des touches de couleur à gauche et à droite. Le crayon de plomb rendait ça plus simple, mais en même temps plus dangereux : tout est là, je ne peux pas camoufler mon trait. »

Il a pris le temps de réfléchir et de laisser venir les choses. « Le projet a duré 5 semaines, à l’hiver, avant la fin du monde. Je me suis donné le temps de tout trouver et faire les choses. »

Marc Séguin note que ce que Jacques Ferron a fait, avec ses contes, était de nous tracer, nous, comme Québécois. « Quand je lis, le personnage se crée dans ma tête et je le vois. En esquissant des silhouettes, ça place une forme, mais ça laisse plus d’espace au lecteur pour se faire son histoire. » 

Marc Séguin
Photo courtoisie
  • Jacques Ferron est né à Louiseville en 1921 et décédé en 1985.
  • Parallèlement à sa carrière de médecin, il a été dramaturge, nouvelliste, romancier, essayiste et critique littéraire.
  • Il a aussi participé à la vie politique.
  • Marc Séguin est un artiste reconnu à l’échelle internationale.
  • Il est aussi romancier et réalisateur.
  • Deux fromages de la Fromagerie de L’Isle-aux-Grues portent son nom (L’Angélique-à-Marc et La-Bête-à-Séguin) et une partie des ventes est versée dans une bourse pour les arts.

EXTRAIT

Contes<br/>
Jacques Ferron<br/>
illustrations Marc Séguin<br/>
Éditions Hurtubise<br/>
160 pages
Photo courtoisie
Contes
Jacques Ferron
illustrations Marc Séguin
Éditions Hurtubise
160 pages

« La petite maison pionnière devint la cuisine d’été ou la dépense de celle-ci ; ou bien un hangar, une étable, une soue ; ou encore, abandonnée, ouverte à tous les vents, la masure en démence, hurlant la peur des premiers hivernements. Quelques-unes enfin continueront d’être habitées, servant de refuge à la singularité. C’est dans l’une d’elles que la veuve vivait. Elle s’y était installée depuis nombre d’années, depuis plus longtemps qu’elle ne le croyait elle-même. Veuve de qui ? On l’ignorait. Elle s’appelait Gélinas, un nom qui n’est pas gaspésien. Elle venait, paraît-il, de très loin, d’une province en amont de Québec. En tout cas, c’était une pure étrangère. Sa maisonnette était située au bord du petit escarpement qui domine la grève, seule habitation à ce niveau, car c’est l’étage de la pêche. On y terre les barques à la fin de la saison. Le printemps, lorsqu’on les remettait à flot, la maisonnette restait seule entre la mer et le village, au milieu des vigneaux et des filets, dans le brouhaha des vagues et des goélands. »