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Romans d’ici: en attendant le pire

Indice des feux
Photo courtoisie Indice des feux
Antoine Desjardins
La Peuplade
360 pages
2021

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À la catastrophe environnementale qui guette, Antoine Desjardins associe des nouvelles débordantes d’humanité, avec malgré tout un soupçon d’espoir.

Il n’y a pas de charge dans Indice des feux, premier livre du jeune auteur Antoine Desjardins. Un peu de colère, certes, mais davantage de mélancolie devant un monde qui change brutalement.

Car il n’y a rien d’anodin que des arbres meurent, que la pluie se fasse incessante ou que des oiseaux disparaissent. 

L’habileté de Desjardins, c’est de se servir de ces éléments pour mettre en relief les tourments personnels des protagonistes des sept nouvelles de son recueil. L’association se déploie en finesse, sans forcer le trait, et au final elle marque les esprits. 

La première nouvelle, « À boire debout », met judicieusement la table.

Le narrateur est un adolescent de secondaire IV qui va mourir d’un cancer incurable. De la fenêtre de sa chambre d’hôpital, il entend tomber la pluie qui, raconte la radio, cause des inondations partout. Si omniprésente qu’elle devient le centre de son bocal, comme il dit.

Dès lors ses pensées se posent comme autant de gouttes sur son entourage, sa famille et la vie qui s’écroule dehors (il n’y a qu’à voir les icebergs qui fondent) comme en lui.

Ses réflexions sont d’une lucidité crue. « S’accrocher à la vie. Parle-moi d’un beau cliché. [...] C’est elle qui s’accroche, avec ses ongles de dix pouces de long ben plantés dans nos corps cancéreux sans défense. »

La dernière nouvelle, « Ulmus Americana », renvoie aussi à la mort : celle d’un grand-père et de l’orme de sa cour de banlieue. La narration du petit-fils est tissée d’une impuissante tendresse.

Entre les deux, on aura accompagné un couple qui attend son premier enfant, et le poids symbolique de baleines échouées sur les plages ajoutera à leurs angoisses de futurs parents. C’est le papa en devenir qui raconte, tout en fragilité retenue.

La poésie au service de la conscience

Il y a aussi la quête tenace de tante Angèle, qui veut comprendre pourquoi les oiseaux ont abandonné son jardin. La nouvelle est titrée « Générale », comme une grande répétition avant que tout bascule.

Si la qualité d’écriture est telle qu’à chaque nouvelle, on s’identifie au narrateur, l’une d’entre elles rejoint l’universel. « Fins du monde » relate le grand désarroi, qui virera en rage, d’un garçon de 11 ans qui voit disparaître le terrain de jeux caché de son enfance – un bois que les adultes interdisaient de fréquenter – au profit d’un développement immobilier.

Même devenu grand, le narrateur évite de regarder le nouveau quartier quand il circule sur l’autoroute qui le longe. « Ses cabanes me semblaient n’exister que pour me rappeler que toute bonne chose a une fin, que tout ne change jamais que pour le pire. »

Ce pire, que chacun peut décliner à sa guise, traverse Indice des feux. Et pourtant, chez Desjardins, il n’efface ni la générosité, ni la poésie, ni l’envie de faire mieux.