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Un Poulet livré à la perfection

L’œuvre de Fabien Cloutier est offerte en balado

Pour réussir un poulet
Photo courtoisie, Scène nationale du son Hubert Proulx

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Après le théâtre, le livre et la bande dessinée, Pour réussir un poulet s’offre aujourd’hui une nouvelle vie en baladodiffusion. Peu importe le médium, le constat demeure le même : les mots de Fabien Cloutier, savoureux à souhait, tiennent ni plus ni moins du chef-d’œuvre.

Les temps sont durs pour Carl et Steven. Ils sont fauchés. Ils sont désespérés. Pour tenter de joindre les deux bouts, ils enfilent les petits boulots pour un homme aux allégeances pour le moins douteuses, s’enlisant ainsi peu à peu dans un tourbillon sans issue. 

Leur quotidien a quelque chose de tragique. D’irréparable. Ils sont imparfaits, bourrés de failles et de défauts. N’empêche, ils sont incroyablement attachants. Et même si l’on assiste, impuissants, à leur descente aux enfers, on ne peut s’empêcher de s’accrocher, nous aussi, à l’espoir de voir un dénouement heureux poindre à l’horizon pour nos deux protagonistes.

Un poulet... cru

Mettons toutefois une chose au clair : oui, Pour réussir un poulet est une œuvre grandiose, presque irréprochable. Mais elle n’est pas destinée à tous les publics. Car, fidèle à son habitude, Fabien Cloutier n’y fait pas dans la dentelle avec le regard qu’il jette sur une frange de la société, moins fortunée, autant au sens littéral que figuré. 

Les propos sont durs et crus. Et, malgré toute la couleur qui leur est insufflée, ils abritent une violence sous-jacente, omniprésente quoique silencieuse, attisée à grands coups de répliques incisives et d’humour abrasif comme seul l’auteur en est capable. 

C’est confrontant. C’est politically incorrect. Mais c’est également jouissif à bien des égards, comprenant des moments d’hilarité pure et dure.

Interprètes brillants

Ça, c’est à la fois un testament du talent de Fabien Cloutier lui-même et de celui de ses interprètes. Hubert Proulx et Guillaume Cyr (tous deux fantastiques) reprennent ici les rôles qu’ils ont campés lors de la toute première représentation de Pour réussir un poulet, sur les planches de La Licorne, à Montréal, il y a déjà sept ans. 

Ces personnages, ils les habitent depuis. Ils ne semblent jamais les avoir quittés tant ils nous sont livrés avec brio.

Outre les deux têtes d’affiche, on s’en voudrait de passer sous silence le travail de Marie Michaud, franchement fabuleuse en mère d’un de nos deux héros. Sa haine pour les pétitions en ligne, déversée sans vergogne, est assurément un des moments forts de ce balado, livré en quatre épisodes totalisant 75 minutes.

Bref, la preuve est désormais irréfutable : les caisses d’huîtres de Pour réussir un poulet méritent d’entrer dans l’histoire québécoise au même titre que les célèbres timbres Gold Star des Belles-Sœurs. Oui, à ce point. 


Pour réussir un poulet est disponible sur le site de la Scène nationale du son et les plateformes d’écoute en continu.