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La science chinoise

Des membres de l'Organisation mondiale de la Santé enquêtent actuellement sur l'origine de la COVID-19 à Wuhan, en Chine.
Photo AFP Des membres de l'Organisation mondiale de la Santé enquêtent actuellement sur l'origine de la COVID-19 à Wuhan, en Chine.

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Plusieurs parlent de nationalisme vaccinal ces jours-ci, craignant que certains pays ne soient impliqués dans une course pour accéder au plus grand nombre de vaccins possible. Décevant, bien sûr, mais hautement prévisible. Les vaccins sont considérés par l'ensemble du monde occidental comme notre portail collectif vers une sorte de normalité. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fait part, à juste titre, de ses préoccupations concernant la thésaurisation des vaccins.

Pendant ce temps, la même agence mondiale a envoyé une équipe pour examiner les origines de la pandémie de coronavirus. Les premières visites ont été effectuées cette semaine dans un marché alimentaire de la ville chinoise de Wuhan, là où, selon ce que plusieurs pensent, se trouve le site d’éclosion de la pandémie mondiale. Même si l’enquête ne doit pas produire beaucoup d’éléments de preuve concernant l’origine de la pandémie, du moins pas à ses débuts, la Chine démontre à quel point sa machine à propagande fonctionne à merveille.

Au cœur de la pandémie, alors que le monde entier considère Wuhan comme le site d’origine ou ground zero, la Chine a adopté un discours très différent. Depuis des mois maintenant, le gouvernement chinois a publié des rapports sur les aliments importés et les produits contaminés par la COVID-19. L’été dernier, Pékin a accusé le Brésil d'exporter des produits contaminés par la COVID-19. Un échantillon d'ailes de poulet congelées importées du Brésil a été déclaré positif dans la ville de Shenzhen, dans le sud de la Chine. Cela s'est produit en août et cette annonce était la dernière d'une série de rapports faisant état de produits alimentaires importés contaminés.

Encore une fois, en automne, Pékin a exhorté les entreprises chinoises à interrompre les importations de produits surgelés en provenance de pays durement touchés par la pandémie, alors que les craintes continuaient de monter quant à la possibilité d'une transmission par les emballages alimentaires. Selon les autorités chinoises, les premières infections asymptomatiques locales ont été détectées lorsque quelques travailleurs portuaires de la ville de Qingdao, chargés du déchargement des fruits de mer surgelés, ont été déclarés positifs à la COVID-19. La Chine ne cesse de suggérer que le pays a été et est toujours victime d'aliments surgelés contaminés importés. Cela, même si la science sur le virus est maintenant plus développée qu'il y a 11 mois, tout comme les connaissances concernant sa capacité de survie. Effectivement, la contamination par les chaînes d'approvisionnement alimentaire a été déclarée hautement improbable. En fait, il n'y a pas eu un seul cas connu depuis le début de la pandémie jusqu'à présent, à l’exception, bien sûr, de la Chine.

La Chine joue effectivement la carte de la peur, et ce, avec succès. Depuis que la Chine a été frappée par le scandale du lait contaminé à la mélamine en 2008, les consommateurs du pays se sont toujours méfiés de la sécurité de leurs aliments nationaux. À l'époque, le pays accueillait les Jeux olympiques de Pékin et le gouvernement hésitait à divulguer quoi que ce soit, ne voulant pas de distractions. Bref, la tactique alors choisie était la dissimulation. Aujourd’hui, en pleine pandémie, la Chine a clairement choisi le nationalisme de gestion des risques en matière de sécurité alimentaire. La Chine essaie de se présenter comme celle qui protège ses citoyens contre le mal. La pandémie est ainsi utilisée et présentée comme une menace contre le peuple chinois.

D'après certains rapports, cela semble fonctionner. L'accent mis sur la discrimination à l'égard des aliments importés est passé au commerce de détail. De nombreux détaillants alimentaires en Chine séparent maintenant les produits importés des produits nationaux. Les acheteurs verront des sections distinctes pour les produits importés, afin de les protéger de la menace de l'inconnu. De cette façon, la Chine, l’une des nations commerçantes les plus actives au monde, permet désormais aux consommateurs d’atténuer eux-mêmes leurs risques lorsqu'ils achètent leur nourriture au détail.

La pandémie a modifié de nombreuses règles préalablement en place, notamment la manière dont les régulateurs gèrent les risques perçus liés à la sécurité alimentaire. Cependant, ne vous y trompez pas: la machine de propagande chinoise est en pleine vigueur. Quant à l’enquête menée par l’OMS, elle ne sera rien de plus qu’une chasse aux sorcières. L'épidémie ayant commencé il y a déjà plus d'un an, la probabilité de prélever des échantillons clés et de mener des études épidémiologiques génétiques sera presque nulle. La plupart des preuves critiques ont probablement disparu, que cela résulte ou non d'une action délibérée.

La Chine a autorisé la visite à Wuhan pour une raison et une seule. Il ne s’agit pas du virus ou de comprendre comment tout a commencé. Il s'agit de la façon dont on perçoit la Chine et de sa tentative de modifier l'histoire de l'origine de la pandémie de COVID-19. La science n’est peut-être pas du côté de la Chine. Mais la seule chose que nous ayons apprise jusqu'à présent, au cours de cette pandémie, c'est que la science liée au virus a été, la plupart du temps, politisée. Et c'est ce que fait la Chine.