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Des menaces de grève qui sonnent faux

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En pleine pandémie, les centrales syndicales préparent l’affrontement avec le gouvernement pour le renouvellement de leurs conventions collectives. Bonne stratégie au bon moment? Je crois le contraire.

La CSQ annonce que des votes de grève importants ont été pris au cours des dernières semaines. Ces arrêts de travail toucheraient principalement la santé et l’éducation. Dans le secteur collégial, de nombreux syndicats locaux affiliés à la CSN et à la CSQ avaient déjà annoncé des votes de grève au fil des dernières semaines.

Ai-je besoin de vous réciter la comptine qui justifie ces votes de grève? «L’employeur refuse de négocier. Notre travail n’est pas reconnu, nous méritons des augmentations. Le gouvernement ne discute pas de bonne foi.» Un disque usé. 

En temps normal, ce disque usé joue comme un bruit d’ascenseur dans la société. Nous sommes habitués. Ce bras de fer se joue à chaque négociation. Et les choses finissent par se régler. 

Cette année, cependant, la chanson des menaces et des grèves sonne faux. La pandémie a mis beaucoup de pression sur tout le monde. Des travailleurs de tous les secteurs ont dû s’adapter, faire des compromis, redoubler d’efforts. Les finances des gouvernements ont été bousillées par les conséquences économiques de la COVID-19.

Message bien reçu?

Il faut vivre un peu en dehors de la réalité pour procéder à des votes de grève tout bonnement, comme dans une année normale. Est-ce que les stratèges syndicaux, qui encouragent ces votes de grève, s’imaginent que le reste de la population se dit «Bravo, ils ont tellement raison!»? Je ne peux pas croire!

Dans une période où l’on se demande comment on pourra éviter des taux d’échec trop élevés pour les élèves, des enseignants votent cinq jours de grève d’ici la fin de l’année. Malgré les trois mois d’école perdus du printemps, malgré les trois journées pédagogiques ajoutées au calendrier, malgré les journées d’enseignement à distance durant les Fêtes, il faudrait rater cinq jours de plus pour une grève? 

Au collégial, après une session finie sur les chapeaux de roues l’an dernier et de l’enseignement à distance très inégal cet automne, on fait quoi? Une grève! Après cela, ils nous diront qu’ils placent toujours l’étudiant au centre des préoccupations. 

Je n’ose même pas commenter les mandats de grève dans le secteur de la santé.

Nos précieux services publics

À un moment où plusieurs employés du secteur public bénéficiaient d’un courant naturel de sympathie, ces votes de grève constituent une belle façon de se tirer dans le pied. Une façon de nous rappeler que les syndicats brandissent le drapeau de l’importance des services publics à l’avant de la scène. Mais que, derrière les rideaux, les «si précieux» services publics passent bien après la convention collective.

Ces mandats de grève pourraient être utilisés à n’importe quel moment. En général, c’est lorsque le gouvernement est le plus vulnérable qu’ils exercent leur rapport de force. Ça promet!