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Tramway: la CAQ en veut plus pour les banlieues

Des sources bien au fait du dossier au sein du gouvernement expliquent leurs réticences relativement à l’actuel projet de tramway

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Le gouvernement Legault a de bonnes raisons de croire que l’abandon du trambus et de plusieurs kilomètres d’infrastructures dédiées en banlieue affectera négativement l’achalandage du tramway.

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C’est ce qui explique pourquoi le gouvernement tarde encore à donner le feu vert attendu avec impatience par le maire de Québec, Régis Labeaume.

Rappelons qu’en raison de l’explosion des coûts du tramway, la Ville de Québec a annoncé en juin dernier le retrait du trambus, une composante du réseau structurant qui devait relier Sainte-Foy au secteur d’Estimauville et le quartier Saint-Roch à ExpoCité.

La partie nord de la ville devait être desservie par un circuit d’infrastructures avec voies dédiées (sur une emprise exclusive) totalisant 16 kilomètres. Comme le trambus, ce circuit a été remplacé par un ensemble moins coûteux de voies réservées.

Pour mesurer l’impact de ces changements, le ministère des Transports a commandé l’été dernier sa propre étude d’achalandage, dont les conclusions n’ont toujours pas été rendues publiques.

Selon ce que notre Bureau parlementaire a pu apprendre, l’étude, qui sera publiée lorsque le gouvernement aura pris sa décision finale, ferait craindre une baisse d’achalandage pour le tramway, qui pourrait être moins attractif qu’avec la mouture originale du projet.

Moins « structurant »

Une source bien informée raconte qu’aux yeux du gouvernement, le service de Métrobus en voies réservées pourrait avoir un effet moins « structurant » que le trambus et les infrastructures dédiées initialement prévus.

On s’inquiète aussi du fait que la portion du budget autrefois réservée au trambus et à la desserte des banlieues avec les infrastructures dédiées est passée de près d’un milliard à moins de 200 millions depuis qu’il s’agit de voies réservées.

Quant au tramway, il accapare maintenant 94 % de l’enveloppe totale de 3,3 milliards $.

De façon plus détaillée, notre source estime actuellement la facture de la ligne à haute fréquence est-ouest à 109 millions $, comparativement au trambus qui impliquait une dépense de 577 millions $ à l’origine.

Quant aux infrastructures dédiées qui devaient coûter 374 millions $, on parle maintenant de 96 millions $ pour un service de métrobus sur voies réservées entre le nord et l’est.

Satisfaire tout le monde

En novembre dernier, le premier ministre François Legault avait évoqué la possibilité de raccourcir le tracé du tramway afin de dégager la marge de manœuvre nécessaire pour améliorer la desserte des banlieues.

Interpellée au Salon bleu par la députée libérale Marwah Rizqy, la ministre responsable de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a rappelé que l’entente révisée en début de mandat avec Ottawa pour le financement du tramway est valable jusqu’en 2023.

La députée libérale Marwah Rizqy
Photo d'archives
La députée libérale Marwah Rizqy

« On travaille de près avec la Ville de Québec pour améliorer le projet et s’assurer qu’il est fait à la satisfaction de tout le monde », a soutenu Mme Guilbault, qui a de nouveau nié être à l’origine d’un quelconque blocage dans le dossier. 

La ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, et le maire de Québec, Régis Labeaume
Photo d'archives, DIDIER DEBUSSCHÈRE
La ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, et le maire de Québec, Régis Labeaume

LE TRAMWAY ET SON RÉSEAU EN 2026

 

LE « QUIPROQUO » AUTOUR DES BANLIEUES 

Le débat fait actuellement rage entre le gouvernement Legault et la Ville de Québec quant à la desserte de la banlieue dans le cadre du projet de réseau de transport structurant. Évoquant un « quiproquo », le maire Labeaume a estimé, lundi, que l’exigence gouvernementale de mieux desservir les banlieues n’est « pas claire ».

Le raisonnement de la Ville de Québec  

Régis Labeaume assure que le réseau structurant de 3,3 G$ répond aux besoins des banlieues grâce notamment aux 22 km de tramway, aux différents Métrobus circulant sur des voies réservées et aux sept Parc-O-Bus régionaux qui totaliseront 6000 stationnements incitatifs. En parallèle, un autre projet municipal de 144 millions $, annoncé en juin 2020, prévoit « la mise en place d’une véritable toile régionale de transport collectif, selon les mots du maire. Nous avons comme projet d’augmenter le niveau de service et de faciliter significativement le transport en périphérie et d’établir des connexions avec les quatre MRC adjacentes. » Aussi, le Réseau de transport de la Capitale a annoncé cette semaine le déploiement progressif du « Flexibus », une sorte de taxi-bus à la demande qui vise justement la clientèle des banlieues éloignées.  

Les affirmations du gouvernement Legault  

François Legault juge que le tracé actuel du tramway « ne dessert pas assez bien les banlieues de Québec ». La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, précise qu’il faut « bonifier le projet de manière telle que la desserte des banlieues [soit] la plus optimale possible ». Au cœur des négociations actuelles avec le maire Labeaume, le ministre des Transports, François Bonnardel, disait ceci le 10 novembre dernier : « On peut offrir aux Québécois, aux gens de Québec, un bon projet pour 3,3 milliards. Est-ce qu’on peut le modifier ? Assurément. L’améliorer ? Oui. Maintenant, donnez-moi la chance, dans les prochaines semaines, de travailler avec l’équipe du maire et de revoir ce projet. » Les précisions du ministre se font encore attendre.