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Erreur sur la personne: le DPCP a fait son travail, dit Jolin-Barrette

Après six jours en prison, Mamadi Fara Camara, accusé d’avoir désarmé un policier pour ensuite tirer sur lui, a été libéré mercredi.
Photo Agence QMI, Joël Lemay Après six jours en prison, Mamadi Fara Camara, accusé d’avoir désarmé un policier pour ensuite tirer sur lui, a été libéré mercredi.

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Le gouvernement du Québec envisage de déclencher une enquête indépendante sur l’arrestation puis la détention pendant six jours à Montréal de Mamadi Fara Camara, un homme sans histoire contre qui les accusations ont finalement été retirées mercredi.

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Pressé de questions par l’opposition officielle, le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, s’est tout de même porté à la défense des procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales responsable du dossier.

«Je peux vous assurer qu’au moment où le Directeur des poursuites criminelles et pénales a su qu’il y avait d’autres informations, il y a eu arrêt des procédures», a-t-il affirmé au Salon bleu.

Le gouvernement étudie l’option de faire appel au Bureau des enquêtes indépendantes pour qu’il se penche sur cette affaire, a-t-il ajouté.

Accusé d’avoir désarmé et tiré sur un agent du Service de police de la Ville de Montréal, Mamadi Fara Camara a finalement été libéré mercredi après avoir vu la preuve contre lui s’écrouler grâce à la découverte d’une vidéo de surveillance de Transport Québec.           

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec François Doré, policier à la retraite et spécialiste en affaires policières, sur QUB radio:    

Selon Journal de Montréal, Camara aurait fait un appel au 911 et, pour des raisons nébuleuses, les enquêteurs ont été convaincus qu’il s’agissait du tireur qui tentait de les berner, même s’il plaidait son innocence.

Cette histoire ramène à l’avant-plan la question de doter ou non les policiers de caméras corporelles, a dit en entrevue au 98,5 FM la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

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Un projet-pilote est en préparation avec la Sûreté du Québec pour tester ces dispositifs au printemps, a-t-elle d’ailleurs révélé.

«Cette histoire est franchement épouvantable. Il faut absolument aller au fond des choses, qu’il y ait une enquête et qu’on sache réellement ce qui s’est passé», a soutenu la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.

En tant que personne noire, Mamadi Fara Camara aurait-il pu être victime d’une forme de profilage de la part des policiers? «La question se pose», estime Dominique Anglade.       

  • Écoutez l'entrevue avec Me Cédric Materne, Avocat de Mamadi Fara Camara sur QUB radio    

Pour la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, c'est à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, d'y répondre puisque Québec a déjà mis en place un comité chargé de se pencher sur le profilage racial par les corps de police.

«Il ne faut pas que nos concitoyens se retrouvent dans des situations comme cella là», ajoute-t-elle.

Sommes-nous en présence d’une enquête policière «bâclée»? «On a besoin de fait rigoureux, puis ensuite on commentera. Mais ne prenons pas à la légère une histoire comme celle-là, on est dans une société de règles de droit», répond le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon.

Le DPCP doit s’expliquer dans l’affaire Camara, plaide un avocat      

Dans la foulée de la libération de Mamadi Fara Camara, le Département des poursuites criminelles et pénales (DPCP) doit faire preuve de transparence et s’expliquer dans ce dossier.

C’est du moins ce que pense Me René Verret, avocat criminaliste et ancien porte-parole du DPCP, qui admet toutefois que l’organisation se veut traditionnellement réservée sur ce genre de question.

Or, le silence qui persiste du côté du DPCP laisse place à des interprétations de tout genre dans le dossier.

«Je pense qu’il y a plusieurs questions qui doivent être posées par rapport à ce drame-là. Parce qu’effectivement, quelle était la preuve que le procureur avait dès le départ. [...] Avant de porter des accusations, le procureur doit être raisonnablement convaincu de pouvoir établir la culpabilité de la personne», a ainsi expliqué Me Verret en entrevue sur LCN.

Pour celui qui est aussi un ancien procureur de la Couronne, ça ne fait pas de doute que le DPCP devra être «transparent et expliquer à la population ce qui s’est passé». À défaut de le faire, la confiance du public envers l’organisation pourrait en prendre un coup.

Rappelons que Mamadi Fara Camara a été arrêté puis accusé de tentative de meurtre puisqu’il était soupçonné d’avoir désarmé et attaqué un policier du Service de police la Ville de Montréal (SPVM). Après avoir passé six jours en détention, l’arrivée d’une nouvelle preuve vidéo a fait tomber les accusations portées contre lui.     

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Et Me Verret s’interroge notamment sur cette nouvelle preuve.

«Le procureur doit s’assure que le dossier d’enquête est complet. Est-ce qu’il l’était complet ou pas? À quel moment cette vidéo-là a été disponible? Est-ce qu’elle l’était au moment de porter des accusations ou pas?» a noté René Verret.

Maintenant libéré, est-ce que M. Camara peut envisager une contre-poursuite contre le SPVM?

«Pour l’établir, on doit établir une faute grave de la poursuite. C’est pour ça que je vous dis qu’il faut voir qu’elle était la preuve que la poursuite détenait à l’origine», a précisé Me Verret.