/misc
Navigation

Affaire Camara: le DPCP vieillit mal

l’arrêt Jordan
Photo d'archives, Chantal Poirier Me Vincent Martinbeault, DPCP par intérim remplace Me Annick Murphy, à la retraite depuis lundi.

Coup d'oeil sur cet article

Où était le Directeur des poursuites criminelles et pénales, hier ?

Au moment d’écrire ces lignes, il ne s’était pas encore expliqué.

C’est quand même lui qui a décidé d’inculper un citoyen, Mamadi Fara Camara, avec un château de cartes de preuves circonstancielles (qu’une preuve vidéo a jeté par terre).

Qui s’est retrouvé à devoir répondre de cette bourde ? Sylvain Caron, chef du Service de police de la Ville de Montréal, bien sûr ; et la mairesse Valérie Plante.

« Dépolitiser »

Avant 2006, un élu aurait aussi été obligé de répondre de cette affaire publiquement : le procureur général du Québec, « alias » le ministre de la Justice.

C’était avant la création du poste de Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Je sais, ça fait longtemps.

On peut comprendre pourquoi, à l’époque, on a créé cette institution. Le mot clé était « dépolitiser ». Entendu dans son sens noble, bref de rendre le processus plus indépendant, plus « objectif ».

On s’inquiétait qu’un ministre de la Justice interventionniste (à l’époque, il y avait eu Marc Bellemare) puisse se mêler de trop près au processus d’accusation ; avec, potentiellement, des motivations politiques.

Déresponsabiliser

C’est beau, cette recherche de l’indépendance. C’est noble. Mais comme toute chose, ça peut avoir des effets pervers.

En 2005, en commission, Stéphane Bédard, du PQ, s’inquiétait : on sacrifiait peut-être la « transparence » et l’« imputabilité » pour « si peu d’indépendance ».

La justice est publique. L’on devrait toujours pouvoir exiger que la personne qui choisit de déposer ou non des accusations s’explique.

Hier, un ancien porte-parole du DPCP, l’avocat René Verret, déplorait ceci : « Le silence qui persiste du côté du DPCP laisse place à des interprétations de tout genre dans le dossier ».

Avant 2006, le ministre de la Justice aurait été interpellé et aurait eu à s’expliquer.

Certes, le ministre actuel, Simon Jolin-Barrette, s’est exprimé, mais sa position actuelle l’a conduit à émettre des propos contradictoires. Il a défendu le travail du DPCP dans l’affaire Camara... tout en se déclarant ouvert à la tenue d’une enquête sur son travail !

Mutisme

Depuis la création du DPCP, combien de fois a-t-on déploré le mutisme de cette institution qui pourtant prend des décisions graves ?

Lorsque le procès Norbourg a avorté en 2010 et que la ministre Kathleen Weil refusait de commenter, la critique péquiste Véronique Hivon s’interrogeait : « À quoi sert la ministre de la Justice au Québec ? »

Dans les enquêtes sur la corruption (Lierre, Mâchurer), il est maintenant su que des policiers ont dénoncé la frilosité du DPCP, qui a pu rester bien silencieux.

La dernière DPCP en date, Annick Murphy, est d’ailleurs partie à la retraite lundi, plusieurs mois avant la fin de son mandat. Dans la foulée de l’affaire Martin Prud’homme, liée à l’affaire Guy Ouellette, au Projet A, à l’enquête du BEI sur le Projet A, liée aux fuites de Mâchurer.

Au moins, le prochain DPCP, grâce à la loi 1 du gouvernement Legault, sera nommé par l’Assemblée nationale et non directement par le gouvernement.

Lorsqu’ils voteront aux deux tiers pour une remplaçante ou un remplaçant, les élus pourraient-ils lui faire comprendre que s’expliquer fait partie de son mandat ?