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Ça cloche chez Bell Média

Wade Oosterman
Capture d’écran Wade Oosterman, président, Bell Média, et vice-président principal, BCE et Bell.

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Décidément, le nouveau grand manitou en chef de Bell Média, l’Ontarien Wade Oosterman, passe pour un dur à cuire alors qu’il ne lésine pas sur les compressions de personnel, soit environ 225 postes depuis son entrée en fonction le 4 janvier dernier. Et il appert que la « purge » devrait se poursuivre.

J’ai hâte de voir si son alléchante rémunération sera haussée ou pas à la suite de cette énorme coupe de personnel. Il faut savoir que les membres de la haute direction de BCE font habituellement partie du club sélect des hauts dirigeants les mieux rémunérés au pays.

À preuve, en tant que vice-président principal et président de groupe BCE et Bell Canada, Wade Oosterman a gagné en 2019 une rémunération totale de 6,9 millions $. De plus, Oosterman avait accumulé sur papier en 2019 une valeur marchande de 56,3 millions $ avec les attributions d’actions non encore payées ou distribuées qu’il a reçues.

C’est vers la fin mars que BCE dévoilera, dans sa nouvelle circulaire de la direction, la rémunération totale que ses cinq principaux dirigeants ont gagnée en 2020, dont celle de Wade Oosterman.

LE COUPERET

Wade Oosterman vient notamment de fermer la salle de nouvelles de sa radio CJAD, une importante institution anglophone montréalaise. En plus d’effectuer des compressions dans son réseau CTV News, de Montréal, le poste de correspondant permanent à l’Assemblée nationale est supprimé. La chaîne enverra des journalistes à Québec ponctuellement.

Parenthèse : ça montre à quel point la haute direction de BCE « s’intéresse » à la politique québécoise et à notre gouvernement provincial ! À vrai dire, ce n’est pas surprenant lorsqu’on constate qu’un seul des 13 membres de la haute direction de BCE a ses bureaux au siège social de l’entreprise, à Montréal. Onze des hauts dirigeants sont installés en Ontario, un en Nouvelle-Écosse.

S’ajoutent, par ailleurs, aux coupes de personnel au Québec quelque 210 employés de Bell Media de la région de Toronto, qui ont été remerciés en début de semaine.

Précédemment, Oosterman avait réalisé une première purge au sein de Bell Média en coupant la « tête » à 10 hauts gradés, dont celle de Mike Cosentino, président du contenu et de la programmation de Bell Média.

TENDANCE LOURDE

La mise au point sur les dernières coupes de personnel étant faite, sachez que ces mises à pied depuis l’arrivée de M. Oosterman s’inscrivent dans une tendance lourde de réduction des effectifs chez Bell Média.

C’est d’ailleurs la 11e fois depuis 2014 que l’entreprise procède ainsi à des licenciements d’employés à travers le pays. En fait, c’est depuis l’acquisition à gros prix d’Astral Media en juillet 2013 que Bell Média y fait le ménage.

En 2014, Bell Média comptait 7440 employés, soit 13 % des 57 234 employés de BCE.

Au dernier relevé du 31 décembre 2019, Bell Média disposait d’un effectif de 6208 employés, soit 11,9 % des 52 100 employés de BCE.

Ainsi sur les 5134 employés qui ont été licenciés par BCE au cours de ces cinq années, 1232 venaient de Bell Média, soit 24 % des « licenciements » totaux de BCE, alors que le personnel de Bell Média représentait à peine 12 % de l’ensemble des effectifs de BCE.

Avec tous ces licenciements, Bell Média veut évidemment réduire de façon substantielle ses dépenses de masse salariale, en vue bien entendu de hausser sa rentabilité.

UNE ANNÉE DIFFICILE

Comme pour tous les médias, l’année 2020 fut très difficile sur le plan financier. Bell Média n’y a pas évidemment pas échappé.

L’entreprise médiatique a enregistré des baisses notables tant en ce qui concerne ses revenus bruts que sa rentabilité.

En effet, les revenus de Bell Média ont chuté de 14,5 % en 2020, à 2,75 milliards $. Il s’agit d’une baisse de quelque 466 millions $.

Quant au BAIIA (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements), il a reculé de 18,2 % pour s’établir à 695 millions $, soit 155 millions de moins qu’en 2019.

Reste à savoir maintenant si la nouvelle acquisition de Bell Média, Noovo (anciennement V), atteindra les objectifs financiers que la haute direction de BCE lui a fixés.

Sinon...