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L’auriez-vous accusé avec ces informations?

Voici ce que la police et la Couronne avaient entre leurs mains pour accuser Mamadi Camara

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La police et la Couronne avaient en main plusieurs éléments incriminants contre Mamadi Fara Camara. Mais ils disposaient aussi de nombreux indices pour disculper ce Montréalais détenu pendant six jours et accusé d’avoir tenté de tuer un policier, avant d’être libéré.

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Autant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) se font demander des comptes après le fiasco des derniers jours.

Plusieurs crient à l’enquête bâclée et au profilage racial, dont la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a déclaré hier M. Camara « innocent ». 

Sous pression, le chef du SPVM, Sylvain Caron, n’est pas prêt à disculper M. Camara ni à s’excuser pour le moment.

Mamadi Camara, mercredi, à sa sortie du palais de justice de Montréal en homme libre.
Photo Pierre-Paul Poulin
Mamadi Camara, mercredi, à sa sortie du palais de justice de Montréal en homme libre.

Qui dit vrai ? Le processus judiciaire a-t-il été bien respecté ?

Le Journal a parlé hier avec plusieurs sources bien informées sur l’enquête qui permettent d’y voir plus clair sur les éléments que le SPVM et le DPCP avaient en main au moment d’arrêter, d’incarcérer puis d’accuser M. Camara.

Certains indices, comme de nombreux témoignages et la découverte de sang sur sa voiture, pouvaient effectivement laisser penser que M. Camara avait attaqué le policier.

Plusieurs autres éléments d’enquête, dont des témoignages imprécis, levaient toutefois de sérieux doutes sur la pertinence d’accuser ce jeune Montréalais. Son avocat fait d’ailleurs remarquer l’absence de preuve d’ADN ou d’empreintes digitales.   

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Ce qui tendait à l’incriminer 

Huit témoins

Pas moins de huit témoins auraient fourni aux enquêteurs des informations qui semblaient indiquer que Mamadi Camara était l’auteur de l’agression, selon nos sources.

Du sang sur sa voiture

Selon nos sources, les policiers ont trouvé des traces de sang sur la portière de la voiture de Mamadi Camara. 

Du sang sur sa porte d’entrée

Toujours selon nos informations, les enquêteurs de police auraient trouvé des traces de sang sur la porte de l’entrée du domicile de M. Camara.

Son comportement lors de l’intervention

Mamadi Camara était très colérique lorsqu’il a reçu sa contravention pour cellulaire au volant, a-t-on pu apprendre. Les policiers ont trouvé le constat d’infraction entièrement déchiré au sol, près de la scène de crime. 

Le témoignage du policier attaqué

Du point de vue de la victime, le policier Sanjay Vig, Mamadi Camara était la dernière personne qu’il avait vue. Il venait de lui tourner le dos avant d’être sonné par un premier coup de barre de métal.

A-t-il dit la vérité ?

Durant son interrogatoire, Camara n’aurait pas dit toute la vérité aux enquêteurs concernant son emploi du temps dans les heures précédant le crime, selon nos sources.

Ce qui tendait à le disculper  

Pas de preuve directe

La police ne détenait aucune preuve directe contre lui, selon la divulgation qu’a reçue son avocat mardi. « Il n’y a pas d’empreintes, d’ADN, de poudre à canon... On n’a rien de ça. Il n’y a absolument rien qui lie M. Camara à l’infraction », assure Me Cédric Materne.

Lors de la mise en accusation d’un suspect, la Couronne est tenue de lui divulguer tous les éléments d’enquête en sa possession.

Le vrai assaillant aurait fui

Plusieurs témoins ont parlé aux enquêteurs d’un homme parti à la poursuite du policier Sanjay Vig. « On avait la preuve que M. Camara n’était pas parti des lieux », dit son avocat.

Un autre homme sur la vidéo

Les images prises par les caméras du ministère des Transports sur l’autoroute métropolitaine ne sont pas claires, mais les enquêteurs des crimes majeurs se sont rendu compte, en les réexaminant, qu’elles montrent un autre homme s’approchant de Sanjay Vig. La police était toujours à la recherche de cet homme hier soir. 

Pas le profil d’un Criminel

À première vue, Mamadi Camara n’a rien d’un criminel qui voudrait tuer un policier. Ingénieur de formation, il enseigne à Polytechnique et n’a aucun casier judiciaire.

Sa petite taille

« Il y en a [des témoins] qui ont dit qu’il mesurait 5 pieds 10 pouces », affirme Me Cédric Materne, qui est un peu plus grand que son client. « Moi, je fais 5 pieds 7... »

Peau noire... ou pas ? 

« Des témoins disaient que le suspect est noir, mais certains n’arrivaient pas à spécifier sa couleur de peau », dit l’avocat de Mamadi Camara.

Il clamait son innocence

« M. Camara dès le début, il disait : “C’est pas moi que vous cherchez, j’ai appelé le 911 !” », dit Me Cédric Materne.