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Réforme de l’IVAC: Simon Jolin-Barrette pressé de refaire ses devoirs

Le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette

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Près de quatre ans après l’assassinat de sa fille, le père de Daphné Huard-Boudreault implore le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, de revoir son projet de loi 84, qui est censé réformer l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). 

• À lire aussi: Réforme de l’IVAC: l’opposition demande à Jolin-Barrette de mettre la pédale douce

Le projet de loi vise notamment à rendre l’aide accessible aux victimes de crimes commis hors Québec et à abroger le délai de réclamation pour les personnes ayant été victimes de crimes sexuels.

Mais selon Éric Boudreault, la réforme revient aussi sur des acquis, notamment en ce qui a trait à l’indemnisation des proches qui n’ont pas assisté à un crime.

«[Simon Jolin-Barrette] présente un projet de réforme de l’IVAC (loi 84) qui fait obstacle à cette jurisprudence et qui fait en sorte qu’un père placé dans une situation identique ne serait désormais plus admissible au remplacement de revenu. Seuls les parents d’enfants mineurs le seraient. Seuls ceux qui auraient visualisé la scène de crime avant l’arrivée des policiers le seraient», a-t-il dénoncé dans une lettre ouverte publiée samedi.

Les parents de Daphné Huard-Boudreault s’étaient battus pendant trois ans pour que l’IVAC les considère comme des victimes à part entière. Ils ont finalement obtenu gain de cause en juin devant le Tribunal administratif du Québec.

Ainsi, l’IVAC doit maintenant couvrir leurs frais de thérapie et rembourser à vie leurs pertes de revenus, si jamais ils tombent en arrêt de travail.

Or, la réforme du ministre Jolin-Barrette viendrait resserrer ces avantages.

«J’ai mis des mois à retrouver un sommeil potable et plus deux ans à retrouver l’énergie pour reprendre le travail, malgré une thérapie intense», a rappelé samedi Éric Boudreault pour illustrer l’importance de cette aide pour les parents dans sa situation.

Traumatismes

Sa fille de 18 ans a été sauvagement tuée par son ancien compagnon violent, le 22 mars 2017, dans leur logement de Mont-Saint-Hilaire, sur la Rive-Sud.

Éric Boudreault était arrivé sur les lieux du drame quelques minutes après l’arrivée des policiers. Il dit être resté traumatisé après avoir vu sa fille inerte se faire transporter jusqu’à l’ambulance. Or, ces motifs ne lui permettaient pas d’être reconnu comme une victime, selon les anciennes dispositions de l’IVAC.

Dans son combat pour préserver les modifications adoptées en juin par le tribunal, M. Boudreault affirme être soutenu par les partis d’opposition, par de nombreux organismes et par son avocat, Me Marc Bellemare.

Il indique toutefois que jamais le ministre Jolin-Barrette, qui est également le député de sa circonscription, ne s’est adressé à lui.

«Chaque semaine, il publie une chronique dans notre journal local. Il se dit fier de son projet de loi et remercie les familles de s'être battues afin d'améliorer la loi. Pour ma part, c'est très frustrant de lire ça sachant que son projet de loi m’exclurait automatiquement de l’aide dont j’avais besoin pour nourrir ma famille», a déploré le père de Daphné Huard-Boudreault.

Report demandé

Joignant leur voix à Marc Bellemare, les trois partis d’opposition ont formellement demandé, vendredi, au ministre de la Justice de repousser l’étude de son vaste projet de loi, la dernière étape avant son adoption.

Ils craignent de ne pas avoir assez de temps pour analyser chaque article de cette immense pièce législative.

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