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Les patients atteints d’un cancer, victimes collatérales de la COVID-19

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Selon une analyse récente, les délais dans l’initiation des traitements anticancéreux causés par la pandémie de COVID-19 augmentent significativement la mortalité associée à plusieurs types de cancers. 

Les traitements anticancéreux actuels sont beaucoup plus efficaces lorsqu’ils sont dirigés vers des tumeurs précoces, qui n’ont pas encore atteint un stade clinique avancé. Pour cette raison, la prise en charge rapide des patients récemment diagnostiqués avec un cancer représente souvent un des paramètres les plus importants pour éradiquer avec succès les cellules cancéreuses et réussir à vaincre la maladie. 

Par contre, même en conditions normales, démarrer les traitements anticancéreux le plus rapidement possible demeure un défi pour la majorité des systèmes de santé du monde et il est admis que des retards peuvent avoir des conséquences néfastes sur le succès thérapeutique de ces traitements. L’impact réel de ces retards sur la mortalité liée au cancer demeure cependant mal défini.

Traitements reportés

L’importance de mieux comprendre les conséquences concrètes de ces retards de traitements est particulièrement urgente dans le contexte de la pandémie de COVID-19. 

De nombreux pays, incluant le Canada, ont dû réorienter les ressources disponibles pour faire face à la montée en flèche de patients gravement touchés par cette infection virale, ce qui a du même coup entraîné le report de plusieurs autres procédures médicales, incluant certains traitements anticancéreux.  

Hausse de mortalité

Pour quantifier l’impact de ces délais, une équipe de chercheurs de l’Université Queen’s (Kingston, Ontario) a analysé les résultats de 34 études qui se sont penchées sur cette question à travers le monde(1)

Ces études contenaient des données sur les interventions chirurgicales, la thérapie systémique (comme la chimiothérapie) ou la radiothérapie pour sept formes de cancers, soit ceux de la vessie, du sein, du côlon, du rectum, du poumon, du col de l’utérus et de la tête et du cou, qui, collectivement, représentent 44 % des tous les cancers nouvellement diagnostiqués dans le monde. 

L’effet des délais de traitements a été mesuré en examinant la survie globale des patients pour chaque retard de quatre semaines entre le diagnostic et le premier traitement ou entre la fin d’un traitement et le début du suivant.

L’analyse des résultats a montré que pour les trois types de traitement (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie), un délai de traitement de quatre semaines était associé à une augmentation du risque de décès, soit une hausse de 6 à 8 % pour les reports de chirurgie et de 9 à 13 % pour la chimiothérapie et la radiothérapie. Des retards plus longs ont des effets encore plus prononcés : par exemple, un retard de huit semaines dans la chirurgie du cancer du sein augmenterait le risque de décès de 17 %, une hausse pouvant atteindre 26 % pour un retard de 12 semaines. 

Concrètement, les auteurs estiment qu’un délai chirurgical de 12 semaines pour toutes les patientes atteintes d’un cancer du sein pendant un an pourrait entraîner pas moins de 700 décès supplémentaires au Canada. 

Les conséquences néfastes de la COVID-19 ne se limitent donc pas seulement aux personnes touchées par cette maladie, mais touchent aussi les patients touchés par le cancer dont le traitement est retardé en raison du délestage des traitements anticancéreux. Il est donc crucial de tenir compte de ces données pour minimiser autant que possible ces retards et améliorer la probabilité de ces patients de survivre au cancer.


(1) Hanna TP et coll. Mortality due to cancer treatment delay: systematic review and meta-analysis. BMJ 2020 ; 371 : m4087