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Un grand brûlé s’accepte maintenant comme il est

Un jeune mécanicien de 23 ans raconte comment il se relève de l’accident de travail qui a failli lui coûter la vie

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Cédrick Dufour-Gosselin et sa fiancée, Alyson Beaudin, dans leur résidence de L’Épiphanie, dans Lanaudière.

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Un mécanicien de Lanaudière brûlé presque aux trois quarts de son corps au troisième degré dans un accident qui aurait pu lui coûter la vie a appris à s’aimer après cinq mois difficiles de réadaptation. 

« Je trouve que parfois le monde se plaint pour rien. Avant, j’avais tout, mais je n’en étais pas conscient. Je prenais soin de mon apparence, mais je ne m’aimais pas toujours. Ça m’a pris cet accident pour comprendre l’importance de s’accepter comme on est », philosophe Cédrick Dufour-Gosselin.

Assis sur le divan de son appartement de L’Épiphanie à côté de sa douce moitié, le jeune homme de 23 ans aux cicatrices apparentes raconte en visioconférence comment il est passé au travers de ces cinq pénibles derniers mois de guérison.

Sa vie a basculé le 1er septembre, lorsque le mécanicien de véhicules lourds s’est littéralement embrasé pendant qu’il faisait des travaux de soudure sur une remorque. 

Depuis, il a pris goût à participer aux vidéos de sa blonde sur les plateformes TikTok et Facebook. C’est via ces réseaux sociaux qu’il répond aux questions des internautes, sans pudeur, malgré quelques commentaires parfois désobligeants.

« On m’a déjà demandé si j’avais passé dans le hachoir à viande. Plutôt que de m’emporter sur ce genre de question, je préfère répondre calmement et leur faire remarquer que la remarque peut être blessante. La plupart s’excusent. Ils n’avaient juste pas réfléchi », relate M. Dufour-Gosslin. 

Éteint à coups de chandails 

Une étincelle à côté d’un baril contenant des produits inflammables, c’est tout ce que ça prenait pour faire chavirer la vie de cet homme. 

« L’accident est flou, mais on me l’a expliqué. J’ai déposé mes outils et il y a eu une explosion. J’ai couru. Je criais. Mes collègues m’ont éteint avec leur chandail [pendant que j’étais en flammes]. Il ne pouvait pas atteindre l’extincteur parce qu’il était là où le feu a commencé », raconte M. Dufour-Gosselin. 

Les paramédicaux qui l’ont pris en charge l’ont conduit rapidement à l’unité des grands brûlés du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). 

Les dégâts sont importants. Pratiquement 70 % de son corps a été brûlé au troisième degré. Seuls ses pieds, ses mains, son bassin et sa tête ont été épargnés. 

Sauvé par son masque

Le masque de soudeur que portait M. Dufour-Gosselin lors de l’accident témoigne de la force des flammes.
Photo courtoisie
Le masque de soudeur que portait M. Dufour-Gosselin lors de l’accident témoigne de la force des flammes.

« Mon masque m’a sauvé la vie », poursuit-il avec conviction, réitérant l’importance d’en porter un. 

« On nous a expliqué qu’il a été “bien” brûlé parce qu’aucune articulation n’a été touchée », précise Alyson Beaudin, qui a demandé son amoureux en mariage à la sortie de son coma de huit jours provoqué pour éviter qu’il souffre. 

Même s’il a pu réapprendre à marcher, que les greffes de peau ont fonctionné et qu’il retrouve peu à peu de la flexibilité dans ses mouvements, les doigts de la main gauche de M. Dufour-Gosselin sont recroquevillés sur eux-mêmes depuis l’accident. 

« Le neurologue pense que des nerfs auraient pu être endommagés », laisse tomber la jeune femme de 20 ans, qui prend soin quotidiennement de son futur mari. 

Rejouer au hockey 

Cette séquelle pourrait être une barrière pour le passionné de hockey, qui souhaite un jour rechausser les patins aux côtés de ses coéquipiers dans sa ligue amicale. 

« Je veux vraiment recommencer à jouer. C’est mon objectif de réadaptation », affirme d’une voix confiante l’attaquant qui a cependant une petite crainte dans le regard.

À l’hôpital de réadaptation Villa Médica, à Montréal, le jeune homme a dû réapprendre à marcher.
Photo courtoisie
À l’hôpital de réadaptation Villa Médica, à Montréal, le jeune homme a dû réapprendre à marcher.

Parmi ses autres projets d’avenir, M. Dufour-Gosselin veut aussi aider les gens à s’aimer comme ils sont. Il souhaite prendre la parole en public et participer à des activités de sensibilisation.

« Je me pose encore plein de questions sur mon avenir. [...] Mais une chose est certaine, je veux faire de la prévention auprès des travailleurs et des jeunes sur les dangers du feu. Je veux aussi sensibiliser le monde à ce que vivent les grands brûlés », soutient M. Dufour-Gosselin.  

Différents niveaux

1er degré :

  • Seulement la couche visible de la peau est touchée. C’est l’épiderme.
  • On ressent une douleur et on y voit une rougeur.

2e degré :

  • Une partie du derme est touchée aussi. C’est la couche sous l’épiderme.
  • Il peut y avoir des ampoules, la peau est également rouge. 
  • La douleur est très vive.

2e degré profond :

  • Le derme est grandement touché.
  • La brûlure a pénétré la peau plus profondément. 
  • La douleur est moins vive, car les nerfs ont brûlé en partie. 
  • La peau peut être blanche.

3e degré :

  • La peau a brûlé sur toute son épaisseur.
  • On ne ressent pas de douleur. 
  • La peau peut être noire ou brune, ou même blanche. 
  • La peau peut prendre l’apparence du cuir ou du carton.
  • Plusieurs spécialistes parlent d’une atteinte au 4e degré lorsque les brûlures touchent les tissus sous-cutanés, les muscles et les os.

Source : Entraides Grands brûlés

Infecté par la COVID en réadaptation 

Cédrick Dufour-Gosselin au centre des grands brûlés du CHUM se remettant de son accident.
Photo courtoisie
Cédrick Dufour-Gosselin au centre des grands brûlés du CHUM se remettant de son accident.

Déjà grièvement meurtri par son accident, le moral de Cédrick Dufour-Gosselin en a pris pour son rhume lorsque le personnel de l’hôpital de réadaptation Villa Medica, à Montréal, lui a annoncé qu’il était frappé par le plus connu des coronavirus.

« La COVID, ç’a été le moment le plus dur de ma réhabilitation. J’étais isolé dans une petite chambre », se souvient celui qui a passé un mois et demi au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) avant de se rendre pour un mois en centre de réadaptation. 

C’est là qu’il a notamment réappris à marcher. Par chance, il a pu profiter de la présence de sa conjointe un certain temps jusqu’à ce que les visites soient interdites en raison de la pandémie. 

« J’ai demandé de sortir [plus tôt que prévu] parce que c’était dur mentalement. J’ai eu mon congé une semaine avant le temps. J’avais encore la COVID, mais on a fait attention et ma blonde ne l’a pas attrapé », explique celui qui a, jusqu’à présent, subi cinq opérations. 

150 $ de pansements par jour 

Cette sortie hâtive n’est pas sans conséquence. Alyson Beaudin a dû cesser de travailler au salon de coiffure pour s’occuper à temps plein de son conjoint. 

Elle s’est, entre autres, transformée en aide de soin personnel, changeant quotidiennement les pansements de son amoureux. 

« Ça coûtait 150 $ de pansements par jour. Oui, la CNESST [Commission des normes de l’équité de la santé et de la sécurité du travail] rembourse, mais ça prend du temps. Nous étions contents d’avoir ramassé 6000 $ grâce à un GoFundMe [campagne de sociofinancement] », explique Mme Beaudin. 

Encore aujourd’hui, M. Dufour-Gosselin a besoin de l’aide de sa copine. 

« Mes bras sont barrés à 90 degrés. C’est difficile de fouiller dans les armoires », raconte en riant le jeune homme. 

4 heures de rendez-vous quotidiens 

Même s’il n’est plus dans un établissement spécialisé, sa réadaptation se poursuit au quotidien. 

Les rendez-vous avec des plasticiens, physiothérapeutes, neurologues et autres spécialistes se succèdent au rythme de trois à quatre heures de rencontres et traitements par jour, du lundi au vendredi.

En faisant du vélo stationnaire et des étirements, il tente de donner de la souplesse à sa nouvelle peau. 

« C’est ce qui est plus douloureux. [Le manque d’élasticité de la peau]. Parfois je me réveille la nuit avec des douleurs juste parce que je bouge », relate M. Dufour-Gosselin, qui garde malgré tout le moral.  

Une demande en mariage en sortant du coma

Le temps d'une photo, Cédrick Dufour-Gosselin a pu enfiler son jonc de fiançailles à l'annulaire droit.
Photo courtoisie
Le temps d'une photo, Cédrick Dufour-Gosselin a pu enfiler son jonc de fiançailles à l'annulaire droit.

Les épreuves de la vie tendent à rappeler aux gens ce qui compte vraiment. L’accident qui a failli coûter la vie à Cédrick Dufour-Gosselin a cimenté la relation amoureuse qu’il entretient depuis bientôt cinq ans avec la femme de sa vie. 

À 20 ans, Alyson Beaudin n’a pas attendu que son prince charmant fasse les premiers pas. Elle s’est jetée à l’eau peu de temps après que l’homme qu’elle chérit fut sorti d’un coma de huit jours. 

« On s’est retrouvés seuls dans sa chambre. J’ai fait jouer (Everything I do) I Do It For You de Bryan Adams, c’est notre chanson de couple. Et je lui ai demandé de m’épouser. Il avait encore sa trachéotomie et ne pouvait pas parler. Il m’a regardé et j’ai compris que c’était oui », raconte-t-elle, précisant qu’il avait les larmes aux yeux.

« [Après la publication d’un article du Journal sur son accident,] les gens commentaient en disant que j’allais l’abandonner ou le quitter et qu’il ne fallait pas m’accaparer de lui parce que j’étais jeune. J’ai fait le contraire », s’enorgueillit Mme Beaudin. 

« Quand je me suis réveillé, j’ai fait le saut un peu [en entendant la musique et la demande]. J’étais ému et je n’ai pas eu besoin de parler », se remémore celui qui arbore sa bague de fiançailles sur une chaîne au cou puisqu’il est incapable de la passer sur son annulaire gauche qu’il ne peut déplier.

Pas un bon mime 

Tout en filant le parfait bonheur, les jours et les semaines suivants ont été parsemés de petits défis leur faisant découvrir certaines facettes méconnues de l’autre. 

Comme la fois où M. Dufour-Gosselin a tenté de faire comprendre qu’il avait soif alors qu’il ne pouvait pas parler. 

« J’ai appris que j’étais poche en mime, rigole-t-il de connivence avec sa complice. Comme je ne pouvais pas parler, ça m’a pris une heure à faire comprendre à Alyson que je voulais boire un jus de pomme en mimant, car je n’étais pas capable d’écrire ».